Il se pourrait bien que le grand défi à venir de la théologie catholique consiste à revisiter le dossier de "la guerre et la paix." La guerre a malheureusement toujours existé chez les humains, et une historienne comme la grande Hélène Carrère d'Encausse estimait qu'elle était leur condition habituelle, et que les plages de paix étaient de bienheureuses exceptions - la situation présente de la planète semble lui donner raison.
Les chrétiens ont depuis le début de leur existence été confrontés à cette question, d'autant que c'est surtout par les légions romaines que leur foi est arrivée à Rome puis dans l'Europe occidentale. Pourtant, le message du Christ était - et reste - à l'évidence un message pacifiste : "Heureux les artisans de paix" est l'une des béatitudes d'après le Discours sur la Montagne au début de l'évangile de Matthieu. Et le Christ recommande de se réconcilier toujours avec ses ennemis, jusqu'à proposer l'amour de ses ennemis comme l'un des idéaux du Royaume ("Moi, je vous dis : Aimez vos ennemis!")
De nombreux théologiens ont tenté de concilier cet idéal chrétien avec les guerres qui semblaient inévitables, et ce autour du concept de "guerre juste" - ainsi saint Augustin, héritier en ce domaine comme en d'autres de la philosophie politique de Cicéron, estimait qu'une guerre pouvait être moralement "juste" si elle était une riposte proportionnée à une agression.
Les théologiens postérieurs ont justifié quelquefois des guerres au nom de ripostes supposées - ainsi saint Bernard, pourtant grand mystique, encourageant les croisades. Mais toujours l'idée de promouvoir la paix est restée comme un idéal profondément enraciné dans l'identité chrétienne. On sait, par exemple, les efforts incroyables déployés par le pape Benoît XV pour faire au plus vite cesser les massacres de la Première Guerre mondiale, et notamment les initiatives diplomatiques qu'il déploya auprès du dernier Empereur d'Autriche, le Bienheureux Charles, en ce sens - malheureusement, en vain. On saura de plus en plus et de mieux en mieux, à mesure que seront exploitées les archives concernant son pontificat, tout ce que le pape Pie XII a tenté de faire pour mettre fin au conflit mondial de 40-45. On se souvient du cri de saint Paul VI à l'ONU : "Jamais plus la guerre, jamais plus!"
Le pape Léon XIV est dans cette ligne, lui qui appelle ce soir tous les catholiques à prier pour la paix, une paix plus que jamais menacée dans bien des endroits du monde : Moyen-Orient, Iran, Ukraine, Afrique de l'Est, etc. Il se heurte en cela, semble-t-il, au propos du va-t-en-guerre qui tient de lieu de Président des USA, propos suivis d'actes consternants. Il a, dit-on, évoqué cette situation - et les retombées de ces conflits au Liban du Sud, en particulier - lors de sa rencontre d'hier avec le Président français.
Nous ne pouvons que nous unir à la prière du pape, et comme lui demander que partout les négociations l'emportent sur les conflits armés, qui ne servent à rien, fauchent des vies innocentes par dizaines de milliers, coûtent en armements militaires des sommes délirantes qui seraient bien mieux employées autrement - bref, que la paix triomphe. Et oui, il appartient désormais aux théologiens de revoir encore et encore ce traité classique de la théologie politique, qui porte sur "la guerre et la paix", pour donner une nouvelle assise doctrinale à cette volonté clairement affichée du Saint Père.