dimanche 28 décembre 2025

Mort de "BB"

 On apprend donc, aujourd'hui, la mort de Brigitte Bardot qui - on en pense ce qu'on veut - aura sans aucun doute marqué le cinéma français des années '60. Ses engagements politiques, mettons que c'est... autre chose!

Me revient une anecdote, souvent répétée quand on évoque son nom. Un soir, le Général De Gaulle avait invité à l'Elysée une série d'artistes pour un dîner officiel. Tous ces grands noms du cinéma, du théâtre ou de la chanson, évidemment sur leur trente-et-un, étaient donc accueillis sur le célèbre Perron par le Président de la République flanqué de Malraux, alors ministre de la culture.

Arrive la Bardot, qui avait cru bon de s'habiller en... militaire, avec une veste à brandebourgs qui lui donnait l'air (évidemment espiègle et sexy) d'un officier en exercice. Alors De Gaulle, jamais avare d'un bon mot, de glisser à l'oreille de son ministre de la culture : "Chic, Malraux! Enfin, un militaire!"

vendredi 26 décembre 2025

Réseaux sociaux : pourquoi tant de haine?

 Je ne pratique guère que Facebook. Mais sur ce réseau (comme, j'imagine, sur d'autres) je suis de plus en plus frappé par le déferlement de haine qui s'exprime. Le Roi prononce son discours de Noël? On lui tombe dessus : "Discours décalé, inutile, discours de puissant, de quelqu'un qui ignore les réalités de son peuple, discours d'assisté, famille qu'on paie à ne rien faire, etc..." (j'en passe et des meilleures). Le Pape prononce son discours Urbi et Orbi? : "De quoi je me mêle, d'où vient cet imbécile qui prêche la paix, il ne connaît rien au monde, cela ne changera rien, combien ça coûte, faites-le taire, etc..." (ici encore, j'en passe et des meilleures).

Qu'on ne soit pas d'accord avec un propos, qu'on pense autrement, qu'on ait envie de le dire, évidemment cela est normal. Mais pourquoi ce déferlement haineux, épidermique, sans distance  par rapport à son propre ressenti,  qui critique, a priori, tout et tout le monde, et en particulier et par principe, celles et ceux qui ont une responsabilité dans l'Etat et dans le monde? Les personnes qui réagissent ainsi sont-elles à ce point malheureuses qu'elles n'aient plus pour consolation que ce ressentiment? Je sais bien que tout n'est pas rose pour les classes moyennes de plus en plus modestes dans nos pays et que les perspectives de l'année qui s'ouvrent vont très certainement aggraver certaines situations déjà précaires. Je trouve légitime que ces difficultés soient exprimées et mises en débat dans le champ social et politique. Mais l'explosion haineuse qui accompagne ces propos révèle un malaise social profond qui est gave et triste.

Entre Noël et Nouvel An, ne pouvons-nous pas nous redire que nous sommes ensemble responsables de la joie? La joie n'est pas l'absence de difficultés, mais leur prise en compte dans des élans de solidarité, de service, d'ouverture du coeur. Alors, si l'on relit les propos du Roi et du Pape... on verra qu'ils nous y encouragent l'un et l'autre... 

lundi 22 décembre 2025

Cher Joseph

 Revenons à l'évangile proclamé hier lors du quatrième dimanche de l'Avent : en Matthieu, l'épisode de "l'annonciation à Joseph". Joseph, nous dit-on, était fiancé à une vierge, Marie et, avant qu'ils aient habité ensemble, cette jeune femme fut enceinte. Homme juste, il décida de répudier sa promise en secret...

Ici, nous devons nous arrêter car la plupart du temps, cet épisode vire au roman ou au mélo balsacien. On comprend : Joseph est un brave type, un peu bonasse, il se dit évidemment que sa promise a fauté avec un autre, et donc il doit la répudier, mais comme il est gentil,  il le fait en secret, sans vagues... 

C'est projeter sur l'épisode une lecture contemporaine, digne, je le répète, d'un roman de Balzac. C'est surtout oublier la signification du terme "homme juste" pour les Juifs de l'époque. Un homme juste, c'est un homme qui perçoit immédiatement l'oeuvre de Dieu. Joseph a tout de suite compris qu'en sa promise Dieu est à l'oeuvre, et il ne veut pas se mêler de cela - beau signe de son humilité et de sa  crainte révérencieuse.

Mais l'ange va le réconforter : "Ne crains pas de prendre chez toi Marie ...  ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint..." J'ai mis trois points de suspension là où le grec utilise un petit mot généralement mal traduit : gar. Qui signifie soit "car",  soit (et c'est évidemment ici la bonne traduction) : "certes"! L'ange dit à Joseph qu'il a bien raison de voir en ce qui se produit l'oeuvre de Dieu : "Certes, ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit." Mais que cela ne doit pas l'empêcher de prendre chez lui cette oeuvre, qui deviendra aussi la sienne : Dieu a besoin de lui autant que de Marie pour s'incarner.

Comme il a besoin de nous! Joseph va donner sa consistance sociale, son nom, à Jésus - non seulement son prénom, mais sa lignée : "Fils de David!" (Les deux seuls personnages du Nouveau Testament à être nommés ainsi sont précisément Jésus et Joseph). Il nous appartient à nous aussi d'accueillir de semblable façon le mystère de l'Incarnation de Dieu : aujourd'hui encore, Dieu a besoin de nous pour habiter notre humanité, pour que cette habitation de l'humain soit authentique et engagée dans nos manières de vivre ensemble.

Cher Joseph, merci pour cette leçon!

lundi 15 décembre 2025

Non à l' "identitarisme"

 Voici donc un néologisme : l' "identitarisme". Entendons par là : une volonté affichée de se replier sur une "identité" prétendue ou réelle, culturelle ou religieuse, ou les deux.

Dans bien des pays - aux USA de Mr Trump, en France, en Hongrie, en Pologne, en Belgique maintenant - des voix s'élèvent pour revendiquer une "identité" religieuse "judéo-chrétienne", parlant à son propos quelquefois de "tradition", pour l'opposer au "wokisme" qui diluerait dans du n'importe quoi les cultures, les appartenances, les religions, les orientations sexuelles, etc. Cette prétendue identité est alors brandie comme une idéologie censée soutenir la reconquête politique d'un pays : voyez, j'en ai déjà parlé ici même, les propos de Mr Zemmour, mais aussi ceux de Mr de Villiers, en France, voyez comment Mr Trump relit le dogme de l'Immaculée Conception ou comment Mr Vance, son vice-président, donne au pape Léon une leçon de théologie sur l'immigration, prétendument à partir des écrits de saint Augustin. Non : nous ne rêvons pas. Le monde politique reconstruit un religieux à sa mesure et le présente comme "la tradition" pour soutenir des projets électoraux de reconquête.

Eh bien... Non! Car ce qui est présenté là comme le "judéo-christianisme" n'est pas le christianisme, mais tout au plus le rêve d'une chrétienté restaurée. Du reste, commençons par dénoncer cette collusion entre "judéo" et "christianisme" : car si un peuple a, au cours de l'histoire occidentale, souffert de cette chrétienté, c'est bien le peuple juif! C'est que cette idéologie a toujours besoin d'un bouc-émissaire : pendant des siècles,  donc, les Juifs. Aujourd'hui, les musulmans, accusés de vouloir  le grand remplacement de notre belle civilisation envolée par les lois de l'Islam. (Parmi toutes les critiques contre la crèche de la Grand Place de Bruxelles, critiques émanant pour l'essentiel de ce petit milieu catholique, les plus stupides mais aussi les plus significatives accusaient cette oeuvre d'être une "crèche musulmane" voire "salafiste"...) Non, cela n'est pas le christianisme, car le christianisme, c'est... le Christ. Un Christ toujours dérangeant, comme il le fut de son vivant terrestre, toujours inclusif, et donc  toujours proche des exclus et des pauvres, des étrangers et des laissés pour compte, au point de faire du soin que l'on porte à ces personnes le seul critère d'entrée dans la Vie éternelle : le récit dit du "Jugement dernier", en Mt 25, est à cet égard sans appel, le Christ-Juge s'y identifiant précisément à celles et ceux que l'on a ainsi secourus.

Il n'y a pas de christianisme sans le Christ, sans ce Christ-là. Et rien n'est plus dangereux qu'une idéologie qui se ferait passer pour chrétienne en escamotant ainsi le coeur de la foi qu'elle prétendrait défendre ou promouvoir.  Il revient à l'Eglise de dénoncer pareille dérive, et de la dénoncer sans aucune concession, par ses prises de parole, ses catéchèses, ses homélies, ses enseignements, sa théologie. C'est sans doute le prochain grand défi auquel elle sera - auquel elle est déjà - nécessairement confrontée. On pense en effet trop souvent que la séparation de l'Etat et des cultes est à sens unique : que les religions s'abstiennent d'ingérence politique. Or, à toutes les époques - et l'identitarisme en est un nouvel exemple, à la nôtre - cette séparation doit être aussi vécue dans l'autre sens : que l'Etat et le monde politique s'abstiennent d'utiliser les religions ou le religieux, et surtout s'abstiennent de les détourner à leur profit. La tentation a toujours été grande : Constantin et Théodose, Clovis et Charlemagne, le gallicanisme des rois de France, le joséphisme des empereurs d'Autriche, les velléités de Napoléon, etc! A toutes les époques aussi, et en conséquence, l'Eglise doit donc résister fermement à ce dangereux césaro-papisme.