lundi 6 mai 2013

La mort de Christian de Duve

Depuis longtemps je n'étais plus d'accord avec les opinions du Professeur de Duve, du moins lorsqu'il s'exprimait sur des questions anthropologiques majeures, comme le peuplement de la Planète ou la liberté de disposer de soi. Je n'étais pas d'accord pour un motif simple : raisonnements de riche, d'homme gâté par la vie, qui  renoue au fond avec la philosophie stoïcienne de l'Antiquité, avec sa part de noblesse, certes, mais aussi sa part d'enfermement solitaire. Après tout, la seule richesse des pauvres - auxquels on refuse le partage des biens nécessaires à la (sur)vie - n'est-elle pas de faire des enfants, et en grand nombre, et de quel droit supérieur leur refuserions-nous cela aussi?
Non, je n'étais plus d'accord avec cet homme pourtant brillant, grand scientifique, etc. Et le "suicide assisté", l'euthanasie, grâce auquel il a quitté la vie, ne me semble  décidément pas la meilleure manière de s'endormir en paix. Et je ne trouve pas opportun qu'à cette occasion, il en soit félicité, même de façon posthume : il y a une manière de mettre en scène son suicide (fût-il assisté), qui est plus pénible encore que le suicide lui-même, et qui n'a vraiment n'a rien de grand, à mon point de vue.
Mais quelles que soient ces divergences, je respecte l'homme, je l'admire, même. Son érudition était - ce qui arrive bien des fois - plus grande que son discernement philosophique.
J'ai, à cette occasion,  un souvenir ému pour son neveu Pascal, mort de façon si prématurée, écrivain étrangement prometteur, sorte de bête d'érudition lui aussi, que j'ai un peu croisé autrefois chez les éditeurs parisiens (après tout, nous étions deux Belges, et grosso modo du même âge). Gloires éphémères : qui en garde mémoire aujourd'hui?
Tout cela ne se ressaisit que dans la prière.

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