mercredi 21 janvier 2026

La petite Agnès et le "grand méchant loup"...

 Aujourd'hui, dans l'Eglise Catholique, nous faisions mémoire de Sainte Agnès, victime de la persécution impériale au début du IVème siècle. La Tradition lui prête une petite douzaine d'années - mais nous rapporte que, même à ce jeune âge, elle était convoitée par le fils d'un dignitaire romain auquel elle préféra la virginité pour le nom de Jésus. Livrée au bourreau, torturée et finalement égorgée, elle est restée dans le Peuple chrétien de Rome une image de la pureté et du don de soi pour le Christ - au point que le Canon Romain de la Messe, aujourd'hui notre première Prière Eucharistique, la cite et la place aux côtés d'autres prestigieux martyrs de la foi.

Une petite fille... face à la machine guerrière et répressive d'un grand Empire!

Aujourd'hui aussi, par le hasard des lectures et de leur répartition dans la liturgie, nous entendions le récit du Premier Livre de Samuel qui rapporte l'incroyable combat entre le jeune David et le redoutable Goliath. Ce dernier, armé jusqu'aux dents, incarne à souhait la force brutale, la force d'une brute, qui veut et  peut et entend tout détruire et soumettre sur son passage. Face à lui, le petit gamin roux, futur grand Roi d'Israël, n'est armé que de quelques pierres dérisoires pêchées dans la rivière - mais qui vont au géant porter un coup fatal. Victoire, ici déjà, ici aussi, de la faiblesse sur la force brutale.

Un jeune garçon... face aux rodomontades de la force armée!

Aujourd'hui, à Rome, comme le veut la Tradition, le pape a béni des agneaux - de leur laine, on fera des palliums qui orneront le cou des prochains archevêques résidentiels. Manière de dire qu'ils porteront sur eux la laine de ces doux petits - agnelli, comme Agnès - et ainsi, rien que par ce signe, rappelleront la douceur qui doit sans cesse guider leur ministère de pasteurs. Pasteurs oui, bergers sans doute, mais d'abord eux-mêmes faibles brebis!

Point n'est besoin, je suppose, de dire la pertinence de ces occurrences liturgiques dans la situation contemporaine, géopolitique évidemment, de notre pauvre monde. Mais, s'il vous plaît, que cette pertinence relance notre foi, notre espérance, notre charité - et notre vigilance!

mardi 13 janvier 2026

Le Jubilé de la Cathédrale de Bruxelles

Dimanche dernier, nous avons donné le coup d'envoi du Jubilé de la co-cathédrale de Bruxelles (800 ans de l'église gothique!) lors d'une messe présidée par le Cardinal Parolin, légat du pape, entouré des évêques de Belgique, en présence du Roi et de la Reine, de quelques ministres, du Bourgmestre de Bruxelles et de la Gouverneure du Brabant, et surtout d'une belle et nombreuse assemblée de fidèles. Une fête de famille, malgré la solennité de l'instant, qui relance en quelque sorte la pastorale du lieu et rappelle le rôle d'une église cathédrale dans une ville comme Bruxelles.
L'homélie du Cardinal Parolin a été remarquable : enracinée dans le rôle passé et présent de Bruxelles et de son Eglise comme carrefour, lieu de rencontres et de dialogue, de proposition de la foi et de la paix dans un monde toujours plus avide de guerre et de violence, d'unification de l'Europe, aussi, pour garantir au mieux cette paix durement acquise depuis quatre-vingts ans.
Ne nous focalisons pas sur le nombre, disait-il encore, en citant saint Jean-Paul II, mais sur la signifiance de ce que nous sommes, sur le signal que des chrétiens peuvent donner, portés par un lieu comme celui-là et par son histoire, dans une cité multiculturelle. Parlons de respect mutuel et de promotion de la dignité humaine et que ce lieu les fasse vivre et résonner!
Nous allons, dans tous les conseils pastoraux du Doyenné de Bruxelles, reprendre et méditer ces paroles du Cardinal Parolin, pour relancer notre enthousiasme et la pertinence de notre vie chrétienne au coeur de la cité.

lundi 5 janvier 2026

"Le monde saigne devant toi - Tu marches dans un jour barbare"

 Ils me reviennent à la mémoire, ces vers d'Aragon qui déplorait la mise à feu de Paris à cause de l'électricité... Les motifs aujourd'hui de voir saigner le monde et d'en déplorer la barbarie sont hélas bien plus graves! De grand empires se constituent et étendent leurs territoires sans un regard aucun pour les règles du Droit International. A toutes les époques, bien sûr, la force brutale a voulu triompher et souvent a triomphé au moins pour un peu de temps : l'Empire Romain s'est constitué par la conquête brutale de territoires qui n'appartenaient pas à l'Urbs, par exemple! 

Mais à toutes les époques aussi on a voulu limiter cette brutalité par des traités censés imposer à tous des règles de vie commune sur la terre. Ainsi, jusqu'à il y a peu l'ONU constituait-elle une sorte de rempart devant les ambitions des super-puissances. Aujourd'hui, nous voilà bien obligés de constater que son autorité est bafouée.

Oui, "le monde saigne devant nous" et "nous marchons dans un jour barbare". Lorsque les règles du Droit ne sont plus respectées, les prédateurs triomphent. Ils avancent toutes sortes de prétextes : la nécessité de se protéger, la lutte contre le trafic de drogue, la restauration d'une civilisation perdue - tout cela masque mal une simple et odieuse volonté de puissance. Le pire, c'est quand la religion est invoquée comme justification - faut-il rappeler que tous les papes, depuis au moins un siècle, ont toujours condamné les guerres et le recours à la foi chrétienne pour les justifier? Benoît XV déjà avait multiplié les efforts de toutes sortes pour mettre fin au premier conflit mondial, on se souvient du cri de Paul VI à la tribune, précisément, des Nations Unies ("Plus jamais la guerre, plus jamais!"), saint Jean-Paul II affirmait qu'aucune guerre, jamais, ne pouvait être qualifiée de "sainte", propos évidemment repris et amplifiés par ses successeurs! Les chrétiens seront toujours du côté de la paix, de la justice et du respect du Droit. Toujours... Voilà leur vrai combat, en ce début d'année plus que jamais.

vendredi 2 janvier 2026

2026, entre effroi et espérance

 Nous avons donc ouvert la porte de 2026.

Non sans crainte. Je ne suis guère "géopoliticien", mais j'ai comme beaucoup de citoyens européens des raisons de m'inquiéter. L'impérialisme de certaines grandes nations, leur expansionnisme, leur mépris des libertés individuelles, m'angoissent. Comment une grande démocratie comme les USA peut-elle donner les signes alarmants d'un virage vers la dictature? Comment la Russie continue-t-elle, sans être autrement sanctionnée ou sans que les sanctions déjà prises à son encontre soient suivies d'effet, à promouvoir un déni du droit international? Comment la Chine se moque-t-elle des deux autres superpuissances pré-citées pour asseoir sa propre expansion?

Les impérialismes ont toujours existé. Et toujours ils se sont nourris des religions qui les entouraient, en en faussant souvent la portée, en en tordant le sens pour les mettre à leur service. Oh, que je suis partisan d'une distinction nette entre le religieux et le politique, mais comme je souhaite que cette distinction soit respectée dans les deux sens! Aujourd'hui, on se sert du christianisme pour asseoir, aux USA, une vision de soi-disant "chrétienté" à restaurer - et, je l'ai déjà signalé ici, une vision fausse et perverse, d'où le Christ est pratiquement exclu,  lui qui prêche l'avancée d'un Royaume - de Dieu - où les pauvres sont premiers, quelle que soit la cause de leur pauvreté. On veut une chrétienté dite "de tradition", qui relève plus d'un ordre social que d'autre chose. Mais il faut le rappeler avec vigueur : le christianisme,  c'est le Christ, la Révélation qu'il porte en lui, dans ses paroles et ses actes, d'un Dieu faible et pauvre, non pas du côté des puissants ou des nantis, mais du côté, toujours,  des exclus. Cela doit être aussi redit à une Russie conquérante et soi-disant "gardienne des valeurs chrétiennes" - les valeurs chrétiennes excluent la guerre, la violence et, précisément, la volonté de conquête ou de reconquête.

Des voeux pour 2026? Que l'Europe ne se laisse ni gagner ni impressionner par ces rodomontades de chrétienté. Qu'elle continue à faire vivre ensemble des démocraties ouvertes, généreuses, accueillantes et...laïques, car la laïcité est le seul rempart contre le détournement pervers de la religion à des fins politiques. Que la foi chrétienne, parmi d'autres, y demeure une source toujours vive d'épanouissement et de bonheur, d'engagement social fort en faveurs de ceux et celles qui, hélas de plus en plus nombreux, vivent aux marges morales ou économiques. 

Voilà mes voeux. Ils conjuguent en effet l'effroi face à de nouveaux fascismes qui, partout dans le monde, menacent nos libertés démocratiques, et l'espérance de voir une foi chrétienne sans cesse rajeunie, débarrassée de volontés expansionnistes, et soucieuse seulement d'une annonce authentique de l'Evangile.

dimanche 28 décembre 2025

Mort de "BB"

 On apprend donc, aujourd'hui, la mort de Brigitte Bardot qui - on en pense ce qu'on veut - aura sans aucun doute marqué le cinéma français des années '60. Ses engagements politiques, mettons que c'est... autre chose!

Me revient une anecdote, souvent répétée quand on évoque son nom. Un soir, le Général De Gaulle avait invité à l'Elysée une série d'artistes pour un dîner officiel. Tous ces grands noms du cinéma, du théâtre ou de la chanson, évidemment sur leur trente-et-un, étaient donc accueillis sur le célèbre Perron par le Président de la République flanqué de Malraux, alors ministre de la culture.

Arrive la Bardot, qui avait cru bon de s'habiller en... militaire, avec une veste à brandebourgs qui lui donnait l'air (évidemment espiègle et sexy) d'un officier en exercice. Alors De Gaulle, jamais avare d'un bon mot, de glisser à l'oreille de son ministre de la culture : "Chic, Malraux! Enfin, un militaire!"

vendredi 26 décembre 2025

Réseaux sociaux : pourquoi tant de haine?

 Je ne pratique guère que Facebook. Mais sur ce réseau (comme, j'imagine, sur d'autres) je suis de plus en plus frappé par le déferlement de haine qui s'exprime. Le Roi prononce son discours de Noël? On lui tombe dessus : "Discours décalé, inutile, discours de puissant, de quelqu'un qui ignore les réalités de son peuple, discours d'assisté, famille qu'on paie à ne rien faire, etc..." (j'en passe et des meilleures). Le Pape prononce son discours Urbi et Orbi? : "De quoi je me mêle, d'où vient cet imbécile qui prêche la paix, il ne connaît rien au monde, cela ne changera rien, combien ça coûte, faites-le taire, etc..." (ici encore, j'en passe et des meilleures).

Qu'on ne soit pas d'accord avec un propos, qu'on pense autrement, qu'on ait envie de le dire, évidemment cela est normal. Mais pourquoi ce déferlement haineux, épidermique, sans distance  par rapport à son propre ressenti,  qui critique, a priori, tout et tout le monde, et en particulier et par principe, celles et ceux qui ont une responsabilité dans l'Etat et dans le monde? Les personnes qui réagissent ainsi sont-elles à ce point malheureuses qu'elles n'aient plus pour consolation que ce ressentiment? Je sais bien que tout n'est pas rose pour les classes moyennes de plus en plus modestes dans nos pays et que les perspectives de l'année qui s'ouvrent vont très certainement aggraver certaines situations déjà précaires. Je trouve légitime que ces difficultés soient exprimées et mises en débat dans le champ social et politique. Mais l'explosion haineuse qui accompagne ces propos révèle un malaise social profond qui est gave et triste.

Entre Noël et Nouvel An, ne pouvons-nous pas nous redire que nous sommes ensemble responsables de la joie? La joie n'est pas l'absence de difficultés, mais leur prise en compte dans des élans de solidarité, de service, d'ouverture du coeur. Alors, si l'on relit les propos du Roi et du Pape... on verra qu'ils nous y encouragent l'un et l'autre... 

lundi 22 décembre 2025

Cher Joseph

 Revenons à l'évangile proclamé hier lors du quatrième dimanche de l'Avent : en Matthieu, l'épisode de "l'annonciation à Joseph". Joseph, nous dit-on, était fiancé à une vierge, Marie et, avant qu'ils aient habité ensemble, cette jeune femme fut enceinte. Homme juste, il décida de répudier sa promise en secret...

Ici, nous devons nous arrêter car la plupart du temps, cet épisode vire au roman ou au mélo balsacien. On comprend : Joseph est un brave type, un peu bonasse, il se dit évidemment que sa promise a fauté avec un autre, et donc il doit la répudier, mais comme il est gentil,  il le fait en secret, sans vagues... 

C'est projeter sur l'épisode une lecture contemporaine, digne, je le répète, d'un roman de Balzac. C'est surtout oublier la signification du terme "homme juste" pour les Juifs de l'époque. Un homme juste, c'est un homme qui perçoit immédiatement l'oeuvre de Dieu. Joseph a tout de suite compris qu'en sa promise Dieu est à l'oeuvre, et il ne veut pas se mêler de cela - beau signe de son humilité et de sa  crainte révérencieuse.

Mais l'ange va le réconforter : "Ne crains pas de prendre chez toi Marie ...  ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint..." J'ai mis trois points de suspension là où le grec utilise un petit mot généralement mal traduit : gar. Qui signifie soit "car",  soit (et c'est évidemment ici la bonne traduction) : "certes"! L'ange dit à Joseph qu'il a bien raison de voir en ce qui se produit l'oeuvre de Dieu : "Certes, ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit." Mais que cela ne doit pas l'empêcher de prendre chez lui cette oeuvre, qui deviendra aussi la sienne : Dieu a besoin de lui autant que de Marie pour s'incarner.

Comme il a besoin de nous! Joseph va donner sa consistance sociale, son nom, à Jésus - non seulement son prénom, mais sa lignée : "Fils de David!" (Les deux seuls personnages du Nouveau Testament à être nommés ainsi sont précisément Jésus et Joseph). Il nous appartient à nous aussi d'accueillir de semblable façon le mystère de l'Incarnation de Dieu : aujourd'hui encore, Dieu a besoin de nous pour habiter notre humanité, pour que cette habitation de l'humain soit authentique et engagée dans nos manières de vivre ensemble.

Cher Joseph, merci pour cette leçon!