Dans le cadre du Jubilé de la Cathédrale, nous voulions absolument programmer une conférence et une action symbolique à propos du "Saint Sacrement du Miracle" qui aurait eu lieu ici en 1370 et a permis la persécution des familles juives de Bruxelles, leur exécution par le feu et la spoliation de leurs biens. J'avais sollicité le concours de mon ami le Père Robert Godding, jésuite, bollandiste, éminent historien (nous fûmes ensemble sur les bancs de l'Université en 1975...) qui nous a donné un exposé remarquable : la situation contextuelle de la vénération eucharistique au XIVème siècle, et le traitement des Juifs d'Europe à la même époque. La légende - car, définitivement, c'en est une ! - du miracle eucharistique, comme beaucoup d'autres, s'enracine dans ce double contexte qui ne plaide évidemment pas pour son authenticité historique. Ce qui en revanche est avéré, c'est que des familles juives ont été exécutées pour ces motifs supposés et que cela a été l'une des premières persécutions antijuives en Europe du Nord. Pendant plusieurs siècles, la Cathédrale (alors Collégiale) de Bruxelles a abrité le récit complaisant et jamais critiqué de ce supposé miracle, avec notamment dans les vitraux (et surtout ceux du XIXème siècle) une représentation du "Juif" dont s'inspireront les caricatures nazies du XXème siècle et qui nourriront l'antisémitisme diffus des Catholiques... quelquefois jusqu'à nos jours.
Le Jubilé de la Cathédrale nous imposait de mettre un terme non pas à l'histoire, mais au récit qui en est fait, et de rétablir une vérité conforme au désir de fraternité affirmé entre autres par la déclaration "Nostra Aetate" du Concile Vatican II. C'est pourquoi, à la suite de la conférence du P. Godding, j'ai exprimé la décision des autorités catholiques de ne plus encourager, et même de ne plus permettre aucune dévotion publique à ce soi-disant "miracle du Saint-Sacrement" (et non pas au Saint-Sacrement lui-même, bien entendu). C'est pourquoi le Grand Rabbin Guigi et notre archevêque Mgr Terlinden ont dévoilé de nouvelles plaques qui non seulement dénoncent la persécution des Juifs consécutive à ce récit légendaire, mais en demandent pardon.
Alors, devant le très grand nombre de personnes présentes, j'ai vu pleurer le Grand Rabbin, sincèrement ému de cette fraternité nouvelle qui s'ouvre à nous, évidemment loin des calculs politiques, mais reconnaissant pour une réconciliation entre frères qui se retrouvent, recommencent à s'apprécier et, finalement, enfin, à s'aimer...
"Vous êtes nos frères dans la foi, nos frères aînés!" (Saint Jean-Paul II, au grand Rabbin de Rome, lors de sa visite à la Synagogue de Rome).