samedi 4 juillet 2026

Second retour d'hospitalisation...

 Rentré hier, donc, du second séjour en hôpital pour la pose d'une prothèse de genou (nous n'avons heureusement que deux genoux, et donc je peux espérer être maintenant tranquille de ce côté-là...) J'ai essayé de mettre à profit cette retraite forcée pour relire, stylo à la main, la formidable encyclique du pape Magnifica humanitas. Il y a bien longtemps que je n'avais pas eu accès à un texte aussi dense, aussi profond, aussi intelligent. La doctrine sociale de l'Eglise, depuis Léon XIII, y est reprise et amplifiée, et le pape dit la pertinence de cette doctrine pour répondre aux défis actuels et nouveaux notamment lancés par l'Intelligence Artificielle. Bien des domaines sont abordés, aussi graves les uns que les autres : la justice sociale et économique - est ainsi rappelée la subordination nécessaire du principe de propriété privée à la "destination universelle des biens". La question, récurrente, du concept de "guerre juste" et le douloureux constat du réarmement de nos pays, qui coûte cher et finit toujours par être plus menaçant que dissuasif. Et en filigrane ce rappel que le christianisme se propose comme une fraternité universelle fondée sur le salut en Christ, sur le don de sa vie que nous pouvons librement accueillir dans la nôtre et reverser dans nos propres choix d'existence. Ce texte est lumineux et inspirant - je souhaite du reste qu'il soit à la base des conférences du Carême 2027 que nous organiserons comme chaque année à la Cathédrale de Bruxelles.

J'ai aussi suivi le triste épisode des sacres épiscopaux par les lefebvristes et les quelques discours délirants qui tentent de les justifier : urgence, nécessité de "sauver les âmes", obéissance revendiquée au... pape, alors que précisément on lui tourne le dos et qu'on bafoue son autorité apostolique, etc. En jeu, rappelons-le, quelque chose de très sérieux : la succession apostolique, dont le seul successeur de Pierre, pour la Tradition catholique (les tradis, précisément, devraient le savoir...) est juge. Qui succède licitement aux apôtres de Jésus? Reconnaissons que la question n'est pas anodine, et on comprend que toute transgression de la discipline de l'Eglise, malgré les exhortations, entraîne une excommunication latae sententiae, automatique, donc, que le Magistère ne peut ensuite que constater. Redisons aussi, dans un sentiment d'espérance, que cette sanction extrême est considérée comme "médicinale" : elle devrait permettre une prise de conscience de la gravité des actes commis, conduire dès lors à la repentance et au retour à la communion ecclésiale. Peut-on espérer cela de la part de personnes qui estiment, comme tous les intégristes, d'une part part qu'ils ont raison et, d'autre part, qu'ils sont les seuls à avoir raison? Pour le moment, en tous les cas, et le Dicastère pour la Doctrine de la Foi y a insisté, ils sont schismatiques, c'est-à-dire qu'ils ne sont plus catholiques et que certains des sacrements par eux conférés, comme le mariage ou la pénitence, sont non seulement illicites mais aussi invalides. Cela clarifie les choses et devrait inciter à la réflexion...

Le point de départ de tout cela, comme déjà dit dans un autre article de ce blog, c'est le refus par les lefebvristes de certains points du Concile Vatican II - la liberté religieuse, la liberté de la conscience morale, l'oecuménisme, le dialogue interreligieux, etc. - Seul un autre Concile pourrait remettre en cause ces constitutions, décrets et déclarations conciliaires et, en attendant cette occurrence tout de même improbable, ces points appartiennent désormais au contenu même de la foi catholique (l'opposition que l'on entend parfois à ce sujet entre "doctrinal" et "pastoral", à propos de Vatican II, ne tient guère : il y a évidemment de la doctrine dans la pastorale...) Concrètement, pour être catholique romain aujourd'hui, il faut promouvoir la liberté de pensée, de religion et de conscience, l'oecuménisme chrétien, le dialogue interreligieux, l'insertion dans les cultures diverses que la foi chrétienne traverse et féconde, mais dont elle s'enrichit également, etc. Et voilà précisément ce que ne supportent pas nos intégristes qui s'accrochent, disent-ils, à une "tradition" revendiquée comme intangible et figée, plus mortifère que pourvoyeuse de vie.

Le pape va tranquillement son chemin, avec douceur et fermeté. Aujourd'hui, à Lampedusa, il rappelle au monde l'urgence de traiter de façon digne et humaine la question migratoire : c'est l'un des dossiers délicats qui se trouvent sur la table de tous les gouvernements occidentaux et qu'on ne saurait régler péremptoirement, par de simples mesures de renvoi, surtout si l'on prétend justifier cette brutalité par la défense d'une soi-disant "identité chrétienne". L'identité chrétienne, c'est le Christ. Et, si je me souviens bien, l'un des critères donnés par le Christ pour entrer dans le Royaume qu'il annonce, c'est précisément l'accueil des étrangers : "J'étais un étranger, et vous m'avez accueilli..." (Mt 25). Oui, suivons le pape, ce pasteur éclairé qui guide très sûrement l'Eglise du Christ dans les dédales du monde contemporain.

mercredi 17 juin 2026

"Ne faites pas cela!"

 Le pape Léon vient de lancer un dernier appel aux membres de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) qui souhaitent, début juillet, ordonner évêques quatre de leurs prêtres sans la permission de Rome. Cet acte, faut-il le rappeler, constitue aux yeux de l'Eglise Catholique et de son Droit canonique une faute grave, qui entraîne latae sententiae, c'est-à-dire automatiquement, et les évêques consécrateurs et les nouveaux ordonnés, conduisant une nouvelle fois cette fraternité dans le schisme, la dissidence d'avec l'Eglise catholique,  apostolique et romaine. Le pape pourrait lever cette excommunication en autorisant, même en dernière minute, cette ordination, mais il ne le fera visiblement pas. Pourquoi? Parce que cette décision manifeste, à l'évidence, que les actuels évêques et les prêtres de cette fraternité ne veulent pas reconnaître un certain nombre d'éléments décisifs du Concile Vatican II, comme l'oecuménisme ou le dialogue interreligieux, la liberté de pensée, le primat de la conscience morale et la liberté religieuse, etc. On le voit bien : il ne s'agit pas de billevesées comme la question ou non de l'acceptation du nouveau rituel de la messe, dit "de saint Paul VI" et encore moins de la célébration de la messe et des sacrements en langue latine.

La réception d'un Concile Oecuménique fait partie de la foi catholique et n'est pas négociable, comme ne furent pas négociables, par exemple, les positions ariennes au IVème siècle sur la nature divine du Christ, et leur rejet par le Concile de Nicée. On n'est plus "catholique" lorsqu'on renonce à la foi définie, siècle après siècle, Concile après Concile, par l'Eglise universelle.

Au moment où le monde a besoin d'unité, quel contre-exemple est donné là : d'autant que, selon la formule de Proudhon qu'il convient toujours de rappeler, "derrière toute politique, il y a une théologie." Et, disons-le, derrière cette théologie conservatrice, il y a une politique - qu'on aimerait ne plus jamais voir associée à la foi chrétienne.

jeudi 11 juin 2026

Le christianisme, incompatible avec la guerre. Le droit "de ne pas avoir à migrer"

 Discours très forts du pape Léon, d'abord à Barcelone, à la "Sagrada Familia" : le christianisme, martèle-t-il, est a l'opposé de la guerre.  Je crois que, même après seulement une année de pontificat, jamais le discours d'un pape n'aura été si opposé à toute forme de guerre - et depuis son apparition au Balcon de Saint-Pierre, et la formule (liturgique mais pas que) par lui lancée "urbi et orbi" : "La Paix soit avec vous!"

Discours très fort, aujourd'hui aussi, dans les îles espagnoles où s'échouent tant de migrants et tant d'histoires humaines fracassées par ces mouvements de population : certes il faut accueillir, répète Léon XIV, mais surtout il faut promouvoir une responsabilité internationale qui donnerait à toute personne "le droit de ne pas avoir à migrer", que ce soit à cause des guerres, des famines, des politiques injustes ou, bientôt et de plus en plus, des bouleversements du climat.

Quand nous votons, chez nous, au moins pour le Fédéral, demandons-nous aux candidats ce qu'ils vont faire, ce qu'ils vont investir, pour protéger ce droit des personnes à rester chez elles? C'est bel et bien de restreindre les entrées migratoires, mais si cela ne s'accompagne pas d'une responsabilité accrue  à en empêcher les causes principales, ne sommes-nous pas dans une épouvantable hypocrisie, dans un aveuglement collectif, dans un égoïsme effrayant ("Moi d'abord, et les autres, hein...")

Je suis fier de "mon" pape. Léon, d'un ton simple et décidé, dit l'Evangile. C'est son rôle, et qu'il nous dérange, et qu'il dérange les responsables des nations sur certaines questions décisives, c'est sa mission. Il l'accomplit avec une très grande dignité!

La kénose du Christ

 Je profite de ces jours de convalescence pour progresser dans la rédaction d'un essai auquel je tiens depuis longtemps, et qui portera sur "la kénose" du Christ. Terme peu répandu et peu usité dans le vocabulaire habituel des chrétiens, mais pourtant terme - et réalité - essentiels, il se calque en français sur le verbe grec ekenosen heauton que l'on trouve dans la Lettre de Paul aux Philippiens, au chapitre 2, lorsque Paul y annonce que le Christ, "subsistant en forme de Dieu", s'est "vidé lui-même"... Que signifie ce "vide de soi" du Christ? Touche-t-il son humanité seulement (disons, alors, son humilité d'homme) ou sa divinité elle-même? Dans ce dernier cas, qu'est-ce donc qu'une divinité ainsi "vidée", et vidée de quoi? Depuis les Pères de l'Eglise, en passant par les théologiens protestants, anglicans, orthodoxes et catholiques de la Tradition occidentale, cette expression a donné lieu à de nombreux commentaires, d'ordre doctrinal aussi bien que spirituel. Mon (petit) projet consiste non seulement à évoquer et à résumer ces divers points de vue, mais à montrer comment et combien cette "kénose" du Christ doit demeurer aujourd'hui un lieu essentiel de la Révélation du Dieu chrétien. Un Dieu qui "renonce", un Dieu pour lequel les attributs classiques de toute-puissance, d'immutabilité, d'immortalité, etc., sont vécus sur le mode paradoxal du retrait de soi, et non de l'affirmation péremptoire de soi. On entrevoit bien, me semble-t-il, les conséquences pastorales de cette méditation théologique : au nom d'un pareil Dieu, on n'annonce pas l'Evangile de n'importe quelle façon, on n'impose rien, on ne se met pas en avant, au nom d'un pareil Dieu, on refuse toute posture en surplomb et toute arrogance.

Oui, il y a à dire, et à... écrire : je progresse, lentement, cherchant la nuance et la tonalité. Bienheureuse convalescence, donc, qui me replonge dans l'exercice théologique.

dimanche 31 mai 2026

Repos forcé

 Je suis rentré vendredi d'un séjour hospitalier de trois semaines environ, pour la pose d'une prothèse de genou et la revalidation qui s'ensuit. Un repos forcé, avec d'abord l'expérience encore une fois de l'importance du "soin". Importance de se rendre compte que le corps n'est pas une enveloppe extérieure, mais qu'il est mon "moi" autant que mon esprit, mon âme ou mon coeur. Qu'en le laissant soigner, on laisse soigner aussi l'intégralité du "soi" - une intégralité qui nous échappe toujours, certes, mais qui est atteinte tout de même par le biais du soin hospitalier. Admiration, aussi, pour le personnel, médecins, chirurgiens, infirmiers, aides-soignants, etc. : malgré les contraintes, on perçoit leur attachement à ce métier pas comme un autre, si humain en quelque sorte, si divin aussi pour le croyant, le métier de "soigner", de "prendre soin". Et je me redis que nous avons tout de même en Belgique un magnifique réseau hospitalier, largement accessible, très performant : il faut, si j'ose dire, prendre soin des soins de santé, il faut préserver ce trésor si souvent menacé!

C'est l'occasion de lire, aussi : je me suis plongé dans "La Légende Dorée" de Jacques de Voragine, texte para-liturgique de la seconde moitié du XIIIème siècle, que je n'avais jamais pris le temps de lire de façon continue. Un trésor hagiographique et culturel de la foi chrétienne. Et puis, parmi d'autres lectures, j'ai lu avec avidité le récent petit essai de mon ami Benoist de Sinety, le doyen de Lille, essai intitulé "La cause du Christ" (Grasset). Benoist exprime là avec talent, et en quelques pages, une préoccupation que j'ai déjà évoquée sur ce blog : l'idéologisation du christianisme, son utilisation à des fins politiques de "reconquête"  nostalgique d'un passé soi-disant perdu, mais idéalisé. Et bien sûr, l'oubli de ce qu'est la foi chrétienne : le christianisme, c'est le Christ, son ouverture aux petits, aux délaissés, aux migrants, aux prisonniers, à ceux qui ne sont ni dans les normes ni dans les clous, ceux qui vivent dans ce que le pape François appelait "les périphéries". Il n'y a de christianisme que le Christ...

Fierté, enfin, d'entamer sur la fin du séjour la lecture de l'Encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon XIV, fierté de savoir à la tête de l'Eglise un homme d'une telle ampleur de vue, d'une telle sagesse - le plus grand, sans aucun doute, parmi les actuels dirigeants du monde. Son plaidoyer pour la paix, qui marque depuis le début et marquera sans doute son pontificat tout entier, est un appel urgent, remarquable, raisonnable autant que profondément ancré dans la foi et l'espérance chrétiennes. Je ne m'étonne pas de voir ce texte vanté et loué partout, et non seulement à l'intérieur de l'Eglise. Il le mérite et, je le répète, fait la fierté des catholiques.

Enfin, rentré pour une convalescence rythmée par des exercices de kiné, j'attends l'autre séjour, dans trois semaines car, figurez-vous, j'ai comme tout le monde deux genoux, et le second mérite et recevra le même traitement que le premier. C'est un autre trait de cette expérience médicale : l'apprentissage, encore et encore, de la patience...

samedi 2 mai 2026

Des signes encourageants...

 Dans monde qui vire trop souvent à la violence guerrière, voici quelques signes encourageants. Récemment, la nouvelle archevêque de Canterbury, primat de l'Eglise anglicane, Sarah Mullally, a rencontré à Rome notre pape Léon XIV et ils ont ensemble prié pour la paix. Des divisions demeurent, certes, entre les deux Eglises, et notamment la question de la succession apostolique des évêques et celle, plus difficile encore, de l'ordination presbytérale et épiscopale de femmes - mais le fait que le pape ait reçu "la" nouvelle archevêque avec tous les honneurs dus à son rang et à sa fonction est un signe encourageant de rapprochement oecuménique. Peu de temps avant, le même pape avait reçu le Roi Charles III et la Reine Camilla, Souverains du Royaume Uni, en visite officielle - le Roi est également le Gouverneur de l'Eglise anglicane. Ils avaient aussi prié ensemble - tous ces signes vont dans le bon sens.

D'autant que le susdit Roi Charles, qui vient d'effectuer une visite d'Etat aux USA, a mobilisé l'attention des observateurs par ses discours "so british", marqués d'humour mais aussi de divergences de vues à l'égard de son homologue américain. Sur bien des points, il lui a rappelé l'attachement de la Grande Bretagne à l'OTAN, sa volonté de servir la paix et... à cette fin, comme Gouverneur, précisément, de l'Eglise anglicane et donc du christianisme anglo-saxon, fait un éloge de la foi chrétienne comme servante de la paix partout dans le monde.

Que voilà des signes encourageants...

mardi 28 avril 2026

Merci au pape Léon XIV

 Voici maintenant près d'une année que les Cardinaux électeurs ont choisi pour pape le Cardinal Robert Prevost. Voici près d'une année que nous ne pouvons que nous réjouir de ce choix. Le nouvel évêque de Rome cumule en effet de remarquables qualités personnelles : excellent théologien, dans la ligne de son grand patron Augustin, formidable polyglotte (anglais, bien sûr, sa langue maternelle, mais aussi espagnol - il fut évêque au Pérou -, français, italien, etc.) Cet homme est une intelligence sur deux pattes, mais avec la discrétion d'un vrai pasteur, qui veut d'abord et avant tout l'unité de son Peuple. Il assume entièrement l'héritage de son prédécesseur François, mais avec une retenue qui en quelque sorte l'ennoblit et lui assure tout le crédit nécessaire (accueil des personnes gays, relations cordiales avec les autres confessions chrétiennes - il vient de recevoir la nouvelle archevêque de l'Eglise anglicane, etc., et surtout affirmation constante et répétée d'une ligne géopolitique qui place la paix au centre du message évangélique, quoi qu'en disent ceux qui se revendiquent chrétiens et même catholiques pour mieux faire la guerre et dépenser des milliards à cette fin.)

Oui, cette homme me plaît, mélange de retenue et de fermeté, de rigueur morale et évangélique et de compassion, d'accueil et de sens pastoral.

Souvent quand même, on finirait par croire que c'est l'Esprit Saint qui préside aux choix du Conclave!