Les mesures prises hier par les autorités de notre pays peuvent apparaître comme extrêmement rigoureuses - et elles le sont : plus de rassemblements, plus de messes par exemple, plus de restaurants, plus de sorties, le confinement autant que possible.
Mais ces mesures, en même temps, ont une caractéristique intéressante : elles visent à protéger le bien commun, non pas les biens particuliers des individus, mais le bien d'une communauté de vie - un pays, une nation, comme on veut. Les particuliers, ou au moins certaines catégories, risquent d'y perdre : pensons à tout le secteur Horeca, et il faudra les aider et les soutenir. Mais la communauté humaine qui vit en lieu va nécessairement y gagner, quand on sait que seules ces précautions peuvent ralentir et, à terme, affaiblir et faire disparaître l'épidémie. Sans elles, nous serions dans une situation sanitaire proche de celle de l'Italie : hôpitaux surchargés, manque de soins par manque de place et de structures, mortalité sans cesse accrue.
"Se serrer les coudes" : un pas vers la prise de conscience que le bien n'est pas seulement, ne peut pas être seulement, le bien de chaque individu selon son désir propre, mais qu'il est aussi et toujours le bien "commun", non pas l'addition de biens individuels, donc, mais le bien d'une communauté. Cela, c'est une prise de conscience salutaire, et en ce sens, oui, le virus peut nous aider!
vendredi 13 mars 2020
mercredi 11 mars 2020
Drole de Carême...
Les mesures commencent à pleuvoir : pour se protéger du "Coronavirus", il faut arrêter de se trop fréquenter. Ainsi, en région wallonne, finies les visites dans les maisons de repos pour nos seniors - on comprend, il sont les plus fragiles. Finis, dans les écoles, les voyages formatifs à l'extérieur. Finis, les voyages tout courts vers l'Italie où tout et tout le monde est confiné.
Je continue de penser qu'on "ne nous dit pas tout", pour reprendre l'expression d'une humoriste française célèbre. De telles mesures indiquent à l'évidence la dangerosité de ce virus.
En même temps, il stigmatise notre fragilité sociale : les bourses s'effondrent, les circuits économiques se grippent, les voyages s'arrêtent.
Et, sous la contrainte, certes, on doit rester chez soi peut-être avec la douce impression de "revivre". Se retrouver, se rassembler, vivre plus en phalanstère, moins être à l'extérieur de soi, contraint à retrouver de l'intériorité…
Tout cela n'est pas perdu! Bien sûr, souhaitons prompt rétablissement aux malades, prévenons les infections en suivant les conseils prophylactiques qu'on nous donne, oui, bien sûr.
Mais vivons plus "à l'intérieur"...
Quel Carême, bon sang, quel Carême!
Je continue de penser qu'on "ne nous dit pas tout", pour reprendre l'expression d'une humoriste française célèbre. De telles mesures indiquent à l'évidence la dangerosité de ce virus.
En même temps, il stigmatise notre fragilité sociale : les bourses s'effondrent, les circuits économiques se grippent, les voyages s'arrêtent.
Et, sous la contrainte, certes, on doit rester chez soi peut-être avec la douce impression de "revivre". Se retrouver, se rassembler, vivre plus en phalanstère, moins être à l'extérieur de soi, contraint à retrouver de l'intériorité…
Tout cela n'est pas perdu! Bien sûr, souhaitons prompt rétablissement aux malades, prévenons les infections en suivant les conseils prophylactiques qu'on nous donne, oui, bien sûr.
Mais vivons plus "à l'intérieur"...
Quel Carême, bon sang, quel Carême!
dimanche 8 mars 2020
Abraham, le mystère de la foi
La première lecture de ce dimanche, extraite du Livre de la Genèse (Gn 12, 1-4), nous rapportait l'appel d'Abraham, cet appel impérieux qui est, si j'ose dire, un ordre de quitter le territoire : "Quitte ton pays, ta famille, la maison de ton père, va dans le pays que je t'indiquerai…" Oser quitter, non seulement un lieu, mais davantage encore un a priori, un tic de pensée, une idéologie, partir pour rejoindre, on ne sait où, un ailleurs, un autre point de vue : la foi est un voyage. Du reste, à cette demande radicale de Dieu est accouplée une promesse : "De toi, je ferai un grand peuple, je te bénirai, je bénirai ceux qui te béniront…" Si l'on n'entendait pas la promesse, comment pourrions-nous partir?
Quitter sa tristesse pour la joie.
Quitter sa peur pour la confiance.
Quitter ses protections pour le dénuement.
Se quitter, soi, pour l'autre.
Et toujours recommencer…
Le chemin d'Abraham sera ponctué d'autres appels, plus déstabilisants les uns que les autres - ainsi la demande de sacrifier Isaac, son unique fils.
Le carême nous rappelle que nous sommes des enfants d'Abraham, par cette foi qui nous vient de lui, et qui n'est pas une adhésion extérieure à un amoncellement de doctrine, mais l'audace du grand départ toujours recommencé.
J'ai relu les pages éblouissantes que le philosophe Sören Kierkegaard consacre à Abraham, modèle indépassé d'après lui de l'humain accompli, dans Crainte et Tremblement. Pages terribles, à la hauteur du personnage - on n'a jamais rien dit de mieux sur le "père des croyants" (par exemple dans S. KIERKEGAARD, Œuvres, I, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, trad. R. Boyer, 2018, p. 879-975).
Le Carême, pour garder l'audace de la foi, et retrouver l'immense liberté qu'elle nous offre… Le Carême, avec Abraham!
Quitter sa tristesse pour la joie.
Quitter sa peur pour la confiance.
Quitter ses protections pour le dénuement.
Se quitter, soi, pour l'autre.
Et toujours recommencer…
Le chemin d'Abraham sera ponctué d'autres appels, plus déstabilisants les uns que les autres - ainsi la demande de sacrifier Isaac, son unique fils.
Le carême nous rappelle que nous sommes des enfants d'Abraham, par cette foi qui nous vient de lui, et qui n'est pas une adhésion extérieure à un amoncellement de doctrine, mais l'audace du grand départ toujours recommencé.
J'ai relu les pages éblouissantes que le philosophe Sören Kierkegaard consacre à Abraham, modèle indépassé d'après lui de l'humain accompli, dans Crainte et Tremblement. Pages terribles, à la hauteur du personnage - on n'a jamais rien dit de mieux sur le "père des croyants" (par exemple dans S. KIERKEGAARD, Œuvres, I, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, trad. R. Boyer, 2018, p. 879-975).
Le Carême, pour garder l'audace de la foi, et retrouver l'immense liberté qu'elle nous offre… Le Carême, avec Abraham!
samedi 7 mars 2020
Et si on arrêtait de nous prendre pour des cons...
Je ne suis ni médecin ni encore moins infectiologue. J'observe : une épidémie virale se propage dans le monde, et deux types de réactions - contradictoires - nous sont proposées, quelquefois par les mêmes gouvernements :
1° Rien de trop grave, lavez-vous les mains, bonnes gens, ne toussez pas à proximité d'autres personnes, etc., et ainsi l'épidémie reculera. Bon moi je veux bien et cela me rassure…
2° En même temps, je n'ai jamais vu aucune mesure aussi drastique prise, par exemple dans les églises : fini le baiser de paix potentiellement contagieux, ou le serrage de mains, finie la communion trop risquée sur la langue, ou pire encore la communion au calice, au "Précieux Sang"... Et que les bénitiers soient vidés pour éviter toute contamination par leur eau. Jamais, depuis trente ans, je n'ai vu des demandes aussi strictes rien que dans le domaine de la liturgie, ni pour la grippe, ni pour le Sida, ni pour l'Ebola ni pour rien… Et, dans certains diocèses français, les messes elles-mêmes - rassemblements potentiellement contagieux - sont interdites.
Je ne suis donc pas médecin. Mais quand même : ou bien ce n'est qu'une grippe, et on nous lâche. Ou bien c'est bien plus grave et, malgré les retombées économiques et commerciales, on nous secoue.
Nous ne voulons pas être pris pour des cons.
Qui nous dira la vérité?
1° Rien de trop grave, lavez-vous les mains, bonnes gens, ne toussez pas à proximité d'autres personnes, etc., et ainsi l'épidémie reculera. Bon moi je veux bien et cela me rassure…
2° En même temps, je n'ai jamais vu aucune mesure aussi drastique prise, par exemple dans les églises : fini le baiser de paix potentiellement contagieux, ou le serrage de mains, finie la communion trop risquée sur la langue, ou pire encore la communion au calice, au "Précieux Sang"... Et que les bénitiers soient vidés pour éviter toute contamination par leur eau. Jamais, depuis trente ans, je n'ai vu des demandes aussi strictes rien que dans le domaine de la liturgie, ni pour la grippe, ni pour le Sida, ni pour l'Ebola ni pour rien… Et, dans certains diocèses français, les messes elles-mêmes - rassemblements potentiellement contagieux - sont interdites.
Je ne suis donc pas médecin. Mais quand même : ou bien ce n'est qu'une grippe, et on nous lâche. Ou bien c'est bien plus grave et, malgré les retombées économiques et commerciales, on nous secoue.
Nous ne voulons pas être pris pour des cons.
Qui nous dira la vérité?
samedi 22 février 2020
Changement...
La nouvelle est officielle depuis ce week-end : j'ai accepté la demande du Cardinal De Kesel, qui a souhaité, avec l'accord de notre évêque Mgr Harpigny, que je devienne Curé-Doyen de la Cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule à Bruxelles, et Doyen de Bruxelles-Centre. Je prendrai mes fonctions en septembre.
C'était pour moi une demande très inattendue - d'autant que je ne suis pas prêtre du Diocèse de Bruxelles-Malines. J'ai accepté en espérant ainsi rester au service de l'Eglise, ce que j'ai promis au jour de mon ordination. Mais ce m'est un grand déchirement de quitter la "Paroisse Nouvelle" Enghien-Silly, après presqu'onze années de présence, et tant et tant d'amitié et de fraternité.
Priez donc pour moi...
C'était pour moi une demande très inattendue - d'autant que je ne suis pas prêtre du Diocèse de Bruxelles-Malines. J'ai accepté en espérant ainsi rester au service de l'Eglise, ce que j'ai promis au jour de mon ordination. Mais ce m'est un grand déchirement de quitter la "Paroisse Nouvelle" Enghien-Silly, après presqu'onze années de présence, et tant et tant d'amitié et de fraternité.
Priez donc pour moi...
vendredi 17 janvier 2020
Michel Serres et la transcendance
Le grand et magnifique philosophe français Michel Serres, né en 1930, est mort le 1er juin dernier, laissant une Œuvre considérable pour la vie intellectuelle et spirituelle. Ses réflexions de scientifique (il était avant tout un scientifique et un historien des "sciences dures", comme on dit) et aussi sa connaissance des communications contemporaines avaient fait de lui un penseur à la voix douce du Sud-Ouest, dont nous reconnaissions l'accent jusque dans ses textes.
J'ai beaucoup lu cet homme, je l'ai quelquefois rencontré. Je le redécouvre maintenant dans son dernier livre, posthume, un livre-testament où se donne à connaître, comme un fruit désirable, sa simple foi chrétienne, et son attachement à la transcendance. Aujourd'hui, pourtant, une transcendance bien décriée, comme nocive, comme arrogante, comme surplombante, que sais-je.
Je cite quelques lignes, pour donner le ton :
"La glu de la gloire colle le collectif, cristallise nos relations, relie. Gloire à lady Di ou à Johnny, stars ou vedettes de carton. Argent, sexe ou pouvoir, voilà quelques avatars des trois moteurs pour se lancer vers elle, but suprême. Chacun veut gagner, passer le premier, devenir plus puissant…, tous dans le réseau, recherchent la gloire à l'exclusion des autres, qui deviennent des rivaux. La toile des relations s'enflamme alors comme un terrain de bataille. La guerre de tous contre tous envahit l'ensemble des relations. A l'envi, tous désirent accéder au sommet d'un cône ou d'une pyramide. Se reconstruisent la hiérarchie et les drogues qu'instille la gloire d'où vient le malheur du monde. Plus d'amour, partant, plus de joie.
(…)
"Quand, remplacés soudain par le Médiateur qui vient de voir le jour, cette nuit, à Bethléem, dans une étable, et donc devenus inutiles pour les messages et les relations, les anges, intermédiaires ou médias, quittant la scène du monde, chantent si haut la louange de Dieu que l'intensité de l'onde musicale émanée d'eux accède à une altitude immense, celle qui sépare la terre, ici-bas, du Très-Haut des cieux, elle mesure exactement la distance infinie de l'immanent au transcendant, selon un axe vertical.
(…)
"Louons alors deux personnes. D'abord l'Absent de ce monde, indépendant de toute échelle, à la limite infinie de ses échelons vides. Ni prince ni puissant, si haut, cependant, qu'Il s'absente de ce monde. Quant à celui qui, présent dans ce monde et Messie incarné, descend de l'absent, louons-le aussi, puisque, au bas de l'échelle, il ne trouve pas de place dans l'hôtellerie, qu'il naquit dans la paille d'une étable entre un bœuf et un âne, et que, fuyant vers l'Egypte pour éviter l'assassinat, il ne sera pas compté dans le recensement; introuvable, dans les Annales, trop bas. Hors décompte, hors classe, il erre trois ans sans domicile fixe, entouré d'autres errants tirant des bords sur le lac en pêchant, d'adultères, de putains… Il finit entre deux larrons, lui-même condamné à un supplice infâme. Oui, louons celui-là, hors comparaison, hors échelon, au plus bas de la hiérarchie. Personne n'envie ni ne veut pour soi cette vie ratée.
Son monde n'est pas de nos Royaumes. Le Père règne au plus haut, Très Haut; le Fils gît au plus bas, très bas. Louons donc le Très-Haut et le très-bas, le même; louons cet Absent et ce présent, le même, tous deux nous invitant, trop loin de l'un et très proche de l'autre, à demeurer dans un réseau pacifié par ces deux écarts. Infiniment haut, infiniment bas : la louange relie ces deux infinis."
(M. SERRES, de l'Académie Française, Relire le relié, Paris, éd. Le Pommier, 2019, pp. 193-196, passim.)
Quelle leçon de théologie! Et comme on voudrait que ce fût ainsi, précisément ainsi, que nos communautés chrétiennes, appréhendent leur rapport au Dieu de Jésus-Christ!
J'ai beaucoup lu cet homme, je l'ai quelquefois rencontré. Je le redécouvre maintenant dans son dernier livre, posthume, un livre-testament où se donne à connaître, comme un fruit désirable, sa simple foi chrétienne, et son attachement à la transcendance. Aujourd'hui, pourtant, une transcendance bien décriée, comme nocive, comme arrogante, comme surplombante, que sais-je.
Je cite quelques lignes, pour donner le ton :
"La glu de la gloire colle le collectif, cristallise nos relations, relie. Gloire à lady Di ou à Johnny, stars ou vedettes de carton. Argent, sexe ou pouvoir, voilà quelques avatars des trois moteurs pour se lancer vers elle, but suprême. Chacun veut gagner, passer le premier, devenir plus puissant…, tous dans le réseau, recherchent la gloire à l'exclusion des autres, qui deviennent des rivaux. La toile des relations s'enflamme alors comme un terrain de bataille. La guerre de tous contre tous envahit l'ensemble des relations. A l'envi, tous désirent accéder au sommet d'un cône ou d'une pyramide. Se reconstruisent la hiérarchie et les drogues qu'instille la gloire d'où vient le malheur du monde. Plus d'amour, partant, plus de joie.
(…)
"Quand, remplacés soudain par le Médiateur qui vient de voir le jour, cette nuit, à Bethléem, dans une étable, et donc devenus inutiles pour les messages et les relations, les anges, intermédiaires ou médias, quittant la scène du monde, chantent si haut la louange de Dieu que l'intensité de l'onde musicale émanée d'eux accède à une altitude immense, celle qui sépare la terre, ici-bas, du Très-Haut des cieux, elle mesure exactement la distance infinie de l'immanent au transcendant, selon un axe vertical.
(…)
"Louons alors deux personnes. D'abord l'Absent de ce monde, indépendant de toute échelle, à la limite infinie de ses échelons vides. Ni prince ni puissant, si haut, cependant, qu'Il s'absente de ce monde. Quant à celui qui, présent dans ce monde et Messie incarné, descend de l'absent, louons-le aussi, puisque, au bas de l'échelle, il ne trouve pas de place dans l'hôtellerie, qu'il naquit dans la paille d'une étable entre un bœuf et un âne, et que, fuyant vers l'Egypte pour éviter l'assassinat, il ne sera pas compté dans le recensement; introuvable, dans les Annales, trop bas. Hors décompte, hors classe, il erre trois ans sans domicile fixe, entouré d'autres errants tirant des bords sur le lac en pêchant, d'adultères, de putains… Il finit entre deux larrons, lui-même condamné à un supplice infâme. Oui, louons celui-là, hors comparaison, hors échelon, au plus bas de la hiérarchie. Personne n'envie ni ne veut pour soi cette vie ratée.
Son monde n'est pas de nos Royaumes. Le Père règne au plus haut, Très Haut; le Fils gît au plus bas, très bas. Louons donc le Très-Haut et le très-bas, le même; louons cet Absent et ce présent, le même, tous deux nous invitant, trop loin de l'un et très proche de l'autre, à demeurer dans un réseau pacifié par ces deux écarts. Infiniment haut, infiniment bas : la louange relie ces deux infinis."
(M. SERRES, de l'Académie Française, Relire le relié, Paris, éd. Le Pommier, 2019, pp. 193-196, passim.)
Quelle leçon de théologie! Et comme on voudrait que ce fût ainsi, précisément ainsi, que nos communautés chrétiennes, appréhendent leur rapport au Dieu de Jésus-Christ!
dimanche 5 janvier 2020
Epiphanies, trouées de lumière
"Les Manifestations" : ainsi devrions-nous traduire le terme "épiphanies" qui occupe nos liturgies ces jours-ci. Visite des Mages, baptême de Jésus par Jean, eau changée en vin à Cana : trois récits évangéliques que la plus ancienne liturgie chrétienne regroupe pour y célébrer des manifestations de Dieu dans la chair, dans le temps, dans l'espace humains.
Les Mages, leur science et leurs trésors : venus de toutes les nations, ils reconnaissent
que ces trésors, précisément, n'ont pas leur fin en eux-mêmes, qu'ils doivent être déposés aux pieds d'un enfant balbutiant où seul est Dieu - car Dieu n'est pas dans la puissance brutale de l'argent, ou dans celle, signifiée sans doute par l'encens, des institutions religieuses qui risquent toujours de tourner à vide et sur elles-mêmes, ni celle de la mort offerte - la myrrhe, le parfum de l'ensevelissement - qui n'a de sens, même offerte, que si elle l'est par amour, non pas par haine (comme on le voit dans les éclats terroristes de ces dernières années). Le roitelet Hérode ne comprend pas cette trouée de lumière, cette trouée de l'étoile des Mages : il fera massacrer tous les petits qui, dans son raisonnement imbécile, risquaient de nuire à son pouvoir d'opéra. Ridicule… et cruel. Comme aujourd'hui, si souvent.
Les trouées sont plus sombres, quelquefois. Il faut de fameuses lunettes pour y déceler la présence de Dieu qui vient à nous. Ainsi la mort soudaine, inopinée, de notre frère prêtre Luc Depuydt, à l'aube de l'année nouvelle, à l'aube du 1er janvier. Tristesse infinie du deuil, de la perte d'un confrère que nous aimions, en en connaissant aussi les faiblesses et les qualités spirituelles et pastorales. Mort brutale qui, pourtant, est elle aussi une trouée de lumière : quelque chose nous est par là révélé, de l'éphémère condition humaine, d'un Dieu qui dérange nos organigrammes et nos projets, qui nous invite à être toujours attentifs les uns aux autres, plus que souvent nous ne le sommes, et prompts à accueillir la volonté de Dieu dans l'ici-bas. Un jour à la fois : la Parole de Dieu est parcimonieuse. Nous aimions Luc et il nous aimait. Durant les quelque cinq années durant lesquelles il fut au service de notre ensemble paroissial, tout bien entendu ne fut pas résolu des problèmes qu'il portait avec lui et en lui depuis longtemps. Mais beaucoup d'apaisement est venu, et "il a passé parmi nous, comme dit l'Ecriture, en faisant le bien." Le bien éternel, maintenant, il l'a trouvé dans la Patrie. Qu'il prie pour nous, désormais - nous en avons tant besoin!
Les Mages, leur science et leurs trésors : venus de toutes les nations, ils reconnaissent
que ces trésors, précisément, n'ont pas leur fin en eux-mêmes, qu'ils doivent être déposés aux pieds d'un enfant balbutiant où seul est Dieu - car Dieu n'est pas dans la puissance brutale de l'argent, ou dans celle, signifiée sans doute par l'encens, des institutions religieuses qui risquent toujours de tourner à vide et sur elles-mêmes, ni celle de la mort offerte - la myrrhe, le parfum de l'ensevelissement - qui n'a de sens, même offerte, que si elle l'est par amour, non pas par haine (comme on le voit dans les éclats terroristes de ces dernières années). Le roitelet Hérode ne comprend pas cette trouée de lumière, cette trouée de l'étoile des Mages : il fera massacrer tous les petits qui, dans son raisonnement imbécile, risquaient de nuire à son pouvoir d'opéra. Ridicule… et cruel. Comme aujourd'hui, si souvent.
Les trouées sont plus sombres, quelquefois. Il faut de fameuses lunettes pour y déceler la présence de Dieu qui vient à nous. Ainsi la mort soudaine, inopinée, de notre frère prêtre Luc Depuydt, à l'aube de l'année nouvelle, à l'aube du 1er janvier. Tristesse infinie du deuil, de la perte d'un confrère que nous aimions, en en connaissant aussi les faiblesses et les qualités spirituelles et pastorales. Mort brutale qui, pourtant, est elle aussi une trouée de lumière : quelque chose nous est par là révélé, de l'éphémère condition humaine, d'un Dieu qui dérange nos organigrammes et nos projets, qui nous invite à être toujours attentifs les uns aux autres, plus que souvent nous ne le sommes, et prompts à accueillir la volonté de Dieu dans l'ici-bas. Un jour à la fois : la Parole de Dieu est parcimonieuse. Nous aimions Luc et il nous aimait. Durant les quelque cinq années durant lesquelles il fut au service de notre ensemble paroissial, tout bien entendu ne fut pas résolu des problèmes qu'il portait avec lui et en lui depuis longtemps. Mais beaucoup d'apaisement est venu, et "il a passé parmi nous, comme dit l'Ecriture, en faisant le bien." Le bien éternel, maintenant, il l'a trouvé dans la Patrie. Qu'il prie pour nous, désormais - nous en avons tant besoin!
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