dimanche 14 janvier 2018

Trump, démocratie, démagogie

J'ai été comme beaucoup scandalisé par les propos récents et racistes du Président des Etats-Unis. Mais par delà l'indignation, et sans être du tout "politologue", il ne me semble pas que ces propos, pas plus du reste que d'autres, antérieurs et de la même veine, du même homme, ne soient  des dérapages. Ils sont, hélas, voulus, choisis, calculés. Le Président des Etats-Unis met en scène le programme... pour lequel il a été élu par une majorité de citoyens américains, et selon les règles communément admises de la démocratie dans ce grand pays. L'idée? "Les USA sont un pays riche, puissant, qui peut très bien se passer du reste du monde, qui n'est pas obligé d'accueillir chez lui la misère des autres pays, qui se fiche des traités internationaux sur le climat ou la vente des armes, qui peut imposer sa loi partout comme il veut et quand il veut, etc." Discours populiste, qui plaît - ou en tous les cas qui a plu - à une majorité de personnes. Discours partiellement vrai du reste : les USA sont riches et puissants, et c'est souvent vers eux que l'on se tourne pour demander de l'aide, plutôt que le contraire. Discours que l'on entend ailleurs, par exemple chez nous, à une échelle évidemment plus petite mais dans des formes relativement semblables : remplacez "USA" par "Flandre" et "monde" par "Belgique", et vous aurez à peu près la teneur de certains propos prononcés très près d'ici...
De ceci, nous devons, je crois, tirer une leçon au moins éthique : la démocratie ne consiste pas simplement en une addition de votes pour parvenir à une majorité de suffrages. Elle comporte nécessairement la recherche du bien commun, c'est-à-dire non seulement d'un bien national ou identitaire, mais d'un bien universel - du reste, le vrai bien est toujours universel, sinon ce n'est pas un vrai bien. Le relativisme éthique ("ce qui est bon pour moi peut ne pas l'être pour toi, et inversement") conduit le monde à sa perte.
Mardi prochain, à Hennuyères, lors d'une conférence qui m'a été demandée, je parlerai de cela : le "bien" et le "mal" existent-ils encore? Mais...  nous devons vouloir cette existence, parce que sinon la vie, en ce compris la vie publique, deviendrait mortifère!

vendredi 12 janvier 2018

Injonctions paradoxales...

Un jour, il faudra qu'on m'explique. Qu'on m'explique comment on peut, dans notre société, vivre normalement en étant chaque jour accablé d'injonctions paradoxales.
Prenons la plus actuelle : le salon de l'auto. Il vient d'ouvrir ses portes. Et la télévision, et les journaux, de nous vanter les diverses possibilités  d'acquisition du nouveau modèle qui fera frémir d'envie vos amis et vos voisins, quitte à vous endetter pour plusieurs années. Et l'on dit : quand l'automobile va, tout va! L'économie tourne! Vous connaissez la chanson... Mais en même temps, et de façon récurrente, on nous dit aussi : Surtout, ne roulez plus en voiture! Nos villes sont engorgées, la pollution n'a jamais été aussi grave! Prenez les transports en commun! Au pire, faites du co-voiturage! Etc... Vous connaissez cette autre chanson, aux accents parfaitement contradictoires avec la première.
C'est cela, une injonction paradoxale : matraquer les gens d'ordres contraires, et alors ils deviennent fous, cette folie commençant par une culpabilisation outrancière. Car enfin, dans l'hypothèse où je veuille acheter une nouvelle voiture, ce n'est pas dans l'intention de la laisser au garage, tout de même! Qu'est-ce que c'est que cette société qui me dit (qui m'intime...) : achetez une voiture, c'est bon pour l'économie, et vous ferez tourner le commerce, mais surtout ne roulez pas avec, et ainsi vous protégerez l'environnement???
Ce n'est pas la seule injonction paradoxale, nous en subissons plein d'autres : mangez sainement, mais ne mangez plus rien, par exemple, également très jolie. Mangez sainement, mais... pas de sucre, pas de sel, pas de viande, pas de poisson, pas de pain, pas de vin, pas d'alcool, pas d'eau gazeuse, pas de café, etc. Vous connaissez aussi la chanson, non? Mais, pardon, pour manger sainement... il faut d'abord manger quelque chose! (Par parenthèse, l'Eglise catholique, qu'on accuse régulièrement d'avoir été une épouvantable marâtre castratrice, donneuse de leçons, moralisatrice, empêcheuse de jouir en rond, etc., n'a jamais, vraiment jamais, édicté de pareils préceptes alimentaires, se contentant de recommander le jeûne et quelquefois l'abstinence de viande aux seuls jours du mercredi des cendres et du vendredi saint. Et encore : pour les moins de 65 ans!)
Vous trouverez vous-mêmes, j'en suis sûr, d'autres exemples amusants de ces injonctions paradoxales qui finiraient, si on ne les dénonçait pas, par nous rendre... timbrés!

La honte...

Dans la dernière livraison de l'hebdomadaire français "L'Obs" (n° 2775 du 11 au 17 janvier 2018), un long dossier sur la façon dont nos pays européens traitent la question des migrants. Plusieurs interventions remarquables, par exemple celle du Prix Nobel de littérature J.M.G. Le Clézio, dont voici quelques lignes : "On parle de budget, de limites dans le partage. Sans doute, mais où est le partage quand un pays extrêmement prospère, qui bénéficie d'une avance remarquable dans toutes les techniques, d'un climat modéré, d'une paix sociale admirable, refuse de sacrifier un peu de son pactole pour permettre à ceux qui en ont besoin de se ressourcer, de reprendre leurs forces, de préparer un avenir à leurs enfants, de panser leurs plaies, de retrouver l'espoir?" (p.24), Ou le bel entretien donné par Mgr Pontier, Président de la Conférence des évêques de France : "Le devoir d'humanité doit être plus fort que nos appréhensions." (p.29) Et malheureusement, cette double page d'un reportage signé Sara Daniel : "La Belgique, pays des rafles." (pp.34-35) Les récits de migrants du Parc Maximilien, recueillis par cette excellente journaliste, sont à frémir - à l'image du titre, qui évoque de bien mauvais souvenirs.
Honte donc, sur nos pays, sur notre pays, sur mon pays.
Il y a là vraiment quelque chose qui ne va pas, qui ne peut pas durer : c'est une mentalité qui doit changer, si nous ne voulons pas tourner le dos à une certaine idée de la dignité humaine, et aux conséquences que cela entraîne en termes à la fois politiques et sociaux. Ce 14 janvier, c'est la 104ème Journée Mondiale du migrant et du réfugié : nouvelle occasion, espérons-le, d'une prise de conscience individuelle et collective!