J'ai nourri les temps plus souples des "vacances" de deux livres importants - en tous les cas, en volume! D'abord, la belle réédition du roman de Joseph Malègue, Augustin ou le Maître est là (Cerf, 832p.), un texte paru pour la première fois en 1933 et qu'on a eu l'excellente idée de réimprimer. Augustin, jeune homme né dans une famille catholique moyenne, devient à Paris un universitaire brillant, confronté à ce que l'on nomme "la crise moderniste" (une crise d'interprétation et de critique historique des sources chrétiennes). Il y "perd" la foi, ou du moins la relativise, connaît des émois amoureux qui n'aboutiront pas - il meurt jeune, fauché par la tuberculose, mais réconcilié et en paix avec le christianisme. C'est un texte puissant - dont notre ami José Fontaine, paroissien de Graty, est un spécialiste depuis longtemps : il est l'auteur, sur Wikipédia, des notices remarquables concernant et Malègue et son roman. Pourquoi, un texte puissant? Parce qu'il pose la question de la foi, de ses allers et retours, de sa rencontre inévitable avec la critique intellectuelle, des sentiments troubles ou troublés qu'elle peut engendrer et contrarier, etc., etc.
Quatre-vingts ans plus tard, Emmanuel Carrère, célèbre écrivain français, publie l'autre texte dont j'ai voulu nourrir mes "vacances" : Le Royaume (P.O.L., 630p.) Avec le talent qu'on lui connaît, il brosse le tableau - et vraiment comme un peintre, à larges traits enlevés, précis, fulgurants - des premières années chrétiennes et relit avec nous les textes fondateurs du christianisme (les Actes des Apôtres, l'Evangile de Luc - il a pour Luc une affection toute spéciale - , les autres synoptiques, les textes johanniques, l'épître de Jacques, etc.) aux fins d'y déceler l'histoire, faite d'affrontements et d'incompréhensions, de rivalités autant que de fraternité, de ce qui est devenu l'Eglise chrétienne. C'est (à part quelques imprécisions ou erreurs mineures) impressionnant de justesse, de clairvoyance, et finalement d'empathie pour ces personnages qui ont "fait" notre foi, même si Carrère lui-même écrit aussi, dans les marges, sa propre histoire, sa propre relation à cette foi, plus distante aujourd'hui qu'hier, plus réservée - mais on le sent tout de même empli de la nostalgie de croire. Je connais Emmanuel Carrère (nous nous sommes vus en juillet dernier précisément pendant que je prenais, alors vraiment, un temps de vacances et avions déjà évoqué ce texte qu'il a eu la gentillesse de m'envoyer lors de sa parution la semaine dernière.) J'aime beaucoup ce qu'il fait et la modernité de son écriture, un style très cinématographique. Son livre est une réussite - à tous égards, du reste : il est (allez savoir pourquoi), l'un des best-sellers de la rentrée! Je suis surpris qu'on s'arrache en France un texte de plus de six cents pages qui raconte l'histoire de la composition du Nouveau Testament!
On se ré-intéresse donc au christianisme, à ses sources, à la critique de celles-ci, à leur récriture, à l'adhésion que, deux mille ans après, il est raisonnable d'avoir encore à leur endroit, au choix de la foi, à l'agacement devant la réalité de l'Eglise et à l'étonnement devant son mystère. On le fait sous des formes littéraires redécouvertes, republiées ou franchement contemporaines. Dans un cas comme dans l'autre, cela dit quelque chose de la pertinence chrétienne aujourd'hui, en Occident du Nord, en Europe du Nord, chez nous, quelque chose d'un besoin de savoir, de comprendre, et peut-être de s'abandonner à une conception de Dieu, de l'homme et du monde, porteuse de bonheur.
Car dans les deux cas, Malègue ou Carrère, je tiens que la motivation de leur travail est la quête de la joie spirituelle, de la joie "imprenable". Et n'est-ce pas cette joie qui, si souvent, fait défaut?
jeudi 11 septembre 2014
mercredi 10 septembre 2014
Le médecin...
Tristesse énorme, ce matin, d'apprendre le décès de mon ancien médecin, celui de ma jeunesse jusqu'à mon arrivée à Enghien. Celui de mes parents, dans les vingt dernières années de leur vie.
Un médecin généraliste qui était tellement ami de tous...
Un confident.
Quelqu'un qu'on ne semblait jamais déranger.
Qui venait quelquefois chez vous à l'improviste, sans qu'on l'ait appelé, pour vérifier que "ça allait".
Qui expédiait les consultations destinées seulement à renouveler des ordonnances.
Mais qui soignait toutes les autres.
Qui faisait faire peu d'analyses extérieures, mais du premier coup d'œil, savait presque vous dire ce qui n'allait pas - et c'était toujours vrai. Quarante ans d'expérience, de "feeling"...
Un peu bourru, parlant wallon quand il fallait, taiseux, ami jusqu'au bout des ongles.
Malade depuis de nombreux mois, il a assuré ses consultations jusque fin juillet.
C'était l'un de mes vrais, de mes grands amis, ami de cette amitié définitive qui peut lier pour toujours deux êtres, deux hommes, somme toute si dissemblables.
J'ai caché ma peine toute la journée, pris par d'autres tâches, d'autres devoirs, mais ce soir...
Et samedi, nous célébrerons sa Pâque, fidèlement, discrètement - comme il aurait aimé, sans ostentation aucune.
Les gens de mon coin, qui m'ont appelé tout l'après-midi, se désolent : "Mais qui va-t-on prendre comme médecin, maintenant?" Parce que c'était "le" ("the") médecin! Il n'y a pas plus bel hommage populaire à quelqu'un qui, comme vient de me le dire son épouse au téléphone "n'a jamais pensé qu'aux autres".
Un médecin généraliste qui était tellement ami de tous...
Un confident.
Quelqu'un qu'on ne semblait jamais déranger.
Qui venait quelquefois chez vous à l'improviste, sans qu'on l'ait appelé, pour vérifier que "ça allait".
Qui expédiait les consultations destinées seulement à renouveler des ordonnances.
Mais qui soignait toutes les autres.
Qui faisait faire peu d'analyses extérieures, mais du premier coup d'œil, savait presque vous dire ce qui n'allait pas - et c'était toujours vrai. Quarante ans d'expérience, de "feeling"...
Un peu bourru, parlant wallon quand il fallait, taiseux, ami jusqu'au bout des ongles.
Malade depuis de nombreux mois, il a assuré ses consultations jusque fin juillet.
C'était l'un de mes vrais, de mes grands amis, ami de cette amitié définitive qui peut lier pour toujours deux êtres, deux hommes, somme toute si dissemblables.
J'ai caché ma peine toute la journée, pris par d'autres tâches, d'autres devoirs, mais ce soir...
Et samedi, nous célébrerons sa Pâque, fidèlement, discrètement - comme il aurait aimé, sans ostentation aucune.
Les gens de mon coin, qui m'ont appelé tout l'après-midi, se désolent : "Mais qui va-t-on prendre comme médecin, maintenant?" Parce que c'était "le" ("the") médecin! Il n'y a pas plus bel hommage populaire à quelqu'un qui, comme vient de me le dire son épouse au téléphone "n'a jamais pensé qu'aux autres".
samedi 6 septembre 2014
"La communauté, lieu du pardon et de la fête"
Je me souviens avoir lu, il y a bien longtemps, ce beau livre de Jean Vanier, le fondateur de "L'Arche" : La communauté, lieu du pardon et de la fête. Paru en 1979, c'est un texte inspirant encore aujourd'hui, qui énonce comment il n'y a pas d'humanité hors communauté. Et comment c'est difficile.
L'évangile de ce dimanche met dans la bouche de Jésus (de façon visiblement rétrospective, mais sans que cela contredise ce qui a pu être sa pensée ou sa parole historique) un lien indissoluble entre sa présence et une vie communautaire : "Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux." (Mt 18, 20) Les Pères de l'Eglise, méditant sur ce verset, ont toujours affirmé que cette présence de Jésus "au milieu" de personnes réunies en son nom, était une présence aussi réelle que sa présence sacramentelle, par exemple que sa présence dans l'Eucharistie. Et, dans les charismes récents reconnus et promus par l'Eglise catholique, celui des Focolarini, fondés par l'italienne Chiara Lubich au début de la Guerre, promeut cette présence première du Seigneur au milieu de personnes qui se mettent d'accord en son nom...
Jésus, semble-t-il, n'a pas voulu dissocier sa présence d'une communauté de vie, porteuse de son nom.
Le christianisme, ce n'est jamais "Moi et Dieu" ou "Dieu et moi", ce n'est jamais seulement une relation personnelle, c'est aussi toujours et d'emblée un "Nous". Du reste, Jésus nous enseignant la prière ne nous a pas demandé de dire "Mon Père", mais "Notre Père"- et par là, nous voilà constitués en communauté(s) de frères. Hors cela, pas de référence à lui - l'évangile, encore une fois, a le mérite d'être clair là-dessus.
Mais c'est difficile! Communauté de foi, de destinée, de partage, de vie : on est souvent bien plus tranquille tout seul! Vaille que vaille, cependant, avec ses grandeurs et ses faiblesses, l'Eglise rappelle au monde cette conviction qu'elle tient de Jésus et qui la tient autour de Jésus : pas de rencontre avec Dieu, dans le Christ, sans l'exercice ("l'ascèse", dit le grec) de la vie commune.
Je pensais à cela en préparant mes homélies, aujourd'hui : "mes", car il y en aura au moins deux. Ce soir, une rencontre à Graty avec des couples jubilaires (cinquante et soixante années de mariage) : la famille n'est-elle pas la première communauté de vie, le premier "lieu du pardon et de la fête"? Demain, à Enghien, célébration des septante années de la libération de la Ville : et prière pour la paix entre nations - autre communauté de destinée et de partage, hors laquelle il ne saurait y avoir non seulement de vie chrétienne, mais de vie tout court.
"Jésus au milieu", comme disait Chiara Lubich, présence réelle du Christ pour la paix des familles et des nations, et, comme disait cette fois Jean Vanier, source de pardon et de fête.
L'évangile de ce dimanche met dans la bouche de Jésus (de façon visiblement rétrospective, mais sans que cela contredise ce qui a pu être sa pensée ou sa parole historique) un lien indissoluble entre sa présence et une vie communautaire : "Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux." (Mt 18, 20) Les Pères de l'Eglise, méditant sur ce verset, ont toujours affirmé que cette présence de Jésus "au milieu" de personnes réunies en son nom, était une présence aussi réelle que sa présence sacramentelle, par exemple que sa présence dans l'Eucharistie. Et, dans les charismes récents reconnus et promus par l'Eglise catholique, celui des Focolarini, fondés par l'italienne Chiara Lubich au début de la Guerre, promeut cette présence première du Seigneur au milieu de personnes qui se mettent d'accord en son nom...
Jésus, semble-t-il, n'a pas voulu dissocier sa présence d'une communauté de vie, porteuse de son nom.
Le christianisme, ce n'est jamais "Moi et Dieu" ou "Dieu et moi", ce n'est jamais seulement une relation personnelle, c'est aussi toujours et d'emblée un "Nous". Du reste, Jésus nous enseignant la prière ne nous a pas demandé de dire "Mon Père", mais "Notre Père"- et par là, nous voilà constitués en communauté(s) de frères. Hors cela, pas de référence à lui - l'évangile, encore une fois, a le mérite d'être clair là-dessus.
Mais c'est difficile! Communauté de foi, de destinée, de partage, de vie : on est souvent bien plus tranquille tout seul! Vaille que vaille, cependant, avec ses grandeurs et ses faiblesses, l'Eglise rappelle au monde cette conviction qu'elle tient de Jésus et qui la tient autour de Jésus : pas de rencontre avec Dieu, dans le Christ, sans l'exercice ("l'ascèse", dit le grec) de la vie commune.
Je pensais à cela en préparant mes homélies, aujourd'hui : "mes", car il y en aura au moins deux. Ce soir, une rencontre à Graty avec des couples jubilaires (cinquante et soixante années de mariage) : la famille n'est-elle pas la première communauté de vie, le premier "lieu du pardon et de la fête"? Demain, à Enghien, célébration des septante années de la libération de la Ville : et prière pour la paix entre nations - autre communauté de destinée et de partage, hors laquelle il ne saurait y avoir non seulement de vie chrétienne, mais de vie tout court.
"Jésus au milieu", comme disait Chiara Lubich, présence réelle du Christ pour la paix des familles et des nations, et, comme disait cette fois Jean Vanier, source de pardon et de fête.
mercredi 3 septembre 2014
Environné par la mort, mais priant...
Impression, ces jours-ci, d'être comme tout environné de mort : des mourants, des défunts, jeunes encore, des amis qui s'en vont, des situations mortifères, souvent très proches, bref, des moments où l'on aurait tendance à se dire qu'il n'y a pas d'issue. Ou comme me le disait une maman, gravement atteinte dans sa famille et ses proches par toutes sortes de ces malheurs-là, "la prière ne me sert à rien, je ne suis plus exaucée."
Que signifie "prier"? Sûrement pas jouer au Lotto dans l'espoir de gagner de temps en temps, sûrement pas non plus un "win-win" avec le Bon Dieu, sûrement pas une assurance protectrice de vie ou de bien-être, non, sûrement pas tout cela - c'est trop clair, l'expérience le démontre.
Mais déposer son cœur, son désir, son angoisse, dire son trouble, crier son incompréhension et sa révolte, hurler son athéisme devant l'évidence de l'abandon par Dieu ("Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?" - c'est bien le cri de Jésus en croix, et même si c'est le premier verset d'un psaume à la finale ressuscitante, c'est d'abord un cri d'abandon!)
Aucune prière digne de ce nom ne saurait faire l'économie du moment où il semble qu'il n'y a pas d'appui au "ciel" pour reposer sa tête; que nous sommes, humains, désespérément seuls et, oui, abandonnés sur la terre; que bien sûr il n'y a pas de Dieu; et même que l'illusion qu'il y en ait un est pire que toutes les autres... Quiconque n'a pas fait l'expérience viscérale de cet athéisme-là, profond, douloureux, amputant, ne saurait appréhender la prière.
C'est-à-dire, à travers tout cela, le choix de s'abandonner quand même à la confiance. Le choix d'aimer, quand même, cette confiance.
Pourrions-nous prendre un autre chemin que celui du Christ?
Que signifie "prier"? Sûrement pas jouer au Lotto dans l'espoir de gagner de temps en temps, sûrement pas non plus un "win-win" avec le Bon Dieu, sûrement pas une assurance protectrice de vie ou de bien-être, non, sûrement pas tout cela - c'est trop clair, l'expérience le démontre.
Mais déposer son cœur, son désir, son angoisse, dire son trouble, crier son incompréhension et sa révolte, hurler son athéisme devant l'évidence de l'abandon par Dieu ("Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?" - c'est bien le cri de Jésus en croix, et même si c'est le premier verset d'un psaume à la finale ressuscitante, c'est d'abord un cri d'abandon!)
Aucune prière digne de ce nom ne saurait faire l'économie du moment où il semble qu'il n'y a pas d'appui au "ciel" pour reposer sa tête; que nous sommes, humains, désespérément seuls et, oui, abandonnés sur la terre; que bien sûr il n'y a pas de Dieu; et même que l'illusion qu'il y en ait un est pire que toutes les autres... Quiconque n'a pas fait l'expérience viscérale de cet athéisme-là, profond, douloureux, amputant, ne saurait appréhender la prière.
C'est-à-dire, à travers tout cela, le choix de s'abandonner quand même à la confiance. Le choix d'aimer, quand même, cette confiance.
Pourrions-nous prendre un autre chemin que celui du Christ?
jeudi 28 août 2014
Eloge de saint Augustin, éloge de la lecture
Au soir de cette journée où l'Eglise a célébré saint Augustin, une journée remplie pour moi de rencontres si émouvantes, je retrouve dans mes notes à propos du Docteur d'Hippone que j'ai déjà cité ce matin, cette remarque que fit l'écrivain français Philippe Sollers, dans Le Monde, à propos de lui et des Confessions :
"Lire, c'est entrer en soi-même, apprendre à se considérer comme un monde de signes. En somme, le Diable ne voudrait pas que je me déchiffre, alors que Dieu ne demande pas mieux!" (16 octobre 1998, à propos des Confessions, repris par A. GESCHé, Les Mots et les Livres, II, 2004, p. 106.)
Je pense à tous ces enfants, à tous ces jeunes, qui, rentrant la semaine prochaine à l'école et, en particulier dans "nos" écoles (si j'ose ainsi dire, sans aucun instinct de propriété, mais enfin c'est tout de même là un grand service que l'Eglise catholique rend et continue de rendre à la société dans la Communauté Wallonie-Bruxelles, en administrant des écoles, et pas toujours avec la reconnaissance qu'on souhaiterait!), quand je pense à ceux vont apprendre à lire, ou continuer d'apprendre à lire, je révère ce mot de Sollers à propos d'Augustin.
C'est qu'on apprend à lire toute sa vie, et dans le meilleur sens du terme, cela signifie en effet qu'on n'apprend pas seulement à déchiffrer les lettres et les mots de sa langue maternelle ou d'autres langues (je pense aux élèves en immersion, à ceux qui "font" encore du latin et du grec - mes anciennes passions! -) mais que, ce faisant, en effet et comme dit Sollers, on apprend à se déchiffrer soi-même, entreprise spirituelle jamais achevée.
Les enseignants qui mènent auprès des élèves ce beau travail d'apprentissage, en primaire ou en secondaire, qui tentent de faire observer la grammaire des langues (des codes qui ne sont pas arbitraires, mais qui en réalité révèlent une vie, une sensibilité, une culture), ces enseignants, comme je les trouve indispensables. Sans eux, nous serions dans le chaos, dans le noir de toute pensée, livrés à nos instincts les moins domestiqués.
Et on trouve cela normal, et il y a même des crétins, eux-mêmes incapables de penser, pour estimer qu'on les paie trop!
Je les félicite, pour ma part, et les encourage de tout cœur à aider enfants et jeunes à se déchiffrer eux-mêmes en apprenant leur langue maternelle et les autres parlers humains, qui sont autant d'ouvertures principales sur le monde.
"Lire, c'est entrer en soi-même, apprendre à se considérer comme un monde de signes. En somme, le Diable ne voudrait pas que je me déchiffre, alors que Dieu ne demande pas mieux!" (16 octobre 1998, à propos des Confessions, repris par A. GESCHé, Les Mots et les Livres, II, 2004, p. 106.)
Je pense à tous ces enfants, à tous ces jeunes, qui, rentrant la semaine prochaine à l'école et, en particulier dans "nos" écoles (si j'ose ainsi dire, sans aucun instinct de propriété, mais enfin c'est tout de même là un grand service que l'Eglise catholique rend et continue de rendre à la société dans la Communauté Wallonie-Bruxelles, en administrant des écoles, et pas toujours avec la reconnaissance qu'on souhaiterait!), quand je pense à ceux vont apprendre à lire, ou continuer d'apprendre à lire, je révère ce mot de Sollers à propos d'Augustin.
C'est qu'on apprend à lire toute sa vie, et dans le meilleur sens du terme, cela signifie en effet qu'on n'apprend pas seulement à déchiffrer les lettres et les mots de sa langue maternelle ou d'autres langues (je pense aux élèves en immersion, à ceux qui "font" encore du latin et du grec - mes anciennes passions! -) mais que, ce faisant, en effet et comme dit Sollers, on apprend à se déchiffrer soi-même, entreprise spirituelle jamais achevée.
Les enseignants qui mènent auprès des élèves ce beau travail d'apprentissage, en primaire ou en secondaire, qui tentent de faire observer la grammaire des langues (des codes qui ne sont pas arbitraires, mais qui en réalité révèlent une vie, une sensibilité, une culture), ces enseignants, comme je les trouve indispensables. Sans eux, nous serions dans le chaos, dans le noir de toute pensée, livrés à nos instincts les moins domestiqués.
Et on trouve cela normal, et il y a même des crétins, eux-mêmes incapables de penser, pour estimer qu'on les paie trop!
Je les félicite, pour ma part, et les encourage de tout cœur à aider enfants et jeunes à se déchiffrer eux-mêmes en apprenant leur langue maternelle et les autres parlers humains, qui sont autant d'ouvertures principales sur le monde.
Quem tu imples, subleuas eum
Joie de fêter Augustin aujourd'hui dans la liturgie de l'Eglise. Repris ce matin, pour ma méditation quotidienne, quelques passages du Livre X des Confessions, au n°39 :
"Quand tout mon moi sera fixé à toi, il n'y aura plus nulle part douleur et travail. Ma vie pleine de toi sera vivante.
Celui que tu combles, tu l'allèges." (Quem tu imples, subleuas eum, admirable formule dont je veux retranscrire le latin...
Je la veux, cette formule, et je vous l'offre, pour nourriture de la journée!)
Et j'adresse au Collège d'Enghien mes très sincères vœux de bonne fête!
"Quand tout mon moi sera fixé à toi, il n'y aura plus nulle part douleur et travail. Ma vie pleine de toi sera vivante.
Celui que tu combles, tu l'allèges." (Quem tu imples, subleuas eum, admirable formule dont je veux retranscrire le latin...
Je la veux, cette formule, et je vous l'offre, pour nourriture de la journée!)
Et j'adresse au Collège d'Enghien mes très sincères vœux de bonne fête!
lundi 25 août 2014
"Peut-on se passer de Dieu?"
Le numéro de cette semaine du Nouvel Observateur comporte un intéressant dossier intitulé : "Peut-on se passer de Dieu?" Ecrivains (dont le cher Emmanuel Carrère, qui sort maintenant un roman sur saint Luc, Le Royaume, chez P.O.L., que j'attends avec impatience), philosophes spécialistes de l'antiquité (Monique Dixsaut) ou de la pensée contemporaine (Michaël Foessel) y sont, entre autres, convoqués, pour raconter comment Dieu continue d'être présent à l'horizon de la pensée d'aujourd'hui, et comment on ne saurait sans plus - et sans mal - renvoyer aux oubliettes l'idée même de transcendance. Un extrait, de Foessel justement (chaire de philosophie à l'Ecole Polytechnique, Université de Bourgogne, Institut Catholique de Paris) : "Le Dieu des monothéismes réalise alors ce qui manque si cruellement à notre époque : la réconciliation entre la vérité et l'événement. 'Donne-nous une vérité et nous bâtirons un empire' : tel pourrait être le mot d'ordre commun des Eglises et des révolutionnaires. C'est dans cette perspective que Slavoj Zizel, par exemple, défend l'héritage chrétien. Il interprète la dogmatique religieuse comme une arme contre la médiocrité libérale : le Décalogue plutôt que les droits de l'homme, la guerre contre les marchands du temple plutôt que la prospérité bourgeoise. Le détour par Dieu permet de restituer des majuscules à des mots qui ont perdu de leur éclat à la fin du XXe siècle : la Révolution, la Lutte et, finalement, la Politique elle-même." (Nouvel Observateur, n°2598 du 21 au 27 août 2014, p.65)
A méditer, non?
A méditer, non?
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