vendredi 11 mars 2016

Statistiques...

Je ne vais pas souvent voir les statistiques de ce blog, mais là, j'en viens : du 11 février au 11 mars, me dit-on,
- 1144 lectures depuis la Belgique
- 203 depuis la France
- 95 depuis les USA
- 69 depuis la Russie
- 56 depuis l'Irlande
- 22 depuis l'Allemagne
- 22 depuis la Lettonie
- 16 depuis la Finlande
- 13 depuis l'Ukraine
- 9 depuis la Suisse.

Etonnant, non?

jeudi 10 mars 2016

"Ta Parole a percuté mon coeur"

Lundi dernier, je lisais avec des étudiants, pour le cours que je fais à Louvain-La-Neuve, la magnifique page des Confessions (livre X) dans laquelle Augustin raconte le déclic qui a ouvert en lui la vie spirituelle : Percussisti cor meum Verbo tuo, et amaui te, "Tu as frappé mon cœur de ton Verbe, et je t'ai aimé." C'est une allusion au moment de sa conversion : tandis qu'il se trouvait dans son jardin, à Milan, un rouleau des Lettres de Paul posé à ses côtés, le chant d'un petit enfant passant dans la rue l'a comme réveillé, qui disait : Tolle, lege!, "Prends, lis!" Augustin lut au hasard quelques versets de Paul, des versets qu'il savait déjà presque par cœur, mais à ce moment-là, le Livre est pour lui devenu Parole et, comme il le raconte des années plus tard, "la Parole a percuté son cœur".
C'est l'expérience que nous a rapportée Marc-André lors de la première de nos conférences de carême : comment le Livre, par la lectio, la lecture inspirée et inspirante, peut devenir en nous Parole adressée, murmure qui nous éclaire, nous transforme au plus profond : dans le même texte, Augustin dit que les "sens de son cœur" se sont alors ouverts, et qu'il a perçu le monde avec son cœur, avec  les sens de "l'homme intérieur qui est en lui" (interior homo), dans son "intériorité", là où le temps et l'espace disparaissent pour ouvrir en nous l'éternité.
Vie spirituelle du chrétien...
Que les jeunes, à travers leurs rencontres, leurs engagements, leur générosité, puissent en faire l'expérience un jour, c'est notre responsabilité : Myriam Tonus nous a rappelé la confiance que nous pouvions et devions avoir en eux pour cela.
Que les couples, soucieux de relire leur vie conjugale et non seulement de la subir, puissent aussi expérimenter cette Parole percutante, qui déprend les partenaires de l'idéalisation illusoire et de la volonté de mainmise de soi sur l'autre: c'est également un défi de et dans la vie spirituelle, que Nicole Jeammet nous a lumineusement montré mardi soir, en lisant en ce sens, par exemple, le récit du Cantique des Cantiques.
Dans notre itinéraire de Carême, nous avons ainsi été reconduits à notre intériorité, à notre "cœur", ce lieu où souffle l'Esprit, comme et quand il veut, pour nous rendre heureux et libres d'aimer.
Je remercie les intervenants de ces trois excellentes conférences, qui ont pu aider les paroissiens d'Enghien et Silly à grandir dans leur cheminement pré-pascal.
Je signale à tous que, bientôt et comme d'habitude, ces conférences seront disponibles, via le site internet du doyenné, et qu'on pourra les visionner sur YouTube, grâce aux compétences techniques de Samuel.
Merci à chacune et chacun : continuons ensemble notre route vers Pâques, accueillons en nous le don de Dieu et spécialement, en cette année Jubilaire, celui de sa miséricorde - samedi prochain à 20h00, à Petit-Enghien, une veillée de prière et de réconciliation est précisément ouverte à tous sur ce thème.

dimanche 6 mars 2016

Enfant prodigue, père miséricordieux, les deux fils...

Tout nous ressemble, dans le passage de l'Ecriture lu ce matin en Eglise, la troisième parabole du chapitre quinzième de l'Evangile de Luc. Une parabole souvent intitulée : "de l'enfant prodigue" ou "du père miséricordieux" ou encore "des deux fils"... Tout nous y ressemble, oui : l'envie de partir du cadet, de quitter une vie trop convenue, de "vivre enfin sa vie", de plaquer son vieux et les habitudes d'une maison qui peut rapidement s'avérer étouffante. L'envie de "tout claquer", "pour le plaisir", comme chantait autrefois Herbert Léonard! Sa perplexité, aussi - qui n'est même pas un remords : quand on a tout claqué, comment vivre, ou du moins, vivoter encore?  
Mais la réaction de l'aîné nous ressemble, aussi : comment, accueillir encore ce malpropre? Il a déjà tout dépensé... Lui permettre de reprendre sa place, de continuer comme si de rien n'était? Pire : lui faire fête! Lui faire la gueule, ça oui, le traiter comme il le demande lui-même, peut-être - en ouvrier, en esclave. Mais pas plus, il n'est plus fils, il en a perdu le droit.
Tout nous déroute, enfin, dans le même texte, tout nous déroute dans ces mots si simples, si droits, si purs du Père miséricordieux : "Il fallait bien faire la fête et se réjouir, car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie. Il était perdu et il est retrouvé."
Et on dit quelquefois que la Bible n'aurait rien à nous apprendre?
Elle nous montre le cœur de Dieu, et la distance entre lui et nous - nous qui sommes si peu enclins à la miséricorde.

samedi 5 mars 2016

Quand on ne fait pas le bien, on récolte le mal

L'Europe a donc décidé d'acheter l'aide de la Turquie pour "contenir" l'afflux d'immigrés qui fuient des situations horribles. Je l'ai dit dans un post précédent, c'est une attitude peu conforme à ses "valeurs" fondatrices. C'est contraire au bien commun, au bien des peuples humains.
Elle en récolte les premiers fruits amers : la Turquie ne se gêne plus pour contraindre sa presse d'opposition et ainsi museler la démocratie (déjà modeste chez elle, il faut le dire). C'est mal.
C'était prévisible : quand on ne fait pas le bien, on récolte le mal, un mal de plus en plus galopant.
Mais il paraît que, même en géopolitique, l'éthique est dépassée... On se contente du cynisme.
Sincèrement, si les choses continuent d'aller comme elles vont, je ne donne pas cher de notre peau. Non parce qu'un grand nombre d'étrangers nous demandent un asile provisoire, mais parce que nous ne nous montrons pas capables de le leur offrir décemment. C'est notre survie spirituelle, c'est-à-dire humaine, qui est en jeu.
Et nos politiques qui ne disent rien là-dessus...

mercredi 2 mars 2016

"Les jeunes"

Deuxième conférence du Carême, hier soir à Enghien : Myriam Tonus nous parlait de la jeunesse, de ses aspirations, de sa spiritualité. Des propos bienvenus, réconfortants, positifs, pour décrire ce "monde" qui quelquefois inspire aux adultes de la méfiance ou de la crainte. La conférencière a rappelé à plusieurs reprises le mot de la psychanalyste Françoise Dolto : "Les jeunes portent les symptômes des adultes." Ce que, quelquefois, nous sommes tentés de leur reprocher comme des défauts... c'est nous, les adultes, qui en portons davantage les stigmates : ignorance religieuse, désintérêt pour de grands idéaux, consumérisme comme seul idéal de bonheur, et ainsi de suite. Ce sont là, en effet, des maladies de l'âge adulte ("passe ton bac d'abord", le grand slogan qui a tant marqué ma génération, réussis, réussis, réussis, d'abord, tes études, ton parcours, et tu verras bien ensuite pour tes engagements...) J'ai souvent redit cela aux jeunes (élèves, des mouvements) depuis que je suis ici à Enghien : il y a une différence radicale entre "réussir dans la vie" (ce qui n'est pas très glorieux et ne rend pas toujours heureux) et "réussir sa vie" (ce qui ne se peut qu'en la donnant, sa vie.)
Myriam nous a bien rappelé cela, et que les jeunes, dans leur grande majorité, voulaient "réussir leur vie", et étaient prêts et prompts à la donner généreusement pour qu'elle le soit.
Entendons-nous ce message?
Hier, par contraste avec la limpidité et la luminosité du propos partagé, j'avais l'impression d'une communauté vieille, un peu usée, fatiguée, revenue de tout, dans une église sombre (il faut décidément songer à refaire cet éclairage de maison mortuaire). Impression personnelle due à un petit coup de blues? Peut-être, peut-être pas.

samedi 27 février 2016

Le Père Marc-André...

Nous étions nombreux, mardi dernier, à recevoir l'expérience et l'enseignement du Père Marc-André, moine du Mont-des-Cats, à propos de la lectio divina, du lien nécessaire, pour un chrétien, entre la prière et la lecture de l'Ecriture Sainte de sorte  que celle-ci devienne Parole adressée à chacun par le Père.
Hier, vendredi, Marc-André a été nommé "supérieur" de son Abbaye, pour un temps indéterminé, suite à la démission du Père Jacques Delesalle, qui était Père Abbé depuis six ans.
C'est une tâche bien lourde, et, en le remerciant encore pour son intervention chez nous, nous lui disons notre prière fraternelle.
Voir l'information et, plus largement, se donner une idée de l'Abbaye du Mont-des-Cats sur le site des moines :

http://abbaye-montdescats.fr


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samedi 20 février 2016

"Le nom de la Rose"

Umberto Eco, formidable philosophe et sémiologue, romancier brillant du "Nom de la Rose", vient de mourir...
Justement, tiens, "Le Nom de la Rose", d'où vient ce titre qui orne une action mi policière, mi érudite, censée se dérouler au XIVème siècle?
Eh bien...
D'un vers écrit au XIIème par un moine-poète de Cluny, Bernard de Cluny, dans son De Contemptu mundi (vers 1140), et dont voici le rapport exact :

Nunc ubi Regulus aut ubi Romulus aut ubi Remus?
Stat Roma pristina nomine nomina nuda tenemus

A savoir :

"Et maintenant, où sont donc Regulus, ou Romulus, ou Remus?
La Rome ancienne ne tient debout que  par son nom,  nous ne tenons que des noms nus."

Comme quoi : Bernard de Cluny ne parlait pas de rose (rosa) mais de Rome (Roma), pour dire, de façon désabusée, que rien ne restait d'elle (la Rome de l'antiquité), sinon des noms tout nus, privés en quelque sorte de tout autre contenu.

Habile et poète lui aussi, Eco a changé une seule lettre : s plutôt que m, pour dire qu'il en va de même pour la rose, si fragile entre nos doigts, symbole finalement de toute chose nécessairement éphémère en ce monde, dont nous ne "tenons" que le nom.
Le "Nom de la Rose"...
Et pourtant peut-être, à travers elle, aussi quelque chose de sa présence?

On pressent le philosophe : sa sensibilité au pouvoir humain de nommer le monde, de mettre sur les choses des noms qui les retiennent en quelque sorte parmi nous.
Si peu.
Si fort.

Formidable Eco!