dimanche 11 mars 2012

"Il nous unit"

Des années après la mort de Simon, un jeune garçon de mes amis trop tôt parti au ciel suite à un cancer incurable, j'ai retrouvé ce week-end sa famille, ses parents, frère et soeurs, cousins, cousines, oncles, tantes, grands-parents et amis. Des dizaines de personnes fidèles à ce rendez-vous annuel célébré à la fois dans la prière, la liturgie et la joie festive de retrouvailles. Lors d'une belle promenade, ce matin sur une plage de la Baie de Somme, sa maman me disait : "Incroyable comme Simon nous soude, nous unit tous, nous est présent." Incroyable en effet comme la Vie peut être présente à partir des tourments mêmes de la mort, et cela, pendant des années, à condition bien entendu qu'on veuille bien ouvrir son coeur, les yeux de son coeur, à cette présence. "Sinon, comme dit saint Augustin dans une page célèbre du Livre X des Confessions, sinon, c'est à des sourds que le ciel et la terre disent tes louanges!" La mort est toujours cruelle. La mort d'un enfant, d'un adolescent, en particulier, est un défi - le plus grand de tous - à l'intelligence (on se dit que tout est absurde) et à la foi (on se dit que Dieu ne peut pas exister, s'il "accepte" ou, pire encore "permet" cela). Mais lorsque des personnes, chacune dans son for intérieur, chacune à son rythme, et ensemble, en famille, acceptent d'ouvrir leur coeur à une certaine intelligence de la foi (pour remettre ensemble les deux termes ci-dessus utilisés), alors des chemins inattendus s'ouvrent, comme ceux qui firent passer Israël à travers la Mer infranchissable, alors on est à Pâques.
De tout mon coeur, je remercie cette famille, des amis et plus que des amis, des frères et des soeurs, tous. Je les aime, pour ce qu'ils sont et ce qu'ils racontent à travers leur vie quotidienne. Ils le savent...

mardi 6 mars 2012

"Elle grandit avec ses lecteurs..."

"Elle grandit avec ses lecteurs..." Qui ça? La Bible! Le mot est de saint Grégoire le Grand, dans son commentaire du Livre de Job, lorsque, parlant de la Bible, il annonce : aliquo modo cum legentibus crescit, "d'une certaine façon, (donc), elle grandit avec ceux qui la lisent". La formule peut sembler étrange : la Bible ne change tout de même pas de volume, le nombre de ses Livres ne croît ni ne décroît pas! Ce que veut dire Grégoire, c'est que la muliplicité de ses lecteurs induit une espèce d'accroissement de son sens, de "ses" sens multiples, qui, au gré des époques, multiplie aussi sa richesse.
C'est une expérience que nous avons touchée du doigt ce soir lors de la première conférence de Carême, ici à Enghien. Avec l'érudition mais aussi la pédagogie du Prof. Wénin, nous avons lu les premiers versets de la Genèse, pour nous introduire à une réflexion judéo-chrétienne, et donc d'abord biblique, sur la sexualité humaine. André Wénin a fait jouer les mots et les significations pour (dé)montrer que, dès son orée, le texte de la Genèse souhaite à l'humain de s'accomplir dans l'accueil maximal de la différence, de l'étrangeté et finalement du mystère de l'autre.
Une grande leçon, recueillie dans une écoute magnifique et attentive de très nombreuses personnes qui ont appris à reconnaître en la Bible un texte contemporain, éloigné des idées poussiéreuses qu'il est commode (et paresseux) de se faire de lui...

vendredi 2 mars 2012

Réunion importante du 28 février dernier

Mardi dernier au soir, à l'initiative de l'Equipe d'Animation Pastorale, plusieurs personnes et organisations actives au service des plus démunis d'Enghien et Silly se sont retrouvés dans la chapelle ND de Messines à l'église d'Enghien. J'étais vraiment heureux de cette rencontre, à laquelle les pouvoirs publics étaient présents. J'étais aussi heureux de la qualité des propos qui y furent tenus, chacun essayant, je crois, de dire comment, à partir de ses compétences et de ses fonctions, il envisageait la problématique des pauvretés (de toutes sortes, psychologiques ou spirituelles aussi) sur le territoire de ce doyenné, et de proposer des manières d'avancer dans une collaboration accrue entre nous. J'étais surtout ému de voir que l'Eglise locale pouvait, par delà les clivages et les appartenances habituels, trouver ou retrouver un rôle de "plate-forme", devenir un lieu d'échanges et de synergies au service de tous, ce qui est l'une de ses missions et que l'Equipe d'Animation Pastorale entend bien honorer. A nous, et à tous, de faire maintenant en sorte que cette première rencontre soit suivie d'autres, que cet enthousiasme, palpable mardi soir, ne soit pas que d'un moment.
Mais bon, même si tout reste encore à faire, cela fait grandement bien de voir que les acteurs de la société, dans leur diversité même, veulent collaborer pour le service des plus fragiles!

vendredi 24 février 2012

Irréformable Eglise?

Je voudrais rebondir sur l'article publié, sous le titre énoncé ci-dessus, mais sans point d'interrogation, par l'abbé Jacques Meurice, dans la Libre Belgique de ce matin (p.54). L'auteur y revient sur cette opposition vieille comme les chemins entre "l'Evangile" (supposé pur d'un côté) et "l'institution" (supposée de l'autre chargée de toutes les contrefaçons, de tous les péchés, même, du monde).
Je ne comprends pas que l'on puisse aujourd'hui encore tenir des propos pareillement simplistes.
Ils sont dénués de sens, d'abord du point de vue de la banale observation sociologique : ils tendraient à dire qu'il y a d'un côté des "chrétiens purs", hors institution ou qui prétendent l'être, et, de l'autre, des "chrétiens d'institution" tellement défigurés par elle qu'ils ne sont plus chrétiens du tout. Si l'on range dans la catégorie "chrétiens d'institution" (ce que j'imagine) les prêtres (dont l'auteur?), les évêques et le pape, oserait-on dire qu'aucun d'eux n'est plus fidèle à l'Evangile? Et si l'on regarde les chrétiens supposés "hors institution" (dont l'auteur? tiens...), cela signifie-t-il qu'ils seraient de ce fait tous fidèles à l'Evangile? Dans les deux cas, on doute...

Ces propos sont également absurdes du point de vue théologique : dès les Ecritures Saintes, dès le Nouveau Testament, on voit certes Jésus souffrir du fait de l'institution religieuse, mais on le voit aussi former, du moins de façon embryonnaire, une institution religieuse (le choix des Douze, la mission à eux confiée, etc.) La distinction foi/religion ne tient pas, dès les origines du christianisme.

Ces propos qui se veulent encore une charge virulente contre le dogme, ignorent aussi que le dogme dans la pensée chrétienne n'est pas une manière d'empêcher les personnes (chrétiennes ou non) de penser, mais qu'il consiste à leur donner à penser (autant qu'à croire), à partir d'un horizon de sens sans eux inaperçu. C'est tout le thème d'une "révélation" qui dégage la réflexion judéo-chrétienne de la simple raison, sans s'opposer à elle, mais en l'appelant à s'exhausser en elle (et aussi à s'exaucer en elle).

Enfin, l'article comporte une critique bêtasse du droit canonique, comme s'il fallait ignorer que toute société humaine a besoin de définir dans une charte les droits et les obligations des uns et des autres, des uns envers les autres. Ôtez le droit, c'est la jungle et la loi du plus fort. Ôtez le droit canonique dans l'Eglise, c'est la victoire des plus gueulards.

Comment peut-on pondre (et publier) aujourd'hui encore de pareilles bêtises?

mercredi 22 février 2012

le temporel aux laïcs, le spirituel aux prêtres

J'entends régulièrement revenir cette répartition des tâches que d'aucuns voudraient promouvoir dans nos paroisses : le "temporel" (gestion des biens matériels, asbl, fabriques d'église, etc.) aux laïcs; le "spirituel" (pastorale, catéchèse, etc.) aux prêtres. Certains arguments là-dedans ne sont pas faux : les laïcs sont généralement plus compétents dans les domaines de gestion, par exemple.
Mais cette attribution pure et simple est stupide : il est évident que la pastorale et ses orientations supposent de réfléchir aussi à la destination des fonds disponibles, comme il est évident que les laïcs sont associés et décideurs dans ces mêmes orientations pastorales.
Il convient donc de gérer ensemble, prêtres et laïcs, et "le temporel" et "le spirituel", et d'autant plus ensemble qu'il faut gérer l'un en fonction de l'autre : le temporel est au service du pastoral, mais si les orientations pastorales sont inenvisageables du point de vue financier, c'est qu'elles sont à revoir...
Cela signifie aussi qu'il faut penser autrement, et de façon plus authentique, le rôle du prêtre, qui n'est pas cantonné à la liturgie et à ses actes, mais sans être celui d'un PDG! Avec les laïcs choisis pour cela (chez nous, les membres de l'Equipe d'Animation Pastorale), en lien avec l'évêque et, par lui, avec l'Eglise tout entière, le prêtre-pasteur discerne le cap à tenir. L'EAP décide avec lui, après consultation des Conseils Locaux de pastorale, et on demande alors aux ASBL et Fabriques la "faisabilité" matérielle de ces projets et de leur mise en oeuvre. Si l'on ne s'en tient pas à cet organigramme, chacun prendra le pouvoir dans son coin sans assez d'estime du bien commun, dont je redirai encore cent fois qu'il n'est pas l'addition des biens individuels, mais le bien de la communauté...
Je constate souvent que cette manière de voir n'est pas spontanément dans les moeurs d'ici. Mais bon, avec le temps...

Autre chose, plus importante : aujourd'hui, nous entrons en Carême. Il n'est pas, comme je l'ai écrit dans l'éditorial du Journal "Dimanche", le "ramadan des catholiques", mais une période profondément baptismale, durant laquelle nous accompagnons les catéchumènes qui vont devenir chrétiens à Pâques, en nous souvenant de notre propre baptême et du lien d'intimité que celui-ci a inauguré entre le Christ et chacun(e) de nous. Saint François de Sales l'appelle joliment "l'automne de la vie spirituelle", parce qu'il est le temps béni durant lequel nous recueillons les fruits que le baptême a semés en nous... On est ici au coeur de la joie spirituelle!

dimanche 19 février 2012

La vérité, de la bouche des enfants?

Retour de visites chez des amis, je m'arrête ce soir après Mons, dans un petit bistrot, pour y dîner. A la table voisine de la mienne, une belle famille : papa, maman, une petite fille de plus ou moins 7-8 ans, un petit garçon de plus ou moins 5-6 ans. La conversation roule sur... la messe du matin (eh oui, apparemment, certains y vont encore!) Du coup, je laisse un peu plus traîner mon oreille indiscrète.

- "Tu étais contente de la messe, ce matin?" demande le papa à sa petite fille.
- "Moyen", dit-elle.
- "Pourquoi"
- "Ben, tant qu'on lit l'histoire de Jésus dans le grand livre, je comprends. Mais quand le monsieur parle..."
- "Tu veux dire 'le prêtre'?", dit le papa...
- "Oui, quand le trêtre parle (vous avez bien lu, tous les psychanalystes du monde se réjouissent avec moi, évidemment), alors je ne comprends plus rien..."

Ah! les enfants! la vérité, de leur bouche???

samedi 11 février 2012

L'exclusion dans nos contrées, et l'identité chrétienne

Le froid persistant fait émerger, comme d'un marasme enfoui et presqu'oublié, des réalités sociales que nous n'aimons pas voir : chez nous, certains sont exclus de la satisfaction de besoins élémentaires d'une vie humaine vécue dans la dignité. A plusieurs reprises la semaine dernière, j'ai passé des heures à essayer d'aider, de diverses façons, des personnes souvent isolées et qui crevaient littéralement de froid, incapables d'acheter le pétrole nécessaire à chauffer un minimum leur habitation. La solidarité paroissiale est en marche, et avec d'autres - et en premier avec les pouvoirs publics - je suis sûr que cette crise du froid nous permettra non seulement d'aider ponctuellement ces personnes, mais, mieux encore, de voir quelles mesures à plus long terme peuvent être entreprises.
Le froid persistant mobilise aussi, donc, des solidarités : voir l'initiative de la RTBF. Et la générosité de téléspectateurs qui, émus comme nous le sommes tous, répondent. A ma grande joie, et presqu'à ma grande surprise, cela signifie d'abord que nos concitoyens sont encore touchés par la misère de ceux et celles qui vivent à côté d'eux. L'individiualisme ambiant en aurait, quelquefois, fait douter. Mais non : finalement, nous sommes généreux. Certes, la spontanéité du don ne règle pas tout - les Belges, contrairement aux Français, ne sont guère des théoriciens de la chose sociale et des mouvements du capital! Mais cette spontanéité, qui probablement ne survivra pas au froid, nous permet d'abord d'être optimistes quant au coeur humain, capable de compassion. C'est déjà énorme!
Elle dit aussi autre chose : que la générosité n'est pas l'apanage des chrétiens. Se soucier de l'autre, en prendre compassion, est certes identitairement chrétien, mais pas spécifiquement chrétien. On n'est pas chrétien sans cela, mais le coeur de la foi n'est pas là. Le coeur de la foi, c'est le Christ, et ce qu'il révèle de la compassion du Père - tenez, dans l'évangile de ce dimanche par exemple (Mc 1, 40-45), lorsqu'au début de son ministère public Jésus touche le lépreux et qu'il en devient lui-même indésirable, exclu. Alors, il raconte mieux que par n'importe quelle parole ce qu'est Dieu, un Dieu qui n'a pas peur de la contagion, de la maladie contractée chez les hommes, mais qui se laisse toucher par elles pour en guérir ceux qu'il vient visiter. Voilà notre spécificité - elle ne se réduit pas à une admirable philanthropie, même si elle en prend les chemins. Elle raconte quelque chose de Dieu, de son amour, et les célèbre, en célébrant la grandeur de l'homme visité dans sa misère par l'agenouillement de la miséricorde.