La liturgie de ce 25e dimanche ordinaire nous donne à entendre et à méditer cette incroyable parabole dite "des ouvriers de la dernière heure" (Mt 20, 1-16). Les deniers embauchés touchent à la fin de la journée le même salaire que les premiers, qui feront observer avoir eux, et en effet, "porté le poids du jour et de la chaleur". Mais... le salaire qu'ils touchent tous, les premiers comme les derniers, est et reste celui qui avait été convenu avec les premiers.
Le contexte est évidemment et d'abord celui de l'accueil des non-Juifs dans le salut promis par Jésus : les derniers venus, ce sont les "païens", promis par lui au même héritage que les "grands frères dans la foi, les frères aînés", comme les nommait le saint pape Jean-Paul II, nos frères juifs.
Mais la leçon est bien plus spirituelle encore : Dieu ne regarde pas à nos mérites pour calculer le salaire - ou le salut- qu'il offre à tous gratuitement, "par grâce", indépendamment des vertus accumulées. C'est qu'on ne saurait "acheter" ce qui est gratuit! La parabole pointe l'attention de l'auditeur vers la générosité du Père qui ne s'embarrasse pas de calculs et de comptabilités, mais donne tout, toujours, avec surabondance. Et c'est seulement la prise progressive de conscience de cette grâce qui est seule capable de retourner les coeurs et les vies vers ce Père de tout amour, et d'apprendre, en réponse, à rendre nos existences plus morales. La morale ne conditionne pas le salut. C'est l'inverse.
Nous n'aurons jamais fini de nous émerveiller devant ce que la poétesse Marie Noël appelait si joliment "la magnifique injustice de l'amour" du Père.
Rédigeant ces quelques notes, j'apprends par un coup de fil le décès d'Anne-Marie Hardy, née Cordier, la belle-mère d'Isabelle Pihart, secrétaire ici au Doyenné. Anne-Marie était une chrétienne exemplaire, soucieuse d'une vie spirituelle intense enracinée dans la prière, en même temps que d'engagements sociaux en cohérence avec sa foi. Elle s'est éteinte sereinement ce dimanche matin, vers 10h30, à l'âge de 90 ans, hospitalisée depuis quelques jours à Soignies et, comme vient de me le dire son fils, "pendant que sonnaient les cloches de la Collégiale"... Anne-Marie a été le témoin, au jour le jour, d'une foi qui s'émerveillait de la grâce et qui, si j'ose ainsi dire, "rendait grâce pour la grâce" dans sa vie de famille, sa vie professionnelle, sa vie paroissiale. En ce dimanche matin, c'est au Ciel qu'elle est partie célébrer le "festin des Noces de l'Agneau"!