Les Anciens disaient : "Memento mori", "Souviens-toi que tu vas mourir". Dans les banquets luxueux de l'antiquité romaine, certains faisaient apporter un squelette pour l'exhiber devant les convives et ainsi leur rappeler le caractère éphémère de ce qu'ils pensaient être le bonheur.
Le christianisme va plus loin - nous en prenons conscience avec le long récit de la résurrection de Lazare en ce cinquième dimanche du Carême, tout le onzième chapitre de l'évangile de Jean. Jésus s'y montre plus fort que la mort corporelle, même quand elle a fait son oeuvre "depuis quatre jours déjà", au point que le cadavre...sent! La décomposition a beau être présente, la puissance de Vie qui est en Jésus est plus forte qu'elle! La mort inévitable n'est plus la fin de tout, mais un passage vers autre chose.
Frère Jean, dans un beau petit livre : "L'ascèse, la mémoire de la mort nous permettent de relativiser nos certitudes, de nous libérer des phénomènes, des causes, d'être orientés vers la Lumière incréée. Pour revenir à la mémoire de la mort : la mort à l'existence précède la naissance. La mort de l'ego permet à la vie de naître. Par la grotte de Bethléem le Rien se fait Tout. Par la grotte du Golgotha le Tout se fait Rien. La mort est un creuset, la mort est un passage obligé dans lequel l'homme est nu, seul, face à lui-même."
(Frère JEAN, La prière du coeur, Actes Sud, 2023, p. 94)