"Passe derrière moi, Satan!" (Mc 8, 33) La réprimande vigoureuse de Jésus à l'encontre de Pierre, dans l'évangile proclamé aujourd'hui, marque un tournant dans la foi chrétienne. Pierre a très justement proclamé que Jésus est le Messie, le Christ, mais il se fait de lui une idée trop humaine : un Messie de gloriole et de prestige, en aucun cas compatible à ses yeux avec ce que Jésus lui-même annonce quand il parle ouvertement de la Croix inévitable, et de souffrances endurées de la part des dignitaires religieux de son temps. Pourtant, telle est la pensée de Dieu sur le salut des hommes : il doit passer par la contradiction assumée, par le fait que chacun prenne "sa" croix pour suivre Celui qui va être crucifié. Pas d'autre moyen d'être chrétien : prendre sa croix, c'est accepter le réel et renoncer "à soi-même", c'est-à-dire à ses fantasmes, à ses rêveries, à son cinéma intérieur. Accepter sa propre faiblesse et son indignité : la croix n'est pas d'emblée glorieuse. Refuser que l'Institution, si habile pourtant à dissimuler, ne cache les failles pour mieux imposer ses velléités de domination. Refuser ce que le pape appelle à juste titre le "cléricalisme" - c'est cela, le cléricalisme, cette volonté des gens d'Institution de maintenir coûte que coûte les apparences, même au prix des pires mensonges.
La crise qui affecte l'Eglise catholique aura, espérons-le, au moins ceci de bon : ramener chacun à la réalité. Refuser, par exemple, une morale sexuelle sublimée mais complètement fantasmée, idéologique et destructrice parce que poussant les personnes à la dissimulation, à la fraude, et finalement à la perversion - un comble, déjà compris par les théologiens scolastiques et leur formule Corruptio optimi pessima, "la pire perversion est celle du meilleur."
Nous avons besoin d'une conversion au réel, si nous ne voulons pas nous faire nous aussi traiter de "Satan"...
dimanche 16 septembre 2018
dimanche 2 septembre 2018
L'intérieur et l'extérieur...
L'évangile de ce dimanche m'a fait songer à la Grande Thérèse d'Avila. Cette Espagnole aimait à dire, comparant notre vie spirituelle à une architecture, à une maison, que nous vivons d'habitude "en terrasse", à l'extérieur de nous-mêmes : nous paradons, nous jouons notre personnage, nous voulons être pris pour ce que nous disons être, etc. Nous purifions l'extérieur de la coupe et du plat… Mais nous nous risquons peu dans les caves, dans l'intériorité : là, il fait sombre, sans doute ces lieux inexplorés sont-ils remplis de toiles d'araignées et sans doute avons-nous peur de nous y aventurer. Pourtant, c'est là que le Christ nous rejoint en son incarnation, dans les recoins obscurs de nous-mêmes, dans les non-dits oubliés, refoulés, de nos petites enfances, là où s'originent nos rancunes, ce que Jésus appelle nos "perversités".
C'est là qu'il faut descendre…
C'est là que nous sommes attendus pour y être purifiés et guéris par "le vrai Médecin des âmes et des corps."
Et pour devenir, peu à peu, de vrais vivants… plus facilement vivables aussi pour ceux qui nous entourent!
C'est là qu'il faut descendre…
C'est là que nous sommes attendus pour y être purifiés et guéris par "le vrai Médecin des âmes et des corps."
Et pour devenir, peu à peu, de vrais vivants… plus facilement vivables aussi pour ceux qui nous entourent!
lundi 27 août 2018
Le pape et le changement
Elu pape le 13 mars 2013, François l'a été pour changer l'Institution catholique - cela ne fait aucun doute. Cet homme déjà âgé remplit sa tâche et, évidemment, reçoit des critiques de partout, de l'intérieur comme de l'extérieur de ladite Institution. C'est de bonne guerre - mais c'est une guerre. Et les plus violents sont probablement les ennemis de l'intérieur, les opposants à toute réforme, qui prétendent s'appuyer sur le "dogme" ou qui, sans autre preuve que leur propre parole, reprochent au pape d'être coupable de ce qu'il dénonce chez d'autres évêques, en particulier la complaisance vis-à-vis de comportements pédophiles que ces évêques auraient eux-mêmes commis ou qu'ils auraient couverts chez leurs prêtres. En retournant l'argument contre celui qui enfin dénonce ces travers, et en prétextant pour cela le soi-disant respect de la Tradition, on s'enfonce plutôt dans la latrine…
Quant aux propos tenus dans l'avion lors de la traditionnelle conférence de presse, retour d'Irlande, sur l'homosexualité, il ne me semble pas que François ait rien dit de déraisonnable, au contraire. Conseiller à des parents dont les enfants présentent des tendances homos de consulter, non pas, évidemment, pour les faire changer, mais pour accompagner tout le monde dans la gestion, au quotidien, de ces tendances, c'est du bon sens. Car nos sociétés, par certains côtés si "ouvertes", sont encore dans leur fond très homophobes : n'est-ce pas ici en Wallonie que récemment un échevin a été contraint à la démission de son parti pour des propos autrement injurieux que ceux du pape, qui, eux, ne l'étaient pas du tout?
Je le dis avec force : ceux qui critiquent ce pape, de l'intérieur ou de l'extérieur de l'Institution ecclésiale, sont ceux qui, pour des motifs sans doute différents mais en vérité complices, veulent que rien ne change, jamais. Ce sont des conservateurs, des rétrogrades et souvent des salauds.
Quant aux propos tenus dans l'avion lors de la traditionnelle conférence de presse, retour d'Irlande, sur l'homosexualité, il ne me semble pas que François ait rien dit de déraisonnable, au contraire. Conseiller à des parents dont les enfants présentent des tendances homos de consulter, non pas, évidemment, pour les faire changer, mais pour accompagner tout le monde dans la gestion, au quotidien, de ces tendances, c'est du bon sens. Car nos sociétés, par certains côtés si "ouvertes", sont encore dans leur fond très homophobes : n'est-ce pas ici en Wallonie que récemment un échevin a été contraint à la démission de son parti pour des propos autrement injurieux que ceux du pape, qui, eux, ne l'étaient pas du tout?
Je le dis avec force : ceux qui critiquent ce pape, de l'intérieur ou de l'extérieur de l'Institution ecclésiale, sont ceux qui, pour des motifs sans doute différents mais en vérité complices, veulent que rien ne change, jamais. Ce sont des conservateurs, des rétrogrades et souvent des salauds.
mercredi 22 août 2018
"Comme je voudrais une Eglise pauvre..."
On se souvient peut-être de ce mot du pape François, lors de l'inauguration de son pontificat, le 19 mars 2013 : "Come vorrei una Chiesa povera e fatta per i poveri", "Comme je voudrais une Eglise pauvre et faite pour les pauvres."
La présent rebondissement de la crise incessante autour de la pédophilie offre à l'Eglise une nouvelle occasion de rencontrer ce souhait. Car la pauvreté véritable n'est pas d'abord le dénuement matériel, mais spirituel : être privé de ses certitudes, de son bon droit, et partant, de son arrogance, connaître la honte d'être pris en faute, se voir arracher le drapé de sa soi-disant pureté, découvrir la saleté, la corruption, le mensonge et le reste de la misère humaine que l'on eût voulu cacher à tout jamais. C'est une expérience qui, je l'espère, interdira désormais à l'Institution de porter sur le monde et surtout sur les personnes des jugements péremptoires.
En ce sens, pour douloureuse qu'elle soit, une expérience purificatrice.
Espérons-le!
La présent rebondissement de la crise incessante autour de la pédophilie offre à l'Eglise une nouvelle occasion de rencontrer ce souhait. Car la pauvreté véritable n'est pas d'abord le dénuement matériel, mais spirituel : être privé de ses certitudes, de son bon droit, et partant, de son arrogance, connaître la honte d'être pris en faute, se voir arracher le drapé de sa soi-disant pureté, découvrir la saleté, la corruption, le mensonge et le reste de la misère humaine que l'on eût voulu cacher à tout jamais. C'est une expérience qui, je l'espère, interdira désormais à l'Institution de porter sur le monde et surtout sur les personnes des jugements péremptoires.
En ce sens, pour douloureuse qu'elle soit, une expérience purificatrice.
Espérons-le!
mardi 14 août 2018
QUINZE AOÛT RAGEUR
On ne peut pas, dans un pays "parangon de la démocratie", enfermer sans jugement des familles et des enfants. C'est un point de non-retour. Cela crie vengeance au ciel. On n'enferme pas des innocents.
C'est contraire :
- à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme;
- à la Convention Européenne des Droits de l'Homme;
- à la Charte des Nations Unies sur la Protection des Droits de l'Enfance,
tous textes solennels dont la Belgique est signataire, ce qu'elle semble renier par les dispositions législatives exécutées ces jours-ci.
La solennité de l'Assomption de la Sainte Vierge, protectrice des âmes ET des corps, Mère de Jésus, Mère de Dieu et Mère de l'innombrable Eglise, finalement Mère des Hommes dans la Nouvelle Création, sera je l'espère marquée par une intercession féconde : que cessent, à peine commencées, ces pratiques qui déshonorent notre pays!
J'entends malheureusement peu de voix s'élever, peu de femmes et d'hommes politiques s'indigner, comme si les torpeurs du mois d'août favorisaient le n'importe quoi, et en particulier le glissement vers des méthodes fascisantes de gouvernement. J'attends les réactions, que chacun se brûle un peu les ailes, merde, en se fichant de la discipline de parti dont personne n'a que faire, et surtout en se fichant des populismes rampants qu'il faut détruire à la base.
Elections en octobre.
On verra...
C'est contraire :
- à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme;
- à la Convention Européenne des Droits de l'Homme;
- à la Charte des Nations Unies sur la Protection des Droits de l'Enfance,
tous textes solennels dont la Belgique est signataire, ce qu'elle semble renier par les dispositions législatives exécutées ces jours-ci.
La solennité de l'Assomption de la Sainte Vierge, protectrice des âmes ET des corps, Mère de Jésus, Mère de Dieu et Mère de l'innombrable Eglise, finalement Mère des Hommes dans la Nouvelle Création, sera je l'espère marquée par une intercession féconde : que cessent, à peine commencées, ces pratiques qui déshonorent notre pays!
J'entends malheureusement peu de voix s'élever, peu de femmes et d'hommes politiques s'indigner, comme si les torpeurs du mois d'août favorisaient le n'importe quoi, et en particulier le glissement vers des méthodes fascisantes de gouvernement. J'attends les réactions, que chacun se brûle un peu les ailes, merde, en se fichant de la discipline de parti dont personne n'a que faire, et surtout en se fichant des populismes rampants qu'il faut détruire à la base.
Elections en octobre.
On verra...
dimanche 29 juillet 2018
Visite au camp du Patro d'Enghien
J'ai eu la joie d'aller ce dimanche visiter le camp du Patro des garçons d'Enghien, camp établi à Bastogne. Très belle tenue de ces enfants et des grands jeunes qui les accompagnent, un véritable esprit de famille - quelle richesse de vie et de foi!
J'ai célébré la messe de ce dimanche avec eux, dans un recueillement impressionnant. "Ca nous fait du bien à tous, cette pause de prière dans notre camp", m'a confié Louis, le Président, qui me raccompagnait ensuite à ma voiture.
Je remercie de tout cœur les dirigeants du Patro - je sais que je peux en dire autant des filles, que je n'ai pas eu l'occasion d'aller voir cette année (pélé à Lourdes oblige!).
J'ai célébré la messe de ce dimanche avec eux, dans un recueillement impressionnant. "Ca nous fait du bien à tous, cette pause de prière dans notre camp", m'a confié Louis, le Président, qui me raccompagnait ensuite à ma voiture.
Je remercie de tout cœur les dirigeants du Patro - je sais que je peux en dire autant des filles, que je n'ai pas eu l'occasion d'aller voir cette année (pélé à Lourdes oblige!).
jeudi 26 juillet 2018
Est-il raisonnable de croire?
De partout, et de plus en plus, on voudrait nous persuader, dans les pays du Nord de l'Europe, que la foi n'est pas raisonnable, qu'il est n'est pas utile, voire même qu'il est dangereux de l'enseigner - sauf peut-être sous la forme aseptisée d'histoire comparée et distanciée des religions -, que c'est un ramassis de croyances passablement débiles qu'il faut maintenir dans le domaine privé, etc., etc. Alors, faisons le point : est-il raisonnable de croire?
Prenons l'exemple chrétien (car la foi, en ses diverses manifestations religieuses, est heureusement infiniment multiple.) Quel est le "noyau" de son annonce? Que Jésus, un homme juif, palestinien, ayant très sûrement vécu il y a environ deux mille ans, est mort à la suite d'un double jugement religieux et politique, condamné au supplice de la croix, pour avoir perturbé l'ordre social par ses propos contraires à certaines interprétations autorisées de sa religion. Que ses disciples, après sa mort, l'ont proclamé vivant d'une vie nouvelle, "ressuscité" et désormais incapable d'être atteint par la mort. Qu'il est dès lors en effet "le Messie" attendu par ceux-là mêmes qui l'avaient jugé et condamné, l'Envoyé de Dieu, Dieu lui-même entré dans la chair et l'histoire des hommes. Que ceux qui, par le baptême, adhèrent à lui, se laissent envahir par lui, deviennent ses disciples non pas seulement intellectuellement mais existentiellement, par le moyen des sacrements, sont associés à sa victoire sur la mort et à toute forme de mort, du corps, du cœur, de l'âme et de l'esprit.
Est-il raisonnable de penser cela et de croire à cela? C'est sans aucun doute déconcertant pour des esprits et des intelligences qui estiment que seule la science et ses "vérités" assurent le progrès de l'humanité. Ce n'est donc pas "rationnel", sans doute, mais c'est néanmoins "raisonnable" : cela n'est pas contraire à la raison humaine, et celle-ci peut même trouver que l'espérance croyante - chrétienne, en l'occurrence - l'accomplit, car la raison humaine sait bien, si elle est précisément raisonnable, qu'elle ne vient pas à bout toute seule de l'énigme de sa condition.
C'est ainsi que l'être humain est, a toujours été et probablement sera toujours un homo religiosus : un "homme religieux", un être d'espérance. Et c'est là un trait distinctif de son "espèce", par rapport sans doute aux animaux avec lesquels (du moins avec un certain nombre desquels, par exemple les mammifères) il partage tant de traits communs.
Je rentre de Lourdes, où j'ai accompagné le pèlerinage diocésain avec cinquante-quatre paroissiens d'Enghien et de Silly - nous nous sommes insérés, avec beaucoup de bonheur, dans les milliers de pèlerins du diocèse et du monde entier qui affluent sans cesse dans la cité mariale. J'ai vu des malades, beaucoup - des gens souvent très durement atteints dans leur santé. J'ai vu des jeunes - beaucoup, et emplis d'enthousiasme. J'ai vu des milliers de personnes porter leur vie devant ce que Bernadette appelait elle-même "cela", au début des "apparitions" en février 1858, et qu'elle finit par nommer "la Dame". Beaucoup, beaucoup de choses ont sans doute été vécues sur le même mode avant même le christianisme : je songe à Delphes et aux processions d'Apollon vers la Pythie, à Athènes et aux processions des Panathénées vers Athéna - du "païen", me direz-vous, oui, en effet, mais du religieux, déjà… Était-il déraisonnable, ce religieux naissant dans le pays où naissait en même temps, et en connivence, la raison philosophique, dans l'Athènes de Socrate, de Platon et d'Aristote?
Les chrétiens, pour revenir à eux, et les catholiques en particulier, se sont toujours méfiés du "fidéisme", c'est-à-dire d'une foi qui se donnerait le droit de vivre fermée sur elle-même, sans répondre aux exigences de la raison. Le Concile Vatican I, au XIXème siècle, l'a hautement proclamé, et avant lui, cette nécessité d'une approche critique de la foi avait illuminé l'Occident avec des penseurs comme saint Augustin, saint Anselme, Maître Eckhart, Pascal et Descartes (oui, Descartes, fondateur du "cartésianisme", était chrétien et se revendiquait de la foi chrétienne, et se retournerait dans sa tombe si on le faisait passer pour un athée…) et tant d'autres.
Alors, est-il raisonnable de croire? En tous les cas, ce besoin humain qu'honorent tantôt bien et tantôt mal les religions, est un besoin qui ne semble pas contraire à la raison, et qui, dans le meilleur des cas, éclaire celle-ci et lui donne des perspectives inattendues.
Prenons l'exemple chrétien (car la foi, en ses diverses manifestations religieuses, est heureusement infiniment multiple.) Quel est le "noyau" de son annonce? Que Jésus, un homme juif, palestinien, ayant très sûrement vécu il y a environ deux mille ans, est mort à la suite d'un double jugement religieux et politique, condamné au supplice de la croix, pour avoir perturbé l'ordre social par ses propos contraires à certaines interprétations autorisées de sa religion. Que ses disciples, après sa mort, l'ont proclamé vivant d'une vie nouvelle, "ressuscité" et désormais incapable d'être atteint par la mort. Qu'il est dès lors en effet "le Messie" attendu par ceux-là mêmes qui l'avaient jugé et condamné, l'Envoyé de Dieu, Dieu lui-même entré dans la chair et l'histoire des hommes. Que ceux qui, par le baptême, adhèrent à lui, se laissent envahir par lui, deviennent ses disciples non pas seulement intellectuellement mais existentiellement, par le moyen des sacrements, sont associés à sa victoire sur la mort et à toute forme de mort, du corps, du cœur, de l'âme et de l'esprit.
Est-il raisonnable de penser cela et de croire à cela? C'est sans aucun doute déconcertant pour des esprits et des intelligences qui estiment que seule la science et ses "vérités" assurent le progrès de l'humanité. Ce n'est donc pas "rationnel", sans doute, mais c'est néanmoins "raisonnable" : cela n'est pas contraire à la raison humaine, et celle-ci peut même trouver que l'espérance croyante - chrétienne, en l'occurrence - l'accomplit, car la raison humaine sait bien, si elle est précisément raisonnable, qu'elle ne vient pas à bout toute seule de l'énigme de sa condition.
C'est ainsi que l'être humain est, a toujours été et probablement sera toujours un homo religiosus : un "homme religieux", un être d'espérance. Et c'est là un trait distinctif de son "espèce", par rapport sans doute aux animaux avec lesquels (du moins avec un certain nombre desquels, par exemple les mammifères) il partage tant de traits communs.
Je rentre de Lourdes, où j'ai accompagné le pèlerinage diocésain avec cinquante-quatre paroissiens d'Enghien et de Silly - nous nous sommes insérés, avec beaucoup de bonheur, dans les milliers de pèlerins du diocèse et du monde entier qui affluent sans cesse dans la cité mariale. J'ai vu des malades, beaucoup - des gens souvent très durement atteints dans leur santé. J'ai vu des jeunes - beaucoup, et emplis d'enthousiasme. J'ai vu des milliers de personnes porter leur vie devant ce que Bernadette appelait elle-même "cela", au début des "apparitions" en février 1858, et qu'elle finit par nommer "la Dame". Beaucoup, beaucoup de choses ont sans doute été vécues sur le même mode avant même le christianisme : je songe à Delphes et aux processions d'Apollon vers la Pythie, à Athènes et aux processions des Panathénées vers Athéna - du "païen", me direz-vous, oui, en effet, mais du religieux, déjà… Était-il déraisonnable, ce religieux naissant dans le pays où naissait en même temps, et en connivence, la raison philosophique, dans l'Athènes de Socrate, de Platon et d'Aristote?
Les chrétiens, pour revenir à eux, et les catholiques en particulier, se sont toujours méfiés du "fidéisme", c'est-à-dire d'une foi qui se donnerait le droit de vivre fermée sur elle-même, sans répondre aux exigences de la raison. Le Concile Vatican I, au XIXème siècle, l'a hautement proclamé, et avant lui, cette nécessité d'une approche critique de la foi avait illuminé l'Occident avec des penseurs comme saint Augustin, saint Anselme, Maître Eckhart, Pascal et Descartes (oui, Descartes, fondateur du "cartésianisme", était chrétien et se revendiquait de la foi chrétienne, et se retournerait dans sa tombe si on le faisait passer pour un athée…) et tant d'autres.
Alors, est-il raisonnable de croire? En tous les cas, ce besoin humain qu'honorent tantôt bien et tantôt mal les religions, est un besoin qui ne semble pas contraire à la raison, et qui, dans le meilleur des cas, éclaire celle-ci et lui donne des perspectives inattendues.
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