jeudi 11 juin 2026

Le christianisme, incompatible avec la guerre. Le droit "de ne pas avoir à migrer"

 Discours très forts du pape Léon, d'abord à Barcelone, à la "Sagrada Familia" : le christianisme, martèle-t-il, est a l'opposé de la guerre.  Je crois que, même après seulement une année de pontificat, jamais le discours d'un pape n'aura été si opposé à toute forme de guerre - et depuis son apparition au Balcon de Saint-Pierre, et la formule (liturgique mais pas que) par lui lancée "urbi et orbi" : "La Paix soit avec vous!"

Discours très fort, aujourd'hui aussi, dans les îles espagnoles où s'échouent tant de migrants et tant d'histoires humaines fracassées par ces mouvements de population : certes il faut accueillir, répète Léon XIV, mais surtout il faut promouvoir une responsabilité internationale qui donnerait à toute personne "le droit de ne pas avoir à migrer", que ce soit à cause des guerres, des famines, des politiques injustes ou, bientôt et de plus en plus, des bouleversements du climat.

Quand nous votons, chez nous, au moins pour le Fédéral, demandons-nous aux candidats ce qu'ils vont faire, ce qu'ils vont investir, pour protéger ce droit des personnes à rester chez elles? C'est bel et bien de restreindre les entrées migratoires, mais si cela ne s'accompagne pas d'une responsabilité accrue  à en empêcher les causes principales, ne sommes-nous pas dans une épouvantable hypocrisie, dans un aveuglement collectif, dans un égoïsme effrayant ("Moi d'abord, et les autres, hein...")

Je suis fier de "mon" pape. Léon, d'un ton simple et décidé, dit l'Evangile. C'est son rôle, et qu'il nous dérange, et qu'il dérange les responsables des nations sur certaines questions décisives, c'est sa mission. Il l'accomplit avec une très grande dignité!

La kénose du Christ

 Je profite de ces jours de convalescence pour progresser dans la rédaction d'un essai auquel je tiens depuis longtemps, et qui portera sur "la kénose" du Christ. Terme peu répandu et peu usité dans le vocabulaire habituel des chrétiens, mais pourtant terme - et réalité - essentiels, il se calque en français sur le verbe grec ekenosen heauton que l'on trouve dans la Lettre de Paul aux Philippiens, au chapitre 2, lorsque Paul y annonce que le Christ, "subsistant en forme de Dieu", s'est "vidé lui-même"... Que signifie ce "vide de soi" du Christ? Touche-t-il son humanité seulement (disons, alors, son humilité d'homme) ou sa divinité elle-même? Dans ce dernier cas, qu'est-ce donc qu'une divinité ainsi "vidée", et vidée de quoi? Depuis les Pères de l'Eglise, en passant par les théologiens protestants, anglicans, orthodoxes et catholiques de la Tradition occidentale, cette expression a donné lieu à de nombreux commentaires, d'ordre doctrinal aussi bien que spirituel. Mon (petit) projet consiste non seulement à évoquer et à résumer ces divers points de vue, mais à montrer comment et combien cette "kénose" du Christ doit demeurer aujourd'hui un lieu essentiel de la Révélation du Dieu chrétien. Un Dieu qui "renonce", un Dieu pour lequel les attributs classiques de toute-puissance, d'immutabilité, d'immortalité, etc., sont vécus sur le mode paradoxal du retrait de soi, et non de l'affirmation péremptoire de soi. On entrevoit bien, me semble-t-il, les conséquences pastorales de cette méditation théologique : au nom d'un pareil Dieu, on n'annonce pas l'Evangile de n'importe quelle façon, on n'impose rien, on ne se met pas en avant, au nom d'un pareil Dieu, on refuse toute posture en surplomb et toute arrogance.

Oui, il y a à dire, et à... écrire : je progresse, lentement, cherchant la nuance et la tonalité. Bienheureuse convalescence, donc, qui me replonge dans l'exercice théologique.

dimanche 31 mai 2026

Repos forcé

 Je suis rentré vendredi d'un séjour hospitalier de trois semaines environ, pour la pose d'une prothèse de genou et la revalidation qui s'ensuit. Un repos forcé, avec d'abord l'expérience encore une fois de l'importance du "soin". Importance de se rendre compte que le corps n'est pas une enveloppe extérieure, mais qu'il est mon "moi" autant que mon esprit, mon âme ou mon coeur. Qu'en le laissant soigner, on laisse soigner aussi l'intégralité du "soi" - une intégralité qui nous échappe toujours, certes, mais qui est atteinte tout de même par le biais du soin hospitalier. Admiration, aussi, pour le personnel, médecins, chirurgiens, infirmiers, aides-soignants, etc. : malgré les contraintes, on perçoit leur attachement à ce métier pas comme un autre, si humain en quelque sorte, si divin aussi pour le croyant, le métier de "soigner", de "prendre soin". Et je me redis que nous avons tout de même en Belgique un magnifique réseau hospitalier, largement accessible, très performant : il faut, si j'ose dire, prendre soin des soins de santé, il faut préserver ce trésor si souvent menacé!

C'est l'occasion de lire, aussi : je me suis plongé dans "La Légende Dorée" de Jacques de Voragine, texte para-liturgique de la seconde moitié du XIIIème siècle, que je n'avais jamais pris le temps de lire de façon continue. Un trésor hagiographique et culturel de la foi chrétienne. Et puis, parmi d'autres lectures, j'ai lu avec avidité le récent petit essai de mon ami Benoist de Sinety, le doyen de Lille, essai intitulé "La cause du Christ" (Grasset). Benoist exprime là avec talent, et en quelques pages, une préoccupation que j'ai déjà évoquée sur ce blog : l'idéologisation du christianisme, son utilisation à des fins politiques de "reconquête"  nostalgique d'un passé soi-disant perdu, mais idéalisé. Et bien sûr, l'oubli de ce qu'est la foi chrétienne : le christianisme, c'est le Christ, son ouverture aux petits, aux délaissés, aux migrants, aux prisonniers, à ceux qui ne sont ni dans les normes ni dans les clous, ceux qui vivent dans ce que le pape François appelait "les périphéries". Il n'y a de christianisme que le Christ...

Fierté, enfin, d'entamer sur la fin du séjour la lecture de l'Encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon XIV, fierté de savoir à la tête de l'Eglise un homme d'une telle ampleur de vue, d'une telle sagesse - le plus grand, sans aucun doute, parmi les actuels dirigeants du monde. Son plaidoyer pour la paix, qui marque depuis le début et marquera sans doute son pontificat tout entier, est un appel urgent, remarquable, raisonnable autant que profondément ancré dans la foi et l'espérance chrétiennes. Je ne m'étonne pas de voir ce texte vanté et loué partout, et non seulement à l'intérieur de l'Eglise. Il le mérite et, je le répète, fait la fierté des catholiques.

Enfin, rentré pour une convalescence rythmée par des exercices de kiné, j'attends l'autre séjour, dans trois semaines car, figurez-vous, j'ai comme tout le monde deux genoux, et le second mérite et recevra le même traitement que le premier. C'est un autre trait de cette expérience médicale : l'apprentissage, encore et encore, de la patience...

samedi 2 mai 2026

Des signes encourageants...

 Dans monde qui vire trop souvent à la violence guerrière, voici quelques signes encourageants. Récemment, la nouvelle archevêque de Canterbury, primat de l'Eglise anglicane, Sarah Mullally, a rencontré à Rome notre pape Léon XIV et ils ont ensemble prié pour la paix. Des divisions demeurent, certes, entre les deux Eglises, et notamment la question de la succession apostolique des évêques et celle, plus difficile encore, de l'ordination presbytérale et épiscopale de femmes - mais le fait que le pape ait reçu "la" nouvelle archevêque avec tous les honneurs dus à son rang et à sa fonction est un signe encourageant de rapprochement oecuménique. Peu de temps avant, le même pape avait reçu le Roi Charles III et la Reine Camilla, Souverains du Royaume Uni, en visite officielle - le Roi est également le Gouverneur de l'Eglise anglicane. Ils avaient aussi prié ensemble - tous ces signes vont dans le bon sens.

D'autant que le susdit Roi Charles, qui vient d'effectuer une visite d'Etat aux USA, a mobilisé l'attention des observateurs par ses discours "so british", marqués d'humour mais aussi de divergences de vues à l'égard de son homologue américain. Sur bien des points, il lui a rappelé l'attachement de la Grande Bretagne à l'OTAN, sa volonté de servir la paix et... à cette fin, comme Gouverneur, précisément, de l'Eglise anglicane et donc du christianisme anglo-saxon, fait un éloge de la foi chrétienne comme servante de la paix partout dans le monde.

Que voilà des signes encourageants...

mardi 28 avril 2026

Merci au pape Léon XIV

 Voici maintenant près d'une année que les Cardinaux électeurs ont choisi pour pape le Cardinal Robert Prevost. Voici près d'une année que nous ne pouvons que nous réjouir de ce choix. Le nouvel évêque de Rome cumule en effet de remarquables qualités personnelles : excellent théologien, dans la ligne de son grand patron Augustin, formidable polyglotte (anglais, bien sûr, sa langue maternelle, mais aussi espagnol - il fut évêque au Pérou -, français, italien, etc.) Cet homme est une intelligence sur deux pattes, mais avec la discrétion d'un vrai pasteur, qui veut d'abord et avant tout l'unité de son Peuple. Il assume entièrement l'héritage de son prédécesseur François, mais avec une retenue qui en quelque sorte l'ennoblit et lui assure tout le crédit nécessaire (accueil des personnes gays, relations cordiales avec les autres confessions chrétiennes - il vient de recevoir la nouvelle archevêque de l'Eglise anglicane, etc., et surtout affirmation constante et répétée d'une ligne géopolitique qui place la paix au centre du message évangélique, quoi qu'en disent ceux qui se revendiquent chrétiens et même catholiques pour mieux faire la guerre et dépenser des milliards à cette fin.)

Oui, cette homme me plaît, mélange de retenue et de fermeté, de rigueur morale et évangélique et de compassion, d'accueil et de sens pastoral.

Souvent quand même, on finirait par croire que c'est l'Esprit Saint qui préside aux choix du Conclave!

mercredi 22 avril 2026

J'ai vu pleurer le Grand Rabbin

 Dans le cadre du Jubilé de la Cathédrale, nous voulions absolument programmer une conférence et une action symbolique à propos du "Saint Sacrement du Miracle" qui aurait eu lieu ici en 1370 et a permis la persécution des familles juives de Bruxelles,  leur exécution par le feu et  la spoliation de leurs biens. J'avais sollicité le concours de mon ami le Père Robert Godding, jésuite, bollandiste, éminent historien (nous fûmes ensemble sur les bancs de l'Université en 1975...) qui nous a donné un exposé remarquable : la situation contextuelle de la vénération eucharistique au XIVème siècle, et le traitement des Juifs d'Europe à la même époque. La légende - car, définitivement, c'en est une ! - du miracle eucharistique, comme beaucoup d'autres, s'enracine dans ce double contexte qui ne plaide évidemment pas pour son authenticité historique. Ce qui en revanche est avéré, c'est que des familles juives ont été exécutées pour ces motifs supposés et que cela a été l'une des premières persécutions antijuives en Europe du Nord. Pendant plusieurs siècles, la Cathédrale (alors Collégiale) de Bruxelles a abrité le récit complaisant et jamais critiqué de ce supposé miracle, avec notamment dans les vitraux (et surtout ceux du XIXème siècle)  une représentation du "Juif" dont s'inspireront les caricatures nazies du XXème siècle et qui nourriront l'antisémitisme diffus des Catholiques... quelquefois jusqu'à nos jours.

Le Jubilé de la Cathédrale nous imposait de mettre un terme non pas à l'histoire, mais au récit qui en est fait, et de rétablir une vérité conforme au désir de fraternité affirmé entre autres par la déclaration "Nostra Aetate" du Concile Vatican II. C'est pourquoi, à la suite de la conférence du P. Godding, j'ai exprimé la décision des autorités catholiques de ne plus encourager, et même de ne plus permettre aucune dévotion publique à ce soi-disant "miracle du Saint-Sacrement" (et non pas au Saint-Sacrement lui-même, bien entendu). C'est pourquoi le Grand Rabbin Guigi et notre archevêque Mgr Terlinden ont dévoilé de nouvelles plaques qui non seulement dénoncent la persécution des Juifs consécutive à ce récit légendaire, mais en demandent pardon. 

Alors, devant le très grand nombre de personnes présentes, j'ai vu pleurer le Grand Rabbin, sincèrement ému de cette fraternité nouvelle qui s'ouvre à nous, évidemment loin des calculs politiques, mais reconnaissant pour une réconciliation entre frères qui se retrouvent, recommencent à s'apprécier et, finalement, enfin, à s'aimer...

"Vous êtes nos frères dans la foi, nos frères aînés!" (Saint Jean-Paul II, au grand Rabbin de Rome, lors de sa visite à la Synagogue de Rome).

lundi 20 avril 2026

Rodomont et les "rodomontades"

Rodomont est un personnage du "Roland amoureux" de Boiardo, censé être un Roi d'Alger belliqueux, altier et insolent - traits que lui conserve, dans son emprunt, le "Roland Furieux" de l'Arioste. Dès lors le terme français "rodomontade" en résume divers autres, qui sont à peu près synonymes : bravade, charlatanerie, crânerie, fanfaronnade, galéjade, jactance, mensonge, vantardise, etc.
J'écris ceci parce qu'il me semble que nous sommes tous accablés de rodomontades : à titre personnel, et parce que j'ai souhaité avec les autorités diocésaines de Bruxelles, une mise au point sur le "miracle eucharistique" dont le narratif très antisémite décore les vitraux de la Cathédrale - alors certains cercles dont je me demande s'il faut encore les appeler "catholiques" me traitent de tous les noms dans une "lettre ouverte". Mais je vois aussi les rodomontades fleurir dans la bouche du Président des Etats-Unis quand il s'adresse au Pape (excusez du peu) ou parle de lui.

"J'ai vu l'impie dans sa puissance se déployer comme un cèdre vigoureux.
Il a passé, voici qu'il n'est plus.
Je l'ai cherché, il est introuvable" (Ps 36, 36)

Voilà comment finissent toujours les rodomontades...