Je suis rentré vendredi d'un séjour hospitalier de trois semaines environ, pour la pose d'une prothèse de genou et la revalidation qui s'ensuit. Un repos forcé, avec d'abord l'expérience encore une fois de l'importance du "soin". Importance de se rendre compte que le corps n'est pas une enveloppe extérieure, mais qu'il est mon "moi" autant que mon esprit, mon âme ou mon coeur. Qu'en le laissant soigner, on laisse soigner aussi l'intégralité du "soi" - une intégralité qui nous échappe toujours, certes, mais qui est atteinte tout de même par le biais du soin hospitalier. Admiration, aussi, pour le personnel, médecins, chirurgiens, infirmiers, aides-soignants, etc. : malgré les contraintes, on perçoit leur attachement à ce métier pas comme un autre, si humain en quelque sorte, si divin aussi pour le croyant, le métier de "soigner", de "prendre soin". Et je me redis que nous avons tout de même en Belgique un magnifique réseau hospitalier, largement accessible, très performant : il faut, si j'ose dire, prendre soin des soins de santé, il faut préserver ce trésor si souvent menacé!
C'est l'occasion de lire, aussi : je me suis plongé dans "La Légende Dorée" de Jacques de Voragine, texte para-liturgique de la seconde moitié du XIIIème siècle, que je n'avais jamais pris le temps de lire de façon continue. Un trésor hagiographique et culturel de la foi chrétienne. Et puis, parmi d'autres lectures, j'ai lu avec avidité le récent petit essai de mon ami Benoist de Sinety, le doyen de Lille, essai intitulé "La cause du Christ" (Grasset). Benoist exprime là avec talent, et en quelques pages, une préoccupation que j'ai déjà évoquée sur ce blog : l'idéologisation du christianisme, son utilisation à des fins politiques de "reconquête" nostalgique d'un passé soi-disant perdu, mais idéalisé. Et bien sûr, l'oubli de ce qu'est la foi chrétienne : le christianisme, c'est le Christ, son ouverture aux petits, aux délaissés, aux migrants, aux prisonniers, à ceux qui ne sont ni dans les normes ni dans les clous, ceux qui vivent dans ce que le pape François appelait "les périphéries". Il n'y a de christianisme que le Christ...
Fierté, enfin, d'entamer sur la fin du séjour la lecture de l'Encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon XIV, fierté de savoir à la tête de l'Eglise un homme d'une telle ampleur de vue, d'une telle sagesse - le plus grand, sans aucun doute, parmi les actuels dirigeants du monde. Son plaidoyer pour la paix, qui marque depuis le début et marquera sans doute son pontificat tout entier, est un appel urgent, remarquable, raisonnable autant que profondément ancré dans la foi et l'espérance chrétiennes. Je ne m'étonne pas de voir ce texte vanté et loué partout, et non seulement à l'intérieur de l'Eglise. Il le mérite et, je le répète, fait la fierté des catholiques.
Enfin, rentré pour une convalescence rythmée par des exercices de kiné, j'attends l'autre séjour, dans trois semaines car, figurez-vous, j'ai comme tout le monde deux genoux, et le second mérite et recevra le même traitement que le premier. C'est un autre trait de cette expérience médicale : l'apprentissage, encore et encore, de la patience...