mercredi 5 juin 2019

Election de Mgr Warin au siège épiscopal de Namur

On apprend aujourd'hui l'élection par le pape François, au siège épiscopal de Namur, de Mgr Pierre Warin, qui en était jusqu'ici l'évêque auxiliaire depuis 2004. Je me réjouis profondément de cette nomination, conforme en tous points au profil des évêques que le pape souhaite promouvoir : humilité, discrétion, service pastoral avant tout, et bien entendu, en même temps, intelligence et sagesse de la foi.
On dira : il est déjà âgé… c'est en effet un épiscopat, en principe, pour cinq années. Mais quel bien peut-on faire en cinq ans! Les présidents français de la République ne se contentent-ils pas d'un quinquennat, lorsqu'ils sont élus?
Bravo, cher Monseigneur, et merci d'avoir accepté cette tâche! Nous vous accompagnons par notre prière!

lundi 27 mai 2019

Démocratie : pas seulement des "majorités"

L'électeur a donc parlé, et, dans une démocratie, il convient évidemment de tenir compte, sinon de "la" majorité (qui n'existe pas chez nous, vu la répartition proportionnelle des sièges), au moins "des" majorités possibles - c'est ce qui attend nos hommes et femmes politiques dans les longues négociations à venir, pour former des gouvernements stables, fédéral, régionaux, communautaires.
Mais il ne faut pas oublier, me semble-t-il, que la démocratie ce n'est pas que l'addition possible de sièges acquis pour former des majorités. C'est aussi le respect d'un certain nombre de valeurs hors lesquelles il n'y a pas de… démocratie : le refus de l'exclusion, la tolérance religieuse, le refus de toutes les xénophobies et de tous les racismes, l'accueil des étrangers, une certaine ouverture des frontières, la liberté de l'enseignement, etc., etc. Ces valeurs sont codifiées dans des chartes internationales issues de la dernière guerre (la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, la Convention Européenne des Droits de l'Homme, par exemple); elles remontent, finalement, à travers des relais comme la Révolution Française,  aux préceptes dits du "Droit naturel" - égalité entre eux de tous les êtres humains, interdiction du meurtre, du mensonge, etc.-, préceptes communs à la philosophie grecque (pensons, par exemple, à ce que véhiculent les grandes tragédies d'Eschyle, de Sophocle, d'Euripide) et au Décalogue judéo-chrétien. Très certainement faut-il leur adjoindre aujourd'hui l'impérieuse nécessité de respecter l'environnement, de protéger la terre et la diversité des espèces qui y évoluent, de sauvegarder autant que faire se peut un climat convenable pour tous les êtres, humains, animaux et végétaux, qui y vivent.  Cela, c'est le bien.
Et même si une majorité de citoyens voulait le mal (ce qui, j'en suis sûr, est loin d'être le cas),  le mal resterait le mal et il ne serait jamais acceptable. J'espère que tous les négociateurs du pays vont s'en souvenir...

lundi 20 mai 2019

Viatique

Revu Jacques ce midi. Jacques, qui a passé toute sa vie au service des autres, est en train de mourir, finalement vaincu par le cancer qu'il aura combattu durant des années. Comme les autres fois, Jacques avait demandé la communion eucharistique, et c'est le seul aliment qu'il puisse encore absorber. L'eucharistie, en viatique - littéralement, "pour le voyage", pour le grand et au fond seul voyage de nos vies.
Je suis ému aux larmes à la pensée de cette foi si droite, si simple, si juste : pour le voyage, donne-moi le Corps de Jésus. C'est la foi d'un… premier communiant!
Je songeais aux vers de Marie Noël, dans ses Chants d'arrière-saison (Œuvre poétique, p. 514-515), au poème précisément intitulé "Viatique" :


"O vous qui me donnez à boire,
Il est trop tard. Je ne bois plus.
Pain et vin sont en la mémoire
De ma chair à jamais perdus.
(…)
Que faites-vous, toutes mains vaines,
Au bord blême de ce proscrit?
Que tentez-vous, ô toutes peines?...
Allez me chercher Jésus-Christ!
Allez dans le Pain qu'Il habite
Me chercher Jésus-Christ. Allez!
Dans mon flanc qui s'épuise, vite,
Jetez-le comme un grain de blé.
(…)
Chair avec chair anéantie
Dans la fosse aux ventres errants,
Jetez ce soir, jetez l'Hostie
Aux ordures en ce mourant.
(…)
Jetez, engloutie en ma perte,
Dans la béante obscurité
De ma dernière bouche ouverte,
La semence d'éternité."



lundi 6 mai 2019

Plaidoyer pour une étudiante...

L'une de mes étudiantes est musulmane. Elle est mariée à un Palestinien arabe et musulman, professeur à Jérusalem dans l'enseignement spécialisé. Elle n'a eu jusqu'ici que des visas provisoires et renouvelables pour aller vivre avec son mari, situation d'autant plus difficile qu'elle va bientôt accoucher et qu'on lui refuse un visa définitif - elle avait pensé que tout cela serait réglé à la fin de l'année académique mais ces tracasseries administratives traduisent dans le concret les difficultés que l'Etat d'Israël fait de plus en plus pour certaines situations qu'il juge inacceptables  sur son sol…
Cette jeune femme est une étudiante brillante, qui se perfectionne en hébreu (biblique et actuel) et en arabe. Née en Belgique d'une famille "indifférente à la religion", comme elle le dit, elle a trouvé sa place dans le monde musulman le plus érudit, cultivé, raffiné, même -  et j'en suis vraiment heureux pour elle. Elle est passionnée de spiritualité et approfondit (notamment à travers mes quelques leçons) la spiritualité catholique occidentale. Elle est heureuse, dit-elle, de pouvoir vivre à Jérusalem, à côté de la vieille Ville, dans un endroit où elle entend en même temps sonner les cloches et retentir l'appel du muezzin…
Nous devons vraiment nous désencombrer des images pitoyables qui peuplent notre imaginaire lorsque nous réfléchissons à l'Islam, et au dialogue que nous pouvons avoir avec lui, comme chrétiens. Je plaide intimement et publiquement pour elle, pour que son enfant puisse naître en toute quiétude à Jérusalem, et qu'elle puisse vivre là-bas en paix avec lui et son mari… en continuant à mettre son intelligence au service de ce dialogue indispensable!

dimanche 5 mai 2019

Eloge d'une pauvreté inattendue

Tout à la joie d'un avant-midi festif, où j'ai présidé à Bassilly et à Enghien de remarquables célébrations (de premières communions, de baptêmes - dont l'un suivi d'une confirmation), etc., et à la joie vraiment quand je constate le sérieux avec lequel ces célébrations ont été préparées, aussi bien du point de vue catéchétique que liturgique, je me suis remis cet après-midi à préparer ma leçon de demain à Louvain. Elle va porter sur Dom André Louf, l'ancien Abbé du Mont-des-Cats, mort en 2010 et dont j'ai relu, pour l'occasion - je n'avais fait jusqu'ici que le parcourir - le troisième tome des "Méditations à Sainte Lioba" publiées par Salvator, l'an dernier, sous le beau titre : "La Liturgie du Cœur". Beaucoup, beaucoup de choses dans ces pages qui font mieux connaître le grand spirituel que fut André Louf - je veux dire, qui font aller au cœur de sa spiritualité, tout entière de la grâce.
Ainsi, cette méditation sur la pauvreté : elle n'est pas toujours, comme attitude du cœur, ce que nous en pensons spontanément. Même quand on a essayé, et essayé vraiment, par exemple dans la vie monastique, de se détacher de tout, de n'avoir rien à soi, on peut, dit-il, encore louper la pauvreté, c'est-à-dire, "en être riche", la revendiquer, surtout si elle a été, donc, une pauvreté volontaire, la revendiquer comme un pouvoir.
"Peut-être, écrit-il avec sous sa plume des accents bernanosiens - on est en 2004 - est-ce là notre première pauvreté : constater que nous ne le sommes pas autant que nous l'aurions voulu, et que d'autres que nous ont davantage le droit de porter le beau nom de 'pauvres'. (…) Au moins, et c'est là quand même une chance, ne risquons-nous pas de nous glorifier de notre pauvreté. Car on pourrait aussi être propriétaire de sa pauvreté, riche de sa misère, sans le savoir. Une pauvreté qu'on aurait construite par soi-même, consciencieusement programmée, et parfois discrètement mais subtilement exposée aux regards des autres; une pauvreté qui se ferait même accusatrice et juge de tous les riches radicalement mauvais…" (La Liturgie du Cœur, p. 222)
Bien sûr, Dom Louf était pauvre, comme tous les moines, n'ayant rien à lui, et plus encore dans cette dernière partie de sa vie durant laquelle il était ermite et retiré de tout. Mais la question, on l'aura compris, n'est pas économique; elle est spirituelle : de quoi sommes-nous "propriétaires" - de nos fonctions, de nos titres, de nos rangs, de nos pouvoirs, de nos exemplarités, des codes de bonne conduite que nous prétendons donner, de nos leçons de morale, de… nous-mêmes, finalement? Etre détaché de tout, c'est être détaché de soi. En nous, c'est vraiment, c'est uniquement, l'œuvre de Dieu, le travail de l'Esprit Saint.

vendredi 3 mai 2019

Fatigue pastorale, retour aux classiques...

Quand je suis fatigué, je reprends mes classiques.
Aujourd'hui, j'avais des raisons d'être fatigué, percevant la mauvaise volonté de certains groupes qui croient (surtout en matière de finances) détenir sur tout la vérité révélée et le fin mot du bien commun. Or mon rôle n'est pas d'imposer telle ou telle solution, mais de mettre tout le monde d'accord, parce qu'il  consiste à veiller sans cesse, et dans tous les domaines (y compris, peut-être surtout) matériels,  à la communion ecclésiale. Je pense souvent que, quand on est d'accord sur les finances et leurs attributions dans une paroisse, on est d'accord sur tout, et même sur toute la doctrine - mais là, j'exagère peut-être!
Or donc, agacé - c'est le moins -  par ces sempiternelles et prétendues querelles d'intérêt particuliers et partisans, je relisais Aristote. En particulier ai-je rouvert la Constitution d'Athènes, où le grand philosophe rapporte les étapes et les soubresauts de ce qui fit de la Capitale grecque, au VIème siècle avant notre ère, le berceau de la démocratie.
Et voici ce qu'il dit de l'œuvre et de l'attitude de Solon, qui finit par foutre le camp :


"Quand Solon eut réglé la Constitution ainsi que je l'ai dit, comme on le tourmentait en venant soit le critiquer soit l'interroger sur ses lois et qu'il ne voulait ni les changer ni rester pour se faire détester, il fit un voyage en Egypte, à la fois pour affaires et par curiosité, en disant qu'il ne reviendrait pas avant dix ans; ce qui était juste, à son avis, ce n'était pas qu'il restât pour interpréter ses lois, mais que chacun fît ce qui était écrit. En même temps il arrivait que beaucoup de nobles lui étaient devenus hostiles à cause de l'abolition des dettes et que les deux partis avaient changé d'opinion à son égard, parce que l'Etat institué par lui était contraire à leur attente. En effet le parti démocratique avait cru qu'il procéderait à un nouveau partage général, et les nobles qu'il laisserait subsister la même organisation ou la changerait peu. Mais lui s'était opposé aux deux partis et, alors qu'il pouvait devenir chef en s'alliant à celui qu'il voudrait, il préféra se faire détester de tous deux en sauvant sa patrie et en lui donnant les lois les meilleures." (ARISTOTE, Constitution d'Athènes, XI, 1-2, trad. G. Mathieu et B. Haussoulier, Belles Lettres, 1972, p. 10)


Qu'il s'agisse de mes petits différends pastoraux ou de la survenue prochaine d'échéances électorales, le cher vieil Aristote, quand il relate les aléas des tentatives démocratiques, n'a pas pris une ride…

mardi 30 avril 2019

Perdre la raison

Nous vivons sous le règne des "fake news" et autres mensonges médiatiques, appuyés et relayés par les démagogues et populistes de toutes tendances.
Ce soir, par exemple, à Schaerbeek, un constat de la Magistrature, qu'on imagine tout de même bien informée dans une démocratie comme la nôtre, et entourée de médecins compétents et sans complaisance,  invite à ne pas croire au viol d'une petite fille, mais conclut à des lésions infectieuses. Or, cela ne semble pas suffire : on crie au viol caché, à une justice trompée ou trompeuse, au racisme ou au déni de la différence religieuse; on sait, on dit, on repère que ces propos  sont là ceux d'agitateurs, mais malgré tout l'école doit fermer ses portes pour éviter dans les jours qui viennent des dérives de toutes sortes.
Je suis très inquiet en voyant ces manipulations, qui ne conduisent qu'à l'éclatement d'une société de plus en plus fragile. La grande tâche des élus à venir, quels qu'ils soient, après les prochains scrutins du mois de mai, devrait être de restaurer la confiance en l'Etat de droit. Un Etat impartial qui assure à tous, sans distinction, la justice et la promesse de la vérité.
La vérité a partie liée à la raison - je le signalais dans mon post précédent, je reprends ici la réflexion, à l'envers en quelque sorte : pour les catholiques, il n'y a pas de foi qui ne soit raisonnable. Je ne dis pas rationnelle, non - je l'ai écrit : la foi n'est pas au bout d'un scalpel ou d'une démonstration mathématique. Mais la foi est "raisonnable", on peut en "rendre raison". Et lorsque, sous prétexte de la foi, une société ou un groupe social prétendent passer outre la raison, ils deviennent fous. Et dangereux.
Beaucoup de questions sociétales, aujourd'hui, risquent d'être traitées ainsi, "hors raison" : celle des migrants, celle des différences sexuelles ou de genre, celle du pluralisme culturel et de sa gestion, comme de l'accueil légitime de toutes les différences, celle du bien-être (voir les "gilets jaunes", à bien des égards tellement sympathiques, à bien des égards tellement inquiétants), celle du climat et des décisions à prendre pour enrayer ses changements, celle de l'alimentation (il y a dans certains propos "véganistes" des délires ahurissants), celle - connexe, après tout -  des soins apportés aux animaux de compagnie (dans le même JT qui annonçait les troubles de Schaerbeek, on annonçait aussi la création d'une clinique vétérinaire à Liège - douze millions d'euros - pour les chiens, chats, iguanes et autres animaux domestiques ou censés l'être, qui sont déjà et seront soignés là "comme des humains". Je n'ai rien contre ces animaux, certes, mais cela pose tout de même de sérieuses questions philosophiques, anthropologiques, et finalement, oui, sociétales : comment investit-on l'argent public, en faveur de qui, pour les soins de qui ou de quoi, etc.)
Ni dans la foi, ni dans les revendications, ni dans les… élections, ni dans rien, on ne peut "perdre la raison". Perdre la raison, c'est devenir fou.

dimanche 28 avril 2019

Croire sans avoir vu...

L'Octave de Pâques - ce Jour qui dure huit jours - est déjà derrière nous, cette fête entre les fêtes au cœur de notre foi. Et, au huitième jour de l'Octave, comme chaque année, l'évangile de Jean : l'apparition aux Onze, puis à Thomas le douteur, Thomas "notre jumeau" comme le texte le signale en douce.
Douter n'est pas le contraire de la foi - on craindrait même une foi qui ne connaîtrait jamais le doute, elle risquerait vite de verser dans l'intolérance, l'affirmation péremptoire, sûre de soi, volontiers méprisante pour les autres, ceux qui ne croient pas comme nous, ceux qui ne croient pas du tout… L'expérience de Thomas est par excellence l'expérience chrétienne, qui articule, spécialement dans la littérature johannique, les actes - car ce sont de vrais actes - "voir" et "croire".  Au tombeau, nous dit-on, le disciple "vit et il crut". "Si je ne vois pas, dit Thomas, je ne croirai pas." "Approche tes mains et vois, dit Jésus, cesse d'être incrédule, sois croyant." Et encore, et finalement : "Parce que tu as vu, tu as cru. Heureux celui qui croit sans avoir vu".
Il ne suffit pas de voir pour croire : il faut encore avoir l'intelligence spirituelle de ce que l'on voit, et cette intelligence  est un don de Dieu. C'est que la foi n'est pas au bout d'un scalpel, d'une démonstration mathématique ou scientifique - elle reste libre. Lorsque je vois de l'eau pure bouillir à 100° centigrades, je suis bien obligé de croire que l'eau bout à 100° centigrades. Lorsque je vois le tombeau vide, les linges rangés, les plaies du Ressuscité et le Ressuscité lui-même, si mon cœur ne se convertit pas à une "vision" spirituelle, j'ai beau voir, je ne croirai pas.  Si je n'accueille pas librement le don de Dieu, j'ai beau voir tout ce que je vois, la foi ne sera pas au rendez-vous.
Il n'y a en effet pas de preuves dans la foi, mais seulement des signes - ce n'est pas la même chose! Des signes, des congruences, des indications, des invitations, des rencontres, des hasards qui ne sont jamais des hasards mais des providences, des clins d'œil, tout ce qu'on veut - jamais de preuves scientifiques au sens où la science moderne a raison de les rechercher.
Si bien qu'un moment donné, on peut en effet ne rien "voir" avec les yeux du corps, cela n'a plus d'importance : reste la pertinence du signe qui a été perçu, qui laisse sa trace intérieure dans le cœur, qui garde béant le regard du cœur - le seul qui vaille. Et oui, dès lors, "heureux même celui qui croit sans avoir vu."
Ainsi, Thomas nous apprend que la traversée du doute est ou peut devenir une véritable expérience de la foi et, en particulier, de la foi chrétienne. Thomas, notre jumeau, Thomas, notre frère...

mardi 9 avril 2019

Les trois critères de la bonne santé d'une paroisse selon le pape François

Avant-hier dimanche 7 avril, le pape - qui est d'abord l'évêque de Rome - a rencontré la nouvelle paroisse de San Giulio, dans le quartier résidentiel de Monteverde, derrière le Vatican. Et il a donné aux paroissiens trois signes qui permettent, d'après lui, de reconnaître la "bonne santé" d'une paroisse. Les voici :


1. La prière : "Une paroisse qui prie, les gens viennent prier et prient aussi chez eux. Ici, est-ce qu'on prie ou non? C'est une des choses qui évitent de tomber dans ce 'supermarché' dont nous entendons parler. Parce que la prière transforme tout, tout."


2. La charité des faits : "Se préoccuper des besoins de ses frères, de ses sœurs, des familles. Y compris les besoins cachés, que l'on ne montre pas par honte, mais ils existent, il y en a beaucoup. Une charité active, la charité du 'oui' : 'oui, je fais cela!' "


3. La charité passive : "Que vous vous aimiez et ne vous critiquiez pas entre vous. C'est une maladie trop grave, le ragot, et quand il y  des ragots dans une paroisse, la paroisse ne va pas bien. C'est un vice qui entre subtilement : apporter une nouvelle pour dire du mal des autres. Non, s'il vous plaît, cela ne va pas."


Alors, que chacune et chacun, dans notre nouvel ensemble paroissial "Enghien-Silly" et ses douze clochers, se pose les questions du pape - curé en tête!

dimanche 7 avril 2019

Migrants et réfugiés : accueillir, protéger, promouvoir, intégrer

Mardi dernier, à l'occasion de la troisième et dernière de nos conférences de carême, Mgr Delville, évêque de Liège, nous a rappelé - en spécialiste qu'il est - quelques leçons de l'Histoire. Et principalement celle-ci : les grandes civilisations sont le fait de migrations. L'exemple le plus relevant qu'il ait pris est celui des "invasions" germaniques : la conversion de Clovis donne le signal d'un rajeunissement incroyable du vieil empire romain, autour du christianisme. Les "Francs" (qui sont des Germains, mettons des "pré-allemands") enrichissent la culture latine, et réciproquement. On parle le vieil haut allemand à Paris, et le roman à Aix-la-Chapelle : exemple d'une migration qui a fait notre civilisation. Et, tout de même, ne l'oublions pas : ce sont… les Francs qui font la France!
Cette richesse de la migration, l'évêque de Liège l'avait déjà repérée dans la Bible, dans les récits de laquelle les peuples sont toujours en mouvement, vers l'Egypte avec Joseph et ses frères, puis hors d'elle vers la Terre Promise, puis durant l'exil : c'est une Pâque - un "passage" - perpétuelle.
Aussi ne devons-nous pas nous effrayer des mouvements migratoires, ni les craindre, mais les accueillir avec sagesse et raison, et appliquer à leur égard les quatre mots-clés martelés par le pape François : accueillir - protéger - promouvoir - intégrer.
Et commencer par avoir sur la migration des propos positifs, sur les réseaux sociaux ou ailleurs : c'est déjà faire quelque chose, c'est déjà faire beaucoup.


La page d'Evangile lue aujourd'hui, le récit johannique de la "femme adultère", nous invite aussi à être relevants : renoncer aux complicités qui nous enfermeraient ou enfermeraient autrui dans le péché, la dissidence, la tristesse et finalement la mort, mais tourner vers chacun le regard même de Jésus, qui redresse l'être humain et lui ouvre toujours une issue. Une Pâque, là encore!


C'est déjà le frémissement de la fête à venir...

dimanche 31 mars 2019

Dedans, dehors...

La parabole lucanienne, entendue aujourd'hui, et qu'on appelle souvent "du Fils prodigue", est en réalité une histoire qui met en scène deux fils (le cadet et l'aîné) et leur Père. Ce dernier est miséricordieux, comme Luc - et Jésus, bien sûr - veulent que nous découvrions la miséricorde de Dieu, ou plutôt que Dieu est miséricorde. Et la miséricorde bouleverse tout, déplace les frontières que nous pensions bien établies entre le vice et la vertu, entre les hommes. Non pas les observants d'un côté, qui auraient fait le bon choix et seraient figés dans leur salut, et les déviants de l'autre, qui seraient à jamais perdus.
Non.
Dans la parabole, celui qui était dehors (le cadet, le prodigue) se retrouve dedans, au milieu de la maison du Père, et avec quelle fête!
Et celui qui était dedans (l'aîné), de sa faute - car c'est lui qui refuse d'entrer, de se montrer complice de la situation - se retrouve dehors.
Immense bouleversement.
Dans nos églises, dans nos communautés, dans notre Eglise : ceux qui se pensent toujours "dedans" risquent, s'ils ne convertissent pas leur cœur, de se retrouver dehors - ça va vite!
Ceux qui sont stigmatisés comme ceux du dehors sont souvent au cœur du cœur.
Dans le monde, aussi - et je retrouve le thème de nos conférences de Carême, notamment la question de frontières évoquées avec talent mardi dernier par Stanislas Deprez : les rejetés, ceux du dehors, sont ceux du dedans, du cœur de Dieu. Le pape vient de le dire aux réfugiés qui se trouvent au Maroc pour l'instant - ce sont les préférés.
Dedans, dehors : les frontières, nous rappelle la Parabole de ce matin, sont fluides. Elles ne tiennent qu'à la miséricorde de Dieu - et à la nôtre, en retour.

jeudi 21 mars 2019

La lucidité du Ministre Eyskens

Mardi 19, à Enghien : première conférence de Carême sur le thème des "Migrants et Migrations". Le Ministre d'Etat, Mark Eyskens, étonne tout le monde  par la fraîcheur et la vigueur de sa pensée - oserait-on dire qu'il aura quatre-vingt-six ans le mois prochain?  Le problème des migrations, il le recadre dans le contexte plus vaste des changements globaux qui affectent notre planète : démographique, scientifique, culturel, climatique, économique.
Une urgence, dit-il : que les hommes et femmes politiques européens prennent à bras le corps cette question dans toute son ampleur. En particulier, qu'un partenariat nouveau s'établisse très vite, assorti d'importants moyens financiers, avec le Continent africain, pour le gérer en vue du bien de tous - ce Continent malmené, qui se désertifie, et dont la population va plus que doubler d'ici une dizaine d'années, ce qui va engendrer un afflux massif de migrants. L'Europe politique actuelle, avec dans bien des pays des mesures protectionnistes et populistes  incapables de rien résoudre, va vers sa perte si elle ne retrouve pas une voie de solidarité inspirée par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948.
C'est une voie humaniste, certes. C'est éminemment, conclut-il, la voie chrétienne.


La semaine prochaine, le 26 : qu'est-ce qu'une frontière? Comment s'établit-elle entre peuples et nations? Comment se transgresse-t-elle, de quel droit et à quel prix? Stanislas Deprez, philosophe, connaît bien ces questions dont il montrera qu'elles ne sont pas théoriques, mais éminemment concrètes pour le sujet qui nous occupe…

dimanche 17 mars 2019

Transfiguré, défiguré...

Tout ce qui nous défigure, les salissures sur nos visages, les pleurs et les cris de douleur, le Christ les prendra sur lui au moment tragique du Jardin d'agonie, entouré là encore de Pierre, Jacques et Jean - les trois mêmes apôtres que ceux de la Transfiguration. A ce moment-là, ils seront aussi accablés de sommeil, un "sommeil de tristesse" dit l'évangile de Luc, assommés par la mystérieuse tragédie de l'humain. Mais avant, sur la montagne, malgré leur envie de dormir, ils avaient veillé assez pour voir quelque chose de la gloire de Jésus…
Tout ce qui nous défigure, qui défigure nos cœurs et nos vies, nos institutions (ô combien), nos engagements, nos frêles alliances, nos pauvres fraternités, tout cela, qui est bien réel, n'est pas le dernier mot de notre condition. Tout cela servira de matière première à la grâce, et sera retourné en gloire - c'est le rêve de Dieu sur l'humanité, que Bernanos appelait "la douloureuse espèce."
Deuxième dimanche du Carême - dimanche d'espérance!

jeudi 14 mars 2019

La mort du Cardinal Danneels

Il n'était pas mon évêque, et pourtant nous nous sommes beaucoup vus. Il a traversé mille et une critiques, en ce compris de la part de chrétiens et de prêtres, avec la sagesse d'un bonze… Je retiens de lui quelques maximes et conseils, dont j'apprécie avec le temps la pertinence, comme ce mot  :
- "Si tu veux rester prêtre, apprends à être seul. Tu dois assumer ta solitude. Un prêtre meurt seul. Il doit le savoir, on devrait le dire plus souvent."


Cher Cardinal, vous aimiez tant le Père, vous viviez tant dans son intimité. Celle-ci est maintenant parfaite.

dimanche 3 mars 2019

"Une fois sorti de l'enfance, il faut beaucoup souffrir pour y rentrer..."

La petite Lucie est morte mercredi dernier, et je vais présider ses funérailles mardi matin à Petit-Enghien. Les parents - admirables de courage - ont choisi, dans l'Evangile de Marc, ce passage où Jésus demande de "laisser venir à lui les enfants, car son Royaume est à ceux qui leur ressemblent."
Choix judicieux.
Je songe aux contrefaçons par lesquelles certains responsables d'Eglise ont perverti cette demande de Jésus, les pédophiles et leurs protecteurs, cachés dans l'ombre nauséabonde de l'Institution et plus soucieux de la protéger que de défendre l'enfance. L'Eglise - c'est vous, c'est moi - en souffre, l'Institution aura de la peine à s'en relever (et tant mieux, qu'elle soit à terre un moment n'est pas pour me déplaire) : quelle leçon d'humilité! J'ai appris à me méfier, toujours, des institutions…
Je prépare ma leçon de demain, à la Faculté de Théologie de Louvain, qui va porter sur la spiritualité dans certains textes de Bernanos. Je parlerai longuement de ce mot, des Dialogues des Carmélites : "Une fois sorti de l'enfance, il faut très longtemps souffrir pour y rentrer…" C'est le vrai commentaire que l'on peut apporter à la demande de Jésus : redevenir enfant, récupérer l'enfance en soi, pour entrer dans le Royaume.
Non pas par naïveté, car l'enfance est exigeante.
Par la curiosité qui est celle de l'enfance, qui ne s'étonne pas de recevoir le monde en cadeau, qui ne trouve pas étrange que tout lui soit dû. Qui trouve que la gratuité est normale, est le mode normal des relations humaines, qu'on peut et qu'on doit vivre dans un monde où l'essentiel n'est pas monnayable, où les réalités les plus vivifiantes ne s'achètent pas et ne se paient pas : le monde de la grâce, que précisément Bernanos a si bien décrit sans ses romans et son théâtre.
J'ai passé mon Week-end chez ces amis du Nord de la France que je connais depuis si longtemps, chez lesquels j'ai marié et baptisé tout le monde, et j'ai assisté, émerveillé, à la multiplication des bébés. Des bébés choyés, bercés, mais bien à leur place (pas rois pour autant, pas centres du monde), qui vont apprendre, dans une pareille tribu de cousins, d'oncles, de tantes et de grands-parents, à bien grandir dans l'amour de la Vie.
Lucie a eu cette même chance, je l'ai bien vu en rencontrant longuement ses parents et ses grands-parents.  D'où elle est, qu'elle bénisse ce monde de l'amour, ce monde de la grâce, qui, si on le veut bien, ne connaît pas de frontières avec le nôtre.

dimanche 3 février 2019

Lumineux et douloureux week-end

Week-end riche de toutes sortes d'événements que je récapitule dans la prière et l'action de grâce en ce dimanche finissant.
Hier soir d'abord, à Graty, puis ce matin à Hellebecq, remarquables assemblées de catéchèse et célébrations eucharistiques denses, bien préparées, bien conduites, avec des enfants et des parents attentifs et ouverts à la dimension spirituelle de l'existence humaine. Il y a là des trésors qui ne demandent qu'à s'exprimer… Merci aux catéchistes qui y veillent avec beaucoup d'enthousiasme et de talent!
Hier soir, encore, longue rencontre avec le Professeur Yvon Englert, le Recteur de l'Université Libre de Bruxelles, et son épouse - moments d'échange là encore sur le fond, sur l'état de la société et sur les questions dites sociétales, sur le rôle des universités, sur le rôle des paroisses - nous ne sommes pas, comme on dit, "du même bord", mais justement, l'entretien fut d'autant plus nourrissant.
Hier soir encore, tard, long coup de fil avec l'Académicien Angelo Rinaldi, qui me parle de son travail passé et présent de romancier et de critique et me dit - j'en suis flatté! - tout le bien qu'il pense de mon dernier petit livre "Etre prêtre".
Ce matin, après la rencontre d'Hellebecq, donc, magnifique célébration à Enghien aux rythmes africains et  vigoureux de la Chorale Saint-Kizito : il s'agissait de dire au revoir à l'ami Gauthier, membre de cette chorale et membre aussi de notre "EAP" (Equipe d'Animation Pastorale) au sein de laquelle il a beaucoup fait pour les mouvements de jeunesse, Patros et Scouts. Gauthier, après un long cheminement et plusieurs stages, a décidé d'entrer comme moine postulant à l'Abbaye Cistercienne d'Orval. Comme j'ai essayé de le dire dans l'homélie, c'est un signe pour chacun de nous, un signe qui réveille notre vocation baptismale, et bien entendu la source d'une grande joie, lorsqu'on voit un membre de la communauté  répondre ainsi avec générosité à l'appel de Dieu. Je suis sûr que Gauthier sera heureux dans la vie cistercienne, qui est une voie épanouissante et équilibrante, et qu'il continuera à prier pour nous.
Et puis, cet après-midi, baptême à son domicile enghiennois de la petite Lucie, quatre ans et demi. Lucie souffre d'un cancer invasif qui risque fort de l'emporter bientôt - moment intense, émouvant, avec toute la famille, ses parents, parrain et marraine, ses grands-parents, sa petite sœur, et l'assistance précieuse de Patricia qui représentait la communauté paroissiale. Difficile de retenir ses larmes… Je demande à tous ceux qui désormais connaissent Lucie et son histoire douloureuse de "mettre Marie Noël dans le coup" : la grande poétesse, dont l'évêque d'Auxerre vient de demander la béatification, a, si j'ose dire, "besoin d'un miracle" pour y arriver : eh bien, voilà une occasion toute trouvée. Nous, on y croit!

dimanche 20 janvier 2019

Des injonctions paradoxales...

Et d'abord, bonne année à tous! Je suis resté muet quelques semaines, accablé par la grippe et/ou une mauvaise bronchite : on redécouvre toujours sa pauvreté, et en début d'année, ce n'est pas plus mal!
Je forme des vœux pour chacun, de paix, de lucidité surtout.


Et pour commencer, je m'étonne des injonctions paradoxales (appelons-les ainsi) que la société nous inflige :
- il ne faut plus rouler en voiture, c'est entendu, cela pollue, que ces voitures roulent au diesel ou à l'essence et même à l'électricité (car celle-ci doit être fabriquée quelque part, et elle l'est surtout par les centrales nucléaires, ce qui ne réjouit personne.) Il faut privilégier les transports en commun (quand ils existent), surtout les trains. Bon, je suis preneur - parce que j'habite dans une petite ville où il y une gare et que tout cela est proche de Bruxelles, mais si j'habitais encore ma campagne natale, me donneriez-vous des solutions immédiates? Et surtout : pendant que l'on me dit cela, et que je l'écoute d'une oreille (mettons, la gauche), on me dit et j'écoute de l'autre (mettons, la droite) que le salon de l'auto vient de s'ouvrir, qu'il est prometteur, qu'il est urgent de renouveler le parc automobile, d'acheter une nouvelle voiture pour faire vivre ce rouage central de l'économie… Oui, oui : dites-moi, si j'achète une nouvelle voiture, sera-ce pour la laisser dans mon garage?  Mesdames, Messieurs les politiques, un peu de cohérence, non?


- il faut réguler les flux migratoires, c'est entendu, nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde, faisons des murs et des rondes de nuit, empêchons les migrants de prendre des embarcations de fortune, refoulons les illégaux, etc., etc. Oui, oui, oui… Mais continuons à fabriquer et à vendre des armes qui sont, nous le savons, revendues et utilisées par des puissances belligérantes qui entretiennent des conflits dont le premier résultat consiste à jeter sur les routes, et dans les déserts, et sur la mer, de pauvres gens qui n'ont plus rien? Ne songeons surtout pas à changer le type de production de la FN de Herstal, par exemple? Mesdames, Messieurs les politiques, un peu de cohérence, non?


- il faut réguler les flux migratoires et refuser chez nous les réfugiés  "économiques". Sans doute. Mais, aux approches des échéances électorales, fédérales et européennes, qui s'engage dès lors à distraire du PIB un pourcentage convenable pour favoriser le développement économique de ces populations du Sud structurellement pauvres, affamées, soumises à la désertification, aux maladies endémiques, aux manques cruels d'éducation et d'enseignement? Je n'entends rien dire, lorsque les programmes politiques sont proposés à nos votes, là-dessus… Mesdames, Messieurs les politiques, un peu de cohérence, non?


     On pourrait allonger la liste.
     Retournez-en les constats, faites-en des propositions : ce sont mes vœux pour 2019!