Remontant ce soir de mes petites courses, à un pas qui redevient de plus en plus alerte grâce aux "faux genoux" qu'on vient de me poser, je contemplais, doucement, à mon allure, la Cathédrale qui se dressait devant moi, baignée encore au sommet de ses tours par le doux soleil d'automne bientôt éteint, oui, elle était là, accueillante comme toujours, imposante et fière, certes, mais tellement humaine, au fond, tellement à la mesure de celles et ceux qui, si nombreux, vont la visiter jour après jour... Oui, quelle chance j'ai de pouvoir veiller sur cette vieille Dame, cette grand-mère qui sans doute nécessite, comme toutes les grands-mères, des soins attentifs - mais je peux pour cela compter sur la bienveillante attention de nombreux bénévoles qui la chouchoutent au quotidien! Sur les bancs publics, devant sa façade, des amoureux, comme ceux que chantait Brassens, "qui se bécotent et ont des p'tites gueules bien sympathiques..." J'imagine notre grand-mère les couvant de son regard affectueux, les protégeant de son sourire de pierre, son sourire huit fois centenaire!
Et je m'avance donc, je me rapproche des escaliers monumentaux, qu'il faut gravir dans la foi, l'espérance et la charité. Ces trois "théologales" qui nous ouvrent l'espace de Dieu, la Cathédrale les incarne dans son architecture : les témoins de pierre ornent sa façade et racontent la foi des générations qui ont gravi, comme moi ce soir, ce qui peut-être sépare l'homme de Dieu. L'espérance, elle la montre dans son élan vers un au-delà qui nous dépasse tous, par ces tours magnifiques qui pointent notre avenir vers le ciel, vers ce qui ne sera plus dans l'espace et le temps, vers l'éternité. Et la charité, elle l'accueille en son sein pour être un lieu de rencontre où tous les pauvres, pas seulement en argent ou en biens, mais les "pauvres en esprit", celles et ceux qui renoncent à compter sur leurs propres forces, viennent retrouver et chercher le réconfort de leurs semblables.
En rentrant chez moi, j'entends Gunther et les répétitions des chants de ce dimanche, qui vont emplir la nef d'un magnifique ruissellement. Comme elle a de la chance, notre Cathédrale, d'accueillir chaque semaine tant de beauté. Mais... elle le rend bien et ce soir je rends grâce pour cette grande Dame de pierre et de verre, qui délivre de tout repli, de tout ennui, de toute médiocrité du coeur.