mercredi 16 septembre 2020

Premières impressions bruxelloises

 Arrivé à Bruxelles depuis quinze jours maintenant, je commence à rassembler mes esprits. Au fond, je m'habitue vite. Je retrouve cette ville autrefois fréquentée, lorsque ma soeur et mon beau-frère y habitaient et que je venais passer du temps auprès d'eux. Je retrouve la Grand Place et le Centre Ville et dans les rares moments laissés libres par les réunions qui s'enchaînent les unes aux autres, je me promène dans ces vieilles rues comme un touriste ébloui.

La Cathédrale est magnifique, comme une espèce de Mère attentive à la Ville, protectrice.  J'ai l'impression que les gens la ressentent d'emblée comme cela, qui viennent prendre leur lunch sur ses marches. Et l'intérieur n'est que beauté - évidemment, je commence aussi à voir l'envers du décor, les personnes dévouées qui sont en charge de la maintenance, qui en font un espace toujours ouvert et accueillant.

La Covid a, me dit-on, réduit ici comme partout le nombre de fidèles et de touristes. On vient moins, on vient masqué. Mais à nous de veiller à une qualité d'autant plus grande que le nombre est moindre. 

Je commence aussi à prendre les dimensions de la pastorale dans le Centre Ville : les diverses églises, assemblées ou non en "Unité Pastorale", les divers services - j'admire par exemple ces jours-ci le dévouement du personnel du "Bapo" ("Bruxelles Accueil Portes Ouvertes"), un lieu dépendant du Doyenné où chacun, perdu dans la grande Ville ou en soi-même, peut aller poser son fardeau et aura la possibilité d'un accompagnement matériel et spirituel. Beaucoup de bien se fait, dans la discrétion et dans l'efficacité. 

Bref, je découvre. 

Je sais qu'à Enghien, mon successeur lui aussi prend peu à peu la mesure de sa tâche. Nous sommes solidaires, je n'oublie rien ni personne, et les merveilleuses années passées à Enghien et Silly, je les porte en priant dans le fond de mon coeur.

Tout va bien...

mercredi 26 août 2020

Pierre et Fanny se marient...

Vendredi, je quitterai Enghien pour un week-end, pour célébrer le mariage de Pierre et de Fanny. Pierre! Il fait partie de cette "tribu" qui m'est une autre famille, dans le coin d'Abbeville et de la Baie de Somme, Pierre dont j'ai célébré voici plus de quinze ans les funérailles du frère jumeau. Pierre qui a connu, du coup, une adolescence plus difficile, avec des tas de "pourquoi" ("Pourquoi lui, et pas moi?") Pierre déjà papa, Pierre qui va donc épouser Fanny, médecin, dont l'amour l'a soigné plus efficacement que tout. Comme je suis heureux pour ce ménage, pour ce petit bonheur appelé à devenir grand, comme je suis heureux de les connaître et de les accompagner. Il y a quelques semaines, je célébrais dans le même coin le mariage de son cousin Gauthier, autre adorable loustic... Evidemment, cela tombe en plein déménagement pour moi - mais bon, cela me fera un break. Et puis, jusqu'à présent, la Baie de Somme est toujours classée "verte" par les Affaires Etrangères, chez nous. Et jeudi matin, le 3 septembre, départ avec armes et bagages... Je me confierai à Fanny et Pierre, à leur bonheur tout neuf, et je leur confierai ma mission, tout comme je la confie encore à votre prière!

dimanche 16 août 2020

Quitter Enghien, quitter Silly...

 "Partir, c'est mourir un peu". Il me faut du temps pour quitter Enghien, pour quitter  Silly, un peu - j'imagine, car je vous promets n'avoir là-dessus aucune expérience - comme si l'on quittait une femme très aimée. Et après tout, la comparaison n'est sans doute pas idiote : il y a onze ans, je m'en souviens bien, en arrivant ici, j'avais l'impression d'épousailles.

Alors je parcours les rues et les campagnes, je ré-envisage les lieux et les personnes, je re-songe à celles et ceux que j'ai accompagnés vers la mort, ou dont j'ai béni le mariage et baptisé les enfants. Je me souviens des confidences, des drames et des joies partagés. Je hume, au hasard des chemins, la bonne odeur des rencontres vraies.

Car certaines furent plus fausses que d'autres : de convenance, celles-là sont de personnes soulagées de me voir partir et de laisser place aux petits pouvoirs et aux petites ambitions qui décidément refont toujours surface en prétextant travailler pour le bien - bon, j'aurai quand même un successeur déjà mis au courant et qui, avec la sagesse des "anciens" d'Afrique, que nous ne soupçonnons pas, fera la part des choses!

Tristesse? Oui, un peu. Nostalgie? Moins... la nostalgie ne conduit à rien de bon. Je suis passé ici en faisant ce que j'ai pu, en étant ce que je suis - à mon âge, on ne se réforme guère (j'en ai du reste prévenu ceux chez lesquels on m'envoie...)

Ce qui compte : l'Evangile annoncé, cette heureuse nouvelle qui fait sans cesse irruption au sein d'un monde de convoitises et de conflits, un monde de mort. L'Evangile, c'est la Vie. 

J'ai aimé cette Ville d'Enghien et les campagnes silliennes où l'on cultive la musique et les autres beaux-arts, où l'on sait que cela fait grandir l'humanité. J'ai aimé les confréries et les associations, les grands moments de rigolade et ceux, plus intimes mais tout aussi réels, de recueillement. J'ai aimé la jeunesse de ces lieux, la jeunesse des Scouts, Guides et Patros, qui habitent avec leur enthousiasme les vieilles pierres et les vieilles habitudes - sans eux, tout finirait vite par se nécroser. J'emporte tout cela avec moi, et je ne serai pas loin...

dimanche 2 août 2020

Les livres, bénédiction et malédiction...

Je suis en train de trier.
Bon, pour la vaisselle, il n'y en pas trop.
Pour les meubles, ça ira.
Pour les vêtements, je n'ai jamais fait d'excès!

Mais les livres, ah, les livres!
Des centaines de livres à classer, à ranger, à donner...

Oui, car il y a ceux que l'on a lus, étudiés même, et qui vous sont à jamais indispensables. Il y a ceux que l'on a connus, qui vous ont aidés, que quelquefois même on a relus. Il y a ceux que l'on a feuilletés, dont on pris connaissance : on sait qu'ils existent. Et puis ceux que l'on vous a donnés, envoyés, signés, recommandés, et qui traînent là, jamais ouverts - ce serait peut-être, du reste, le moment de les ouvrir, qui sait?

Bref, il faut trier.
Rien ne me pèse davantage!

Ah! Maudit déménagement, vivement le bout du tunnel...

dimanche 14 juin 2020

L'Eglise devait-elle approuver le confinement?

De plusieurs côtés des voix s'élèvent, surtout en France, un peu moins chez nous, pour reprocher à l'Eglise et à son clergé mille choses - comme d'habitude - et spécialement d'avoir été des "suiveurs", de "pleutres", des "poltrons" à la remorque de décisions politiques qui, avec le confinement, empêchaient l'exercice public du culte et le réconfort des sacrements.
Il y a derrière cette opinion quelque chose de profondément erroné : l'idée que l'Eglise serait un corps social à part, en surplomb en quelque sorte par rapport au reste de la vie civile. C'est un reliquat de théocratie, qui voudrait subordonner le politique au religieux ou en tous les cas assurer la complète indépendance de ce dernier. On oublie alors que même le libre exercice du culte (garanti par les Constitutions les plus laïques, comme la Constitution française) reste soumis au respect du bien commun.
Or, ce bien commun passe par la préservation, autant que faire se peut, de la santé de chacun. C'est ce à quoi le confinement entendait contribuer, et on peut estimer qu'il y a, pour une bonne part, réussi - on constate que les pays qui n'en ont pas voulu paient un tribut beaucoup plus lourd à la Covid19. En acceptant de suspendre les célébrations publiques de son culte, l'Eglise, comme du reste les autres religions reconnues dans notre pays, a contribué en toute conscience au maintien du bien commun et, en particulier, à ce bien précieux qu'est la santé.
L'exemple a contrario quelquefois donné pour fustiger la poltronnerie incriminée du clergé, à savoir l'exemple de ces prêtres italiens qui, bravant l'interdit de la distanciation sociale, se sont penchés sur les malades pour leur apporter les secours de la religion, et pour certains sont eux-mêmes devenus malades au point d'en mourir, est un mauvais exemple : contaminés, ces prêtres sans doute généreux sont aussi devenus contaminants, et ne sauraient en aucun cas être des exemples…
Il se peut que, quelquefois, l'Eglise catholique prenne position contre certaines législations qu'elle juge précisément non conformes au bien commun. Mais, en l'occurrence, c'est en ne suivant pas cette demande d'une suspension provisoire du culte qu'elle aurait desservi ce même bien commun.
Le caractère "va-t-en guerre" et quelquefois injurieux des protestations que j'évoque ici peut se comprendre comme le résultat d'une frustration engendrée par le confinement. Mais il ne résiste pas à l'analyse saine et posée de l'attitude que les chrétiens et leurs responsables devaient prendre - et qu'ils ont prise, en effet, pour le bien de tous.

dimanche 7 juin 2020

Le Dieu des chrétiens...

Dans la liturgie catholique, la solennité de la Sainte Trinité - aujourd'hui - est la seule fête qui nous demande de parler directement de l'objet premier de la théologie : Dieu. On parle peu de Dieu, et je me demande bien ce que les gens (paroissiens ou non, croyants ou non) ont dans la tête quand on l'évoque. Un super-chef, genre PDG, qui régirait tout? Un justicier qui nous attendrait de l'autre côté avec son bâton? Un comptable qui note dans un grand livre nos bonnes et mauvaises actions? Une nounou consolatrice qui nous berce sur sa poitrine généreuse quand nous avons chagrin? En réalité, toutes ces images de Dieu sont autant d'idoles - celles-là même que le Premier Testament refuse énergiquement que l'on se fabrique ("De Dieu, tu n'auras pas d'image", dit le Premier des Dix Commandements!) Dieu est et reste irreprésentable, "inconnaissable" (Grégoire de Nysse), parfaitement Autre, le Tout Autre de ses créatures, lui qui en est le Créateur.
Mais la Tradition chrétienne, solidement appuyée sur le Nouveau Testament et développée lors des grands conciles christologiques des IVème et Vème siècles (Nicée, Constantinople, Ephèse, Chalcédoine) nous engage à envisager Dieu non comme un objet faisant nombre avec nous, mais comme une relation. Les noms des "personnes" divines (Père, Fils, Esprit) sont ainsi, particulièrement pour les deux premiers, non pas des noms propres (Jules, Antoine ou Marinette si vous voulez une version féminine de Dieu), mais des noms de relation. Le Père n'est Père que parce qu'il engendre, c'est-à-dire qu'il se dépossède de lui-même pour avoir devant lui un Autre que lui; le Fils n'est Fils que parce qu'il se reçoit du Père ("Ma nourriture, dira Jésus, le Fils incarné, c'est de faire la volonté du Père"), tout cela par détachement de soi dans la grande liberté de l'Esprit, la liberté spirituelle de l'amour,  que l'on nomme en grec agapè.
Nous avons reçu la puissance de cet amour, et la solennité de la Trinité nous invite non pas tant à connaître Dieu, ni même à le contempler, qu'à vivre en Dieu, initiant et restaurant entre nous ces mêmes relations paternelles (ou maternelles) et filiales, dans la liberté de l'Esprit. Nos communautés chrétiennes n'ont d'autre but que de nous apprendre à vivre ensemble, dans la dépossession de soi et le don fait à l'Autre, respectant celui-ci précisément parce qu'il est Autre. Ce but porte un nom en français : la fraternité. Etre frères et sœurs les uns des autres, c'est tour à tour, en effet, être père et mère, fils et filles, les uns des autres, dans une réversibilité de fonction qui tient à l'âge, aux compétences, aux missions ecclésiales.
La Trinité, c'est Dieu à vivre entre nous, dans ce que le regretté Guy Lafon, qui vient de mourir de la Covid19 et qui fut à Paris l'un de mes plus inoubliables professeurs, appelait "l'entretien" infini. Il aimait à répéter : "Dieu, c'est l'entre, dans l'entretien"... Quel programme!
Bonne fête à tous, spécialement aux Montois privés du Doudou. Ils se rattraperont bien...

dimanche 31 mai 2020

Digitus paternae dexterae...

Aujourd'hui, nous avons avec la Pentecôte célébré l'effusion de l'Esprit de Dieu sur l'Eglise et sur le monde. Pas seulement un événement historique, mais un événement quotidien, dont nous sommes encore loin de percevoir tous les effets. Pour les chrétiens, la "spiritualité" consiste en effet non tant en l'exploration de l'esprit personnel, qu'en l'accueil de l'Esprit de Dieu, et à ce qu'il produit dans le cœur de qui veut l'accueillir. En chacun il porte des fruits identiques et pourtant particuliers, en chacun il ouvre des charismes…
La très belle hymne de Pentecôte, venue de notre Moyen Âge, le Veni Creator Spiritus ("Viens, Esprit Créateur") nous fait dire de l'Esprit, entre autres formules magnifiques, qu'il est Digitus paternae dexterae, "le doigt de la droite du Père". Le Père ne cesse de nous faire, il est "Créateur", mais avec l'Esprit, c'est toute la finesse de la création qui est à l'œuvre : c'est désormais le doigt de l'artiste qui achève en chacun cette créature unique que nous sommes, et qui nous dessine "à l'image et ressemblance de Dieu"  pour reprendre une parole de la Genèse cent fois commentée par les Pères.
Laissons-nous modeler par l'Esprit, il affinera nos sens et les rendra "spirituels"...