dimanche 25 janvier 2026

Capharnaüm

 Le passage de l'évangile de Matthieu proclamé aujourd'hui nous montre Jésus en train de... déménager, pour inaugurer son ministère public, qui sera fait de l'appel des premiers apôtres (des pêcheurs tout simples), de guérisons et d'exorcismes. Il vient habiter en Galilée, "carrefour des nations païennes,  dont la capitale est... Capharnaüm! Le nom de cette ville est passé dans notre vocabulaire, pour dire une situation chaotique, faite de mélanges de toutes sortes, en bruxellois on dirait un "bazar". Notons d'emblée que, dans le même évangile de Matthieu, à la fin, au moment de la découverte du tombeau vide, c'est aussi en Galilée que Jésus dira donner rendez-vous aux apôtres pour qu'ils proclament, eux aussi à partir de là, la Bonne Nouvelle.

La foi chrétienne commence donc en Galilée, région méprisée par les Juifs pieux de Jérusalem car évidemment trop mêlée de toutes sortes de convictions, pays que l'on dirait aujourd'hui "multiculturel", "multiconvictionnel", teinté de paganisme ou de pratiques religieuses déviantes par rapport à la prétendue pureté du judaïsme de Jérusalem,  du Temple et des Prêtres légitimes.

Jésus commence là sa prédication, là et pas ailleurs. Certes il est lui-même un Juif pieux, excellent connaisseur de la Torah, un rabbi sans faute! Mais ce qu'il proclame, c'est une Bonne Nouvelle, celle du Royaume qu'il incarne en sa personne et à laquelle il demande de se convertir : le salut est pour tout le monde, le salut n'attend pas la constitution d'une religion parfaite ou d'une société simplement vertueuse, le salut c'est autre chose. C'est le bonheur, le bonheur pour tous, à condition que tous veuillent simplement se tourner vers la pauvreté du coeur, la paix, la pureté,  la justice - nous l'entendrons dimanche prochain, lorsque nous rencontrerons ce même Jésus, cette fois gravissant la montagne pour , nouveau Moïse, y reprendre la Torah en sa racine et dire à quelles conditions elle conduit à ce bonheur qu'il annonce.

Je vieillis oh combien! Mais quand il m'arrive de jeter un regard en arrière, par-dessus mon épaule en quelque sorte, je me rends compte que ma vie de prêtre catholique, de théologien, de curé, de pasteur, tout ce qu'on veut, aura sans cesse été marquée par cette obsession : dégager le salut d'une simple morale. Le christianisme n'est pas une morale ou une perfection de vertu. Le christianisme est un salut, une guérison, la promesse d'un bonheur adressé à tous - ainsi allait le répétant notre cher pape François, dans sa langue espagnole : "Todos, totos, todos!"

Les chrétiens ne se sentiront jamais mieux qu'à Capharnaüm!

mercredi 21 janvier 2026

La petite Agnès et le "grand méchant loup"...

 Aujourd'hui, dans l'Eglise Catholique, nous faisions mémoire de Sainte Agnès, victime de la persécution impériale au début du IVème siècle. La Tradition lui prête une petite douzaine d'années - mais nous rapporte que, même à ce jeune âge, elle était convoitée par le fils d'un dignitaire romain auquel elle préféra la virginité pour le nom de Jésus. Livrée au bourreau, torturée et finalement égorgée, elle est restée dans le Peuple chrétien de Rome une image de la pureté et du don de soi pour le Christ - au point que le Canon Romain de la Messe, aujourd'hui notre première Prière Eucharistique, la cite et la place aux côtés d'autres prestigieux martyrs de la foi.

Une petite fille... face à la machine guerrière et répressive d'un grand Empire!

Aujourd'hui aussi, par le hasard des lectures et de leur répartition dans la liturgie, nous entendions le récit du Premier Livre de Samuel qui rapporte l'incroyable combat entre le jeune David et le redoutable Goliath. Ce dernier, armé jusqu'aux dents, incarne à souhait la force brutale, la force d'une brute, qui veut et  peut et entend tout détruire et soumettre sur son passage. Face à lui, le petit gamin roux, futur grand Roi d'Israël, n'est armé que de quelques pierres dérisoires pêchées dans la rivière - mais qui vont au géant porter un coup fatal. Victoire, ici déjà, ici aussi, de la faiblesse sur la force brutale.

Un jeune garçon... face aux rodomontades de la force armée!

Aujourd'hui, à Rome, comme le veut la Tradition, le pape a béni des agneaux - de leur laine, on fera des palliums qui orneront le cou des prochains archevêques résidentiels. Manière de dire qu'ils porteront sur eux la laine de ces doux petits - agnelli, comme Agnès - et ainsi, rien que par ce signe, rappelleront la douceur qui doit sans cesse guider leur ministère de pasteurs. Pasteurs oui, bergers sans doute, mais d'abord eux-mêmes faibles brebis!

Point n'est besoin, je suppose, de dire la pertinence de ces occurrences liturgiques dans la situation contemporaine, géopolitique évidemment, de notre pauvre monde. Mais, s'il vous plaît, que cette pertinence relance notre foi, notre espérance, notre charité - et notre vigilance!

mardi 13 janvier 2026

Le Jubilé de la Cathédrale de Bruxelles

Dimanche dernier, nous avons donné le coup d'envoi du Jubilé de la co-cathédrale de Bruxelles (800 ans de l'église gothique!) lors d'une messe présidée par le Cardinal Parolin, légat du pape, entouré des évêques de Belgique, en présence du Roi et de la Reine, de quelques ministres, du Bourgmestre de Bruxelles et de la Gouverneure du Brabant, et surtout d'une belle et nombreuse assemblée de fidèles. Une fête de famille, malgré la solennité de l'instant, qui relance en quelque sorte la pastorale du lieu et rappelle le rôle d'une église cathédrale dans une ville comme Bruxelles.
L'homélie du Cardinal Parolin a été remarquable : enracinée dans le rôle passé et présent de Bruxelles et de son Eglise comme carrefour, lieu de rencontres et de dialogue, de proposition de la foi et de la paix dans un monde toujours plus avide de guerre et de violence, d'unification de l'Europe, aussi, pour garantir au mieux cette paix durement acquise depuis quatre-vingts ans.
Ne nous focalisons pas sur le nombre, disait-il encore, en citant saint Jean-Paul II, mais sur la signifiance de ce que nous sommes, sur le signal que des chrétiens peuvent donner, portés par un lieu comme celui-là et par son histoire, dans une cité multiculturelle. Parlons de respect mutuel et de promotion de la dignité humaine et que ce lieu les fasse vivre et résonner!
Nous allons, dans tous les conseils pastoraux du Doyenné de Bruxelles, reprendre et méditer ces paroles du Cardinal Parolin, pour relancer notre enthousiasme et la pertinence de notre vie chrétienne au coeur de la cité.

lundi 5 janvier 2026

"Le monde saigne devant toi - Tu marches dans un jour barbare"

 Ils me reviennent à la mémoire, ces vers d'Aragon qui déplorait la mise à feu de Paris à cause de l'électricité... Les motifs aujourd'hui de voir saigner le monde et d'en déplorer la barbarie sont hélas bien plus graves! De grand empires se constituent et étendent leurs territoires sans un regard aucun pour les règles du Droit International. A toutes les époques, bien sûr, la force brutale a voulu triompher et souvent a triomphé au moins pour un peu de temps : l'Empire Romain s'est constitué par la conquête brutale de territoires qui n'appartenaient pas à l'Urbs, par exemple! 

Mais à toutes les époques aussi on a voulu limiter cette brutalité par des traités censés imposer à tous des règles de vie commune sur la terre. Ainsi, jusqu'à il y a peu l'ONU constituait-elle une sorte de rempart devant les ambitions des super-puissances. Aujourd'hui, nous voilà bien obligés de constater que son autorité est bafouée.

Oui, "le monde saigne devant nous" et "nous marchons dans un jour barbare". Lorsque les règles du Droit ne sont plus respectées, les prédateurs triomphent. Ils avancent toutes sortes de prétextes : la nécessité de se protéger, la lutte contre le trafic de drogue, la restauration d'une civilisation perdue - tout cela masque mal une simple et odieuse volonté de puissance. Le pire, c'est quand la religion est invoquée comme justification - faut-il rappeler que tous les papes, depuis au moins un siècle, ont toujours condamné les guerres et le recours à la foi chrétienne pour les justifier? Benoît XV déjà avait multiplié les efforts de toutes sortes pour mettre fin au premier conflit mondial, on se souvient du cri de Paul VI à la tribune, précisément, des Nations Unies ("Plus jamais la guerre, plus jamais!"), saint Jean-Paul II affirmait qu'aucune guerre, jamais, ne pouvait être qualifiée de "sainte", propos évidemment repris et amplifiés par ses successeurs! Les chrétiens seront toujours du côté de la paix, de la justice et du respect du Droit. Toujours... Voilà leur vrai combat, en ce début d'année plus que jamais.

vendredi 2 janvier 2026

2026, entre effroi et espérance

 Nous avons donc ouvert la porte de 2026.

Non sans crainte. Je ne suis guère "géopoliticien", mais j'ai comme beaucoup de citoyens européens des raisons de m'inquiéter. L'impérialisme de certaines grandes nations, leur expansionnisme, leur mépris des libertés individuelles, m'angoissent. Comment une grande démocratie comme les USA peut-elle donner les signes alarmants d'un virage vers la dictature? Comment la Russie continue-t-elle, sans être autrement sanctionnée ou sans que les sanctions déjà prises à son encontre soient suivies d'effet, à promouvoir un déni du droit international? Comment la Chine se moque-t-elle des deux autres superpuissances pré-citées pour asseoir sa propre expansion?

Les impérialismes ont toujours existé. Et toujours ils se sont nourris des religions qui les entouraient, en en faussant souvent la portée, en en tordant le sens pour les mettre à leur service. Oh, que je suis partisan d'une distinction nette entre le religieux et le politique, mais comme je souhaite que cette distinction soit respectée dans les deux sens! Aujourd'hui, on se sert du christianisme pour asseoir, aux USA, une vision de soi-disant "chrétienté" à restaurer - et, je l'ai déjà signalé ici, une vision fausse et perverse, d'où le Christ est pratiquement exclu,  lui qui prêche l'avancée d'un Royaume - de Dieu - où les pauvres sont premiers, quelle que soit la cause de leur pauvreté. On veut une chrétienté dite "de tradition", qui relève plus d'un ordre social que d'autre chose. Mais il faut le rappeler avec vigueur : le christianisme,  c'est le Christ, la Révélation qu'il porte en lui, dans ses paroles et ses actes, d'un Dieu faible et pauvre, non pas du côté des puissants ou des nantis, mais du côté, toujours,  des exclus. Cela doit être aussi redit à une Russie conquérante et soi-disant "gardienne des valeurs chrétiennes" - les valeurs chrétiennes excluent la guerre, la violence et, précisément, la volonté de conquête ou de reconquête.

Des voeux pour 2026? Que l'Europe ne se laisse ni gagner ni impressionner par ces rodomontades de chrétienté. Qu'elle continue à faire vivre ensemble des démocraties ouvertes, généreuses, accueillantes et...laïques, car la laïcité est le seul rempart contre le détournement pervers de la religion à des fins politiques. Que la foi chrétienne, parmi d'autres, y demeure une source toujours vive d'épanouissement et de bonheur, d'engagement social fort en faveurs de ceux et celles qui, hélas de plus en plus nombreux, vivent aux marges morales ou économiques. 

Voilà mes voeux. Ils conjuguent en effet l'effroi face à de nouveaux fascismes qui, partout dans le monde, menacent nos libertés démocratiques, et l'espérance de voir une foi chrétienne sans cesse rajeunie, débarrassée de volontés expansionnistes, et soucieuse seulement d'une annonce authentique de l'Evangile.

dimanche 28 décembre 2025

Mort de "BB"

 On apprend donc, aujourd'hui, la mort de Brigitte Bardot qui - on en pense ce qu'on veut - aura sans aucun doute marqué le cinéma français des années '60. Ses engagements politiques, mettons que c'est... autre chose!

Me revient une anecdote, souvent répétée quand on évoque son nom. Un soir, le Général De Gaulle avait invité à l'Elysée une série d'artistes pour un dîner officiel. Tous ces grands noms du cinéma, du théâtre ou de la chanson, évidemment sur leur trente-et-un, étaient donc accueillis sur le célèbre Perron par le Président de la République flanqué de Malraux, alors ministre de la culture.

Arrive la Bardot, qui avait cru bon de s'habiller en... militaire, avec une veste à brandebourgs qui lui donnait l'air (évidemment espiègle et sexy) d'un officier en exercice. Alors De Gaulle, jamais avare d'un bon mot, de glisser à l'oreille de son ministre de la culture : "Chic, Malraux! Enfin, un militaire!"

vendredi 26 décembre 2025

Réseaux sociaux : pourquoi tant de haine?

 Je ne pratique guère que Facebook. Mais sur ce réseau (comme, j'imagine, sur d'autres) je suis de plus en plus frappé par le déferlement de haine qui s'exprime. Le Roi prononce son discours de Noël? On lui tombe dessus : "Discours décalé, inutile, discours de puissant, de quelqu'un qui ignore les réalités de son peuple, discours d'assisté, famille qu'on paie à ne rien faire, etc..." (j'en passe et des meilleures). Le Pape prononce son discours Urbi et Orbi? : "De quoi je me mêle, d'où vient cet imbécile qui prêche la paix, il ne connaît rien au monde, cela ne changera rien, combien ça coûte, faites-le taire, etc..." (ici encore, j'en passe et des meilleures).

Qu'on ne soit pas d'accord avec un propos, qu'on pense autrement, qu'on ait envie de le dire, évidemment cela est normal. Mais pourquoi ce déferlement haineux, épidermique, sans distance  par rapport à son propre ressenti,  qui critique, a priori, tout et tout le monde, et en particulier et par principe, celles et ceux qui ont une responsabilité dans l'Etat et dans le monde? Les personnes qui réagissent ainsi sont-elles à ce point malheureuses qu'elles n'aient plus pour consolation que ce ressentiment? Je sais bien que tout n'est pas rose pour les classes moyennes de plus en plus modestes dans nos pays et que les perspectives de l'année qui s'ouvrent vont très certainement aggraver certaines situations déjà précaires. Je trouve légitime que ces difficultés soient exprimées et mises en débat dans le champ social et politique. Mais l'explosion haineuse qui accompagne ces propos révèle un malaise social profond qui est gave et triste.

Entre Noël et Nouvel An, ne pouvons-nous pas nous redire que nous sommes ensemble responsables de la joie? La joie n'est pas l'absence de difficultés, mais leur prise en compte dans des élans de solidarité, de service, d'ouverture du coeur. Alors, si l'on relit les propos du Roi et du Pape... on verra qu'ils nous y encouragent l'un et l'autre...