dimanche 16 janvier 2022

600 litres!

 Le récit des Noces de Cana, en saint Jean, a quelque chose d'extraordinairement théologique, au sens étymologique de ce terme : il raconte quelque chose de Dieu. Il parle d'un Dieu dont l'amour est effusif et même excessif, cet amour qui va être manifesté en Jésus et décrit tout au long du quatrième évangile. Ainsi, la quantité incroyable de vin nouveau et délicieux : six cents litres! Six jarres d'eau remplies à ras bord, chacune contenant cent litres - alors que l'on a déjà éclusé le vieux vin! Quel excès, quelle générosité! Vraiment Dieu ne mégote pas lorsqu'il s'agit pour lui de répandre sa joie sur l'humanité, cette joie du vin, cette joie des noces qu'il scelle en son Fils avec tous les êtres humains.

Un amour qui éclatera encore à la Croix, à cette "heure" qui commence à Cana avec l'injonction de sa Mère aux servants ("Faites tout ce qu'il vous dira"), une Mère que l'on retrouvera au pied de la Croix, enfantant là encore l'humanité nouvelle et régénérée ("Voici ton Fils", lui dira Jésus en lui donnant pour fils désormais le disciple aimé, tout disciple donc, pour toujours.) Le vin de Cana, vin de joie et de liesse, préfigurait aussi le vin eucharistique, sang versé pour le salut du monde.

Enivrons-nous de ce vin-là, accueillons l'excès du don!






samedi 15 janvier 2022

400ème anniversaire...

 Aujourd'hui, 15 janvier 2022, nous célébrons le 400ème anniversaire de la naissance de Jean-Baptiste Poquelin, autrement dit... de Molière! Ce génie du théâtre, de la comédie de moeurs et, tout simplement, de la langue française (ne parle-t-on pas de "la langue de Molière" pour évoquer le français?) continuera longtemps encore à nous divertir et à nous instruire!

Allons au théâtre!

jeudi 13 janvier 2022

Quelques lectures...

 Des lectures qui se recoupent : de notre Cardinal De Kesel Foi et religion dans une société moderne, paru l'an dernier chez Salvator; de la philosophe française Chantal Delsol La fin de la chrétienté, paru l'an dernier également, mais au Cerf. Dans ces deux textes lumineux, un constat identique : la place de la religion dans notre société a changé, en quelques décennies, du tout au tout. Elle n'est plus un référent culturel ou politique - en ce sens, Chantal Delsol parle de "chrétienté". Elle reste un mouvement spirituel fort mais modeste du point de vue sociologique : la fin de la chrétienté, ce n'est pas du tout la fin du christianisme.

Cette double lecture me donne, je pense, une clé pour déchiffrer des comportements et des discours contemporains. Certains rêvent d'une restauration de la chrétienté, mais sans être nécessairement chrétiens : Zemmour, par exemple, qui est plutôt juif, revendique une identité chrétienne forte (une "chrétienté") pour la France et s'est fendu d'un message en ce sens  à la gloire des manifestations traditionnelles de Noël. Onfray, qui est un athée sans cesse auto-proclamé, reproche régulièrement au pape François de n'être pas assez restaurateur de cette chrétienté dont il a lui aussi la nostalgie. La chrétienté, donc : un mélange de nationalisme, d'ordre, de règles morales qui s'imposent à tous, de refoulement des migrants et des étrangers, etc., etc. On pourrait ainsi revendiquer pareille appartenance en oubliant... l'Evangile (et par exemple, ce critère du Jugement Dernier en Mt 25, "J'étais un étranger et vous m'avez accueilli"!) - étrange contradiction interne, que la France a déjà connue avec Maurras au début du XXème siècle.

L'Eglise catholique doit apprendre à ne plus être une force institutionnelle dominante. Elle doit apprendre les vertus de la petitesse, mais aussi de l'authenticité évangélique que, sans doute, la petitesse honore mieux que le grandeur sociale. C'est, et ce sera, un apprentissage difficile. Mais c'est très certainement la conversion aujourd'hui exigée d'elle!

dimanche 9 janvier 2022

Un dimanche après-midi à la Cathédrale de Bruxelles

Comme souvent le dimanche, j'ai aujourd'hui passé plusieurs heures cet après-midi, en aube et étole (pour être reconnaissable...) dans la Cathédrale, ce qui me permet d'accueillir et quelquefois de guider les touristes et les visiteurs. Ce sont toujours des rencontres riches, même si elles sont brèves, de belles occasions de croiser des personnes fort diverses par leurs âges, leurs goûts, leurs origines.

Surprise, donc, tout à l'heure, de voir venir vers moi une dame qui s'apprêtait à sortir et qui me dit : "C'est certainement le plus bel endroit de Bruxelles. Tout est beau ici : l'architecture, la musique, le silence, on peut se recueillir, admirer des oeuvres d'art, s'arrêter enfin... Heureusement que vous existez!" Et elle croit bon d'ajouter : "Et c'est une athée qui vous le dit! Je ne suis pas croyante, mais j'aime de tout coeur ce lieu de Bruxelles, pour moi le plus précieux!"

J'ai chaleureusement remercié la dame, et me suis dit que sa remarque était une belle reconnaissance. On ne perd vraiment pas son temps quand on se mêle ainsi aux personnes qui entrent et sortent...


(La musique en question, c'est de la polyphonie flamande du XVème siècle, des oeuvres de Guillaume Dufay, Gilles Binchois, Arnold de Lantins, Johannes Brassart, Josquin Desprez, Pierre de La Rue, etc..., une musique très en phase avec l'architecture de la Cathédrale!) 

samedi 1 janvier 2022

Voeux et fête de Marie "Theotokos"

 A tous les lecteurs de ce blog, je présente mes voeux de belle et sainte année 2022! Aujourd'hui 1er janvier, la liturgie nous place sous la protection de "Marie, Mère de Dieu" (en grec : Theotokos). Cette titulature mariale ne va pas de soi : comment ose-t-on dire, en effet, qu'une créature est mère du Créateur? Ce fut l'occasion de vifs débats lors du Concile d'Ephèse en 431 et - passons les détails - la titulature fut maintenue, comme on le voit dans la seconde partie de la prière populaire "Je vous salue, Marie" ("Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous...")

A quoi bon, direz-vous, revenir sur ces subtilités théologiques d'un autre âge? Eh bien, c'est que la vérité même de notre salut est en jeu. Dieu a voulu naître homme, et désormais on ne saurait le chercher et le trouver en-dehors de l'Incarnation, en-dehors de l'humanité même de l'homme. C'est à travers la qualité sans cesse réclamée de nos relations humaines, à travers nos efforts vers la paix, à travers nos volontés de fraternité et d'égalité, que Dieu se donne à voir. Pour le chercher, il ne convient donc pas de s'échapper de notre condition, il faut au contraire s'y enfoncer, comme lui-même l'a véritablement fait en devenant un fils humain d'une de ses créatures.

Alors, pour cette année nouvelle, "au charbon", si j'ose ainsi dire, au charbon et au boulot, retroussons nos manches!

dimanche 26 décembre 2021

Homélie de la nuit de Noël

N


     Nous venons d’entendre une fois encore le magnifique récit de la Nativité, dans l’évangile de Luc. Et une nouvelle fois, nous ne pouvons qu’être sensibles à quelques traits majeurs de ce texte.
     D’abord, la précarité de cette naissance. Il n’y a pas de place pour cette famille dont la mère va accoucher ! Combien de nos contemporains peuvent aujourd’hui se reconnaître dans ce constat : pas de place pour nous ! Pas de place pour les migrants qui s’entassent aux portes de l’Europe, croyant trouver chez nous un avenir meilleur ou tout simplement un avenir. Pas de place pour ces gens que l’on refoule quelquefois au nom de prétendues « valeurs » chrétiennes qu’il faudrait préserver, en oubliant Celui qui toute sa vie s’est assimilé aux exclus jusqu’à faire de l’accueil de ceux-ci un critère du Jugement Dernier (« J’étais un étranger et vous m’avez accueilli… ») Pas de place non plus pour les personnes qui errent, souvent en famille, et s’entassent dans les centres de nos grandes villes- elles sont de plus en plus nombreuses, ici à Bruxelles, qui dorment dans les rues. Pas de place… Oui, ce Dieu qui vient à nous, nous le reconnaissons dans tous ceux qui ne trouvent pas leur place parmi nous.
     Ensuite, combien cette naissance est un don. Oh certes, toute naissance est don. Mais la naissance de Jésus, nous y voyons avec l’évangéliste la naissance de Dieu dans l’humanité de l’homme, un Dieu bon, un Dieu qui se donne d’emblée dans une mangeoire, un Dieu qui va se laisser manger par l’humanité : déjà l’ombre de la crèche dessine une croix, déjà la crèche nous parle de l’Eucharistie. On comprend l’action de grâce des anges et que c’est à Dieu que revient la gloire de cette humble naissance : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! »

     Enfin, l’évangéliste insiste sur le fait que l’annonce de cette joie de Noël est confiée à des pauvres, à des exclus qui dorment dehors, les bergers qui gardent les troupeaux. Seuls les humbles peuvent découvrir Dieu dans ce tableau d’humilité. Seuls les humbles peuvent en témoigner, en répandre la nouvelle. Demandons ce soir d’être unis nous aussi à cette humilité de Dieu !



dimanche 19 décembre 2021

"Nos enfants seront-ils chrétiens?"

 Rencontré longuement, ce matin, à l'église du Finistère (rue Neuve) les parents des enfants qui sont en catéchèse. Belle et riche rencontre, où s'exprimaient beaucoup de choses.

D'abord, le désir de donner eux enfants le meilleur - et ce meilleur, pour les parents présents, c'est la foi chrétienne. 

Mais, aussi et tout de suite, la conscience des difficultés. D'abord, l'atmosphère d'indifférence religieuse dans laquelle nous baignons : les religions et, en particulier, le christianisme, sont délaissées voire méprisées. Ils rejoignaient là, sans le savoir, les propos récents de la philosophe Chantal Delsol qui parle de la "fin de la chrétienté" et d'un retour au paganisme, à des formes religieuses polythéistes - à quelque chose comme un "pré-christianisme" plus qu'un "post-christianisme".

Mais, paradoxalement, leurs enfants sont aussi confrontés à un brassage multiculturel et multicultuel : beaucoup sont en classe avec de petits musulmans qui interrogent, voire critiquent, leur jeune foi chrétienne, qui la mettent à l'épreuve. D'où la question : comment être tolérant, soucieux de dialogue, et en même temps bien enraciné dans sa foi? Voilà ce que des enfants peuvent et doivent attendre de la catéchèse...

Enfin, l'Eglise catholique n'a guère la cote, traînant avec elle une série de casseroles et perdant du crédit par certains de ses modes de gouvernance. Il appartient aux baptisés, tous ensemble, de restaurer encore et encore cette Eglise qui est la leur - propos bienvenus dans cette année synodale.


Oui, bel échange, vraiment, avec de vrais adultes dans la foi, soucieux d'une transmission respectueuse de ce qui les fait vivre!