Le passage de l'évangile de Matthieu proclamé aujourd'hui nous montre Jésus en train de... déménager, pour inaugurer son ministère public, qui sera fait de l'appel des premiers apôtres (des pêcheurs tout simples), de guérisons et d'exorcismes. Il vient habiter en Galilée, "carrefour des nations païennes, dont la capitale est... Capharnaüm! Le nom de cette ville est passé dans notre vocabulaire, pour dire une situation chaotique, faite de mélanges de toutes sortes, en bruxellois on dirait un "bazar". Notons d'emblée que, dans le même évangile de Matthieu, à la fin, au moment de la découverte du tombeau vide, c'est aussi en Galilée que Jésus dira donner rendez-vous aux apôtres pour qu'ils proclament, eux aussi à partir de là, la Bonne Nouvelle.
La foi chrétienne commence donc en Galilée, région méprisée par les Juifs pieux de Jérusalem car évidemment trop mêlée de toutes sortes de convictions, pays que l'on dirait aujourd'hui "multiculturel", "multiconvictionnel", teinté de paganisme ou de pratiques religieuses déviantes par rapport à la prétendue pureté du judaïsme de Jérusalem, du Temple et des Prêtres légitimes.
Jésus commence là sa prédication, là et pas ailleurs. Certes il est lui-même un Juif pieux, excellent connaisseur de la Torah, un rabbi sans faute! Mais ce qu'il proclame, c'est une Bonne Nouvelle, celle du Royaume qu'il incarne en sa personne et à laquelle il demande de se convertir : le salut est pour tout le monde, le salut n'attend pas la constitution d'une religion parfaite ou d'une société simplement vertueuse, le salut c'est autre chose. C'est le bonheur, le bonheur pour tous, à condition que tous veuillent simplement se tourner vers la pauvreté du coeur, la paix, la pureté, la justice - nous l'entendrons dimanche prochain, lorsque nous rencontrerons ce même Jésus, cette fois gravissant la montagne pour , nouveau Moïse, y reprendre la Torah en sa racine et dire à quelles conditions elle conduit à ce bonheur qu'il annonce.
Je vieillis oh combien! Mais quand il m'arrive de jeter un regard en arrière, par-dessus mon épaule en quelque sorte, je me rends compte que ma vie de prêtre catholique, de théologien, de curé, de pasteur, tout ce qu'on veut, aura sans cesse été marquée par cette obsession : dégager le salut d'une simple morale. Le christianisme n'est pas une morale ou une perfection de vertu. Le christianisme est un salut, une guérison, la promesse d'un bonheur adressé à tous - ainsi allait le répétant notre cher pape François, dans sa langue espagnole : "Todos, totos, todos!"
Les chrétiens ne se sentiront jamais mieux qu'à Capharnaüm!