dimanche 30 août 2026

Monarchie ou République?

 Le récent décès du Roi Harald V de Norvège donne lieu à d'émouvantes démonstrations de gratitude à Oslo et partout dans ce Royaume du Nord. On resonge à l'émotion populaire qui a entouré la disparition du très-aimé Roi Baudoin, chez nous, en 1993 - voici donc trente-trois ans, et dimanche prochain 6 septembre, la messe de 11h00 sera célébrée à la Cathédrale à la mémoire de ce Souverain, en présence de membres de la Famille Royale. On resonge à la ferveur qui marqua les obsèques de la défunte Reine Elisabeth du Royaume Uni, voici peu de temps. Même si cela ne plaît guère aux Républicains, les Souverains d'Europe (il en reste une dizaine) sont généralement très aimés, très regrettés.

Pourquoi? Probablement parce qu'ils n'ont pas voulu être chefs de leur Etat, ce qui les distingue en premier des Présidents de la République, surtout chez nos voisins Français, Présidents élus après une campagne électorale quelquefois, souvent, presque toujours,  très âpre : chacun fourbit ses armes, la lutte est impitoyable, les débats de second tour sont acerbes, les sommes engagées pour vaincre sont importantes, etc. Chez nous, dans les monarchies constitutionnelles, rien de tout cela : le Roi (ou la Reine) n'ont eu que la peine de naître, ils n'ont pas à se faire valoir, à présenter un programme, à promettre monts et merveilles...  Je crois que cela change tout :  certes, ils n'ont pas, du coup, de pouvoir politique (nous sommes en démocratie), mais ils ont un pouvoir de "règne", un pouvoir d'influence, de conseil, de connaissance. Ils sont souvent mieux informés que quiconque sur l'état réel du Pays, par les entretiens qu'ils mènent avec une discrétion telle qu'on ne peut rien en révéler sauf à "découvrir la couronne", comme on dit. Irresponsables politiquement, ils sont une espèce de référence morale au-dessus des partis et des déchirements politiques.

Et n'est-ce pas de cela que nos pays ont besoin? Vous l'aurez compris : je suis monarchiste de coeur, considérant du moins que ce système convient absolument à un pays nué d'autant de différences culturelles, linguistiques et autres que le nôtre!  Bien sûr, il s'agit de respecter la démocratie (mais qui oserait dire que les régimes monarchiques ne sont pas démocratiques, voyez le Royaume Uni, berceau de la démocratie européenne!) Oui, je crois qu'au-delà des comptages et arbitrages politiques vécus à l'aune de la majorité des suffrages, une instance morale est nécessaire,  une espèce de recours,  qui incarne le bien commun et le rappelle. Oh, je ne suis pas naïf : je sais que, trop souvent, les familles régnantes se compromettent dans une presse "people" qui ne les grandit pas et ne leur apporte rien. Mais je crois au meilleur...

samedi 22 août 2026

"Plus catholique que le pape..."

 L'Evangile de ce dimanche nous rappelle l'épisode décisif durant lequel Jésus, à Césarée, déclare que "Simon fils de Jonas" est Pierre, parce qu'il bénéficie d'une "Révélation" du Père céleste qui lui a fait déclarer l'identité christique de son Maître, et que dès lors lui sont confiées "les clés du Royaume" par lesquelles il ouvre ou ferme l'entrée dans la communion ecclésiale.

Sur cette "pierre d'angle" s'édifie donc d'emblée une communauté, l' ecclesia Dei, Peuple de Dieu convoqué, assemblée sainte, hors laquelle il ne saurait y avoir de foi chrétienne : le christianisme n'est pas un exercice solitaire, il ouvre l'espace d'une communion. Mystère de l'Eglise : elle n'est pas un assemblage hétéroclite d'opinions diverses ni, à l'inverse, une espèce de communisme où tout le monde est prié de penser, de prier, d'agir pareil. Non : elle est une assemblée, pas un assemblage; une communion, pas un communisme! Cela suppose l'exercice synodal que le pape François appelait de ses voeux, et que continue à promouvoir son successeur Léon. A savoir : un dialogue infini, incessant, où l'on accepte de perdre son point de vue pour entrer dans celui de l'autre, et cela de façon réciproque. Aucune  unité n'est possible hors ce deuil de l'opinion personnelle, que l'on récupère alors enrichie de l'opinion d'autrui. Exercice difficile, certes, épuisant, souvent : mais s'accrocher à son point de vue sans vouloir le risquer ainsi, c'est courir au schisme, de façon inévitable. Le pape est le gardien de cet effort de communion, et nous pouvons être fiers du Pierre d'aujourd'hui, Léon. Sa fonction, en ce temps comme hier,  à lui qui détient les clés, consiste à ouvrir et à fermer, lorsqu'il constate que certains, prétendument plus ou mieux catholiques que lui, ne veulent pas de la communion ecclésiale. On vient, hélas, de le constater avec le nouveau schisme lefebvriste. Prétendre être "plus ou mieux catholique que le pape", pourtant, est souvent le signe qu'on n'est plus catholique du tout... Car Pierre est Pierre, aujourd'hui comme hier, et c'est sur lui que repose l'unité de l'Eglise.

mardi 18 août 2026

Guillaume de Saint-Thierry et le Musée Régional de Palerme

 Pendant mon séjour hospitalier, j'ai (re)lu en prenant des notes l'admirable "Lettre aux Frères du Mont-Dieu" du grand Guillaume de Saint-Thierry. C'est un ensemble de recommandations adressées à de jeunes religieux qui font profession de vie monastique, donc, de silence, d'obéissance, de chasteté, de pauvreté. Voici une petite perle :

" Une volonté orgueilleuse par habitude fait enfler l'esprit et laisse souvent le coeur dans une grande pauvreté. De là viennent vaine gloire, confiance en soi, négligence de Dieu, vantardise, désobéissance, mépris, présomption et autres maladies de l'esprit qui découlent ordinairement de l'enflure et de l'orgueil habituel."  (G. de SAINT-THIERRY, Lettre aux frères du Mont-Dieu, II, 223, trad. G. Giraud (Pléiade), Gallimard, 2019, p. 286.)

Hein?... A quel examen de conscience cela peut-il nous conduire! Dénoncer ainsi en nous "la volonté orgueilleuse par habitude" qui conduit le coeur à la plus grande pauvreté qui soit - car la pauvreté matérielle n'est rien, elle peut même être un bienfait, mais la pauvreté du coeur, sa sécheresse, quelle misère! On en décline les fruits vénéneux : oui, la vaine gloire. Oui, la confiance en soi et non d'abord en Dieu... A quel "cassage de gueule" spirituel cela peut-il en effet nous amener!


Je lis par par ailleurs que l'on a dérobé, au Musée Galleria Regionale della Sicilia à Palerme, entre autres oeuvres remarquables, la superbe "Vierge de l'Annonciation" peinte vers 1475 par le génie que fut Antonello da Messina.  J'avais eu l'occasion de me recueillir longuement, voici quelques années, devant ce chef d'oeuvre. On assassine, de jour en jour, ainsi, de petits bouts de la grande culture européenne...

mardi 4 août 2026

Ceuta, la question migratoire et la "destination universelle des biens"

 Ce qui s'est passé dans l'enclave de Ceuta est, disent les observateurs, probablement un coup monté par certaines puissances pour mettre dans l'embarras le Premier Ministre espagnol et dénoncer sa politique. On aurait ainsi - comble de cynisme - utilisé la pression migratoire pour tenter de contrer une vision dont on ne veut pas en Europe. C'est bien probable. N'empêche que cet événement dramatique et meurtrier relance la question migratoire. 

On peut se demander pourquoi l'Eglise catholique est favorable à un accueil raisonné et humanitaire des migrants dans nos pays - ainsi le manifestent les deux derniers papes François et Léon. La réponse est simple : dans son arsenal doctrinal, elle possède une conviction sociale répétée depuis les Pères de l'Eglise, et qu'elle nomme "la destination universelle des biens". Entendons : les biens de la terre sont à l'origine destinés à tous. Certes, la propriété privée de ces biens est légitime, mais seulement dans la mesure où elle ne contrarie pas un accès nécessaire de tous à ce qui permet la vie sur la terre : la nourriture et l'eau, la culture et l'éducation, le travail et la santé... Lorsque des migrants, privés chez eux en si grand nombre de ces biens élémentaires nécessaires à leur (sur)vie, viennent les chercher là où ces biens  se trouvent (chez nous), ils viennent chercher ce qui leur appartient autant qu'à nous, ce qui leur est destiné autant qu'à nous, qui en profitons et abusons de façon souvent égoïste.

Ce principe, énoncé déjà par les Pères, donc (en particulier Basile le Grand : "Ce que tu possèdes et que le pauvre n'a pas alors qu'il en a besoin autant que toi, songe que tu le lui as volé..."), puis avec force au début de l'enseignement social systématique de l'Eglise (en particulier dans l'Encyclique Rerum Novarum de Léon XIII), fait intégralement partie de la foi catholique. Les papes ne sont donc pas d'effrayants gauchistes quand ils le rappellent, ils sont dans leur rôle et dans leur mission. Et si les responsables politiques de tous bords, au lieu de crier à l'invasion et de songer seulement à des mesures de refoulement, les écoutaient en essayant de trouver des solutions de partage des biens, l'humanité s'en trouverait grandie et apaisée.