mercredi 4 mars 2026

"Plus jamais la guerre!"

"Plus jamais la guerre, plus jamais!" Le 4 octobre 1965, à la tribune de l'ONU, retentissait ce cri du Saint Pape Paul VI. Il y a plus de soixante ans, donc! Et c'est pourtant comme si les nations n'avaient rien entendu, comme si la guerre entre les êtres humains sur notre petite planète était une situation inévitable, inextricablement liée à l'humanité même de l'homme, à ses récits fondateurs comme à des nécessités de notre civilisation : l'Iliade en est remplie, comme une évidence, et la Guerre des Gaules aussi, autant de littérature proprement guerrière qui donne l'impression que la guerre est la situation normale et la paix,  une exception.

Le christianisme n'acceptera jamais ce point de vue. Le Christ est "le Prince de la Paix" et, au XXème siècle, il a été dit par plusieurs Papes successifs (Paul VI déjà cité, mais avant lui Jean XXIII et après lui Jean-Paul II) qu'aucune guerre, aucune, ne peut être appelée "sainte" ni conduite au nom de Dieu.

L'humanité est une nouvelle fois submergée par les conflits et la responsabilité morale de ceux qui les provoquent et les conduisent est, faut-il le rappeler, immense. Ils auront à en répondre au Tribunal de Dieu, même et surtout si c'est en Son Nom très saint qu'ils ont déclenché ou poursuivi leurs oeuvres de mort. Les chrétiens seront toujours du côté de la paix - l'actuel pape Léon le rappelle assez, et en témoignent les innombrables efforts diplomatiques du Saint-Siège, conduits par le Cardinal Parolin, pour rétablir la concorde là où la haine veut s'installer entre les Etats.

Le Carême nous invite à nous désarmer - alors que nos pays veulent se réarmer, allouant au commerce honteux des armes, voire à leur trafic, des sommes colossales qui seraient bien mieux employées ailleurs et autrement. Mais nous pouvons au moins désarmer nos coeurs, et, tandis que nous prions pour la paix mondiale dans nos églises, travailler à déraciner en nous les plantes vénéneuses de la haine, de l'envie, de la discorde quotidienne, de la jalousie, de la rivalité - toutes semences de guerre sans lesquelles les conflits mondiaux n'existeraient pas.

Ré-entendons le cri de saint Paul VI : "Plus jamais la guerre, plus jamais!"

dimanche 1 mars 2026

Défigurés, transfigurés

 Le monde va mal. Partout, le cri des guerres, partout on massacre et on tue, au nom de la liberté ou de l'émancipation des peuples. Certes, ces violences ne sont pas toujours sans raison, mais elles sont aussi souvent dictées par des motivations souterraines et inavouables de profit, de mainmise sur des richesses, d'établissement d'un ordre profitable. 

Dieu! Que la douloureuse espèce (l'expression est de Bernanos pour désigner l'humanité) peine à garder un visage de paix! Dieu! Comme elle est souvent dé-figurée! Et il ne faut pas chercher loin en soi pour que chacune et chacun de nous trouve au plus profond les racines de cette défiguration : haine et jalousie, envie de revanche et d'écrasement de l'autre, obsession du profit personnel et j'en passe! Oui, la défiguration est là, tapie au fond de nous.

Aujourd'hui, dans leur itinéraire de Carême, les chrétiens furent conviés à rejoindre les trois apôtres choisis par Jésus, Pierre, Jacques et Jean, sur "la montagne", pour qu'il leur fasse apercevoir sa gloire. On ne dit pas le nom de cette montagne : mais, dans toute la littérature de la Bible juive, elle évoque le lieu sans lieu de la fin du temps, lorsque Dieu y rassemblera pour un fabuleux festin tous les peuples du monde enfin réconciliés dans l'amour et dans la paix. Jésus devant ces trois privilégiés anticipe donc cette fin du temps, et leur dévoile dans son visage transfiguré le dessein de Dieu enfin réalisé, en lui et par lui : en atteste la présence des grands témoins de l'Alliance, Moïse le législateur et Elie le Prophète. Oui, cette humanité salie et défigurée par ses incessantes violences, Dieu lui promet une transfiguration glorieuse, celle que son Fils déjà anticipe pour les trois apôtres brièvement associés à cette vision.

Les trois apôtres : ceux qui seront aussi témoins de l'agonie de ce Jésus glorieux. La transfiguration n'a en effet rien de magique, elle n'est pas un coup de prestidigitateur. Elle passe par la Croix assumée que devront accepter et accompagner Pierre, Jacques et Jean, dès le jardin d'agonie. Et avant, qu'ils se taisent, enjoint Jésus : qu'ils ne disent rien de ce qu'ils ont entrevu, pour qu'on ne confonde jamais la gloire de Dieu - celle dont il veut revêtir l'humanité - et la gloriole humaine, éphémère, passagère et trompeuse, celle qui crie victoire au sein des guerres assassines par exemple.

Chemin du Carême, chemin de conversion de nos visages défigurés, visages de tant d'hommes, de femmes et d'enfants épouvantés face à la barbarie humaine, vers une transfiguration, la seule vraie, la seule possible : celle de l'amour accueilli, offert, mis en oeuvre dans la longue patience de Dieu.

mardi 24 février 2026

Hector

 Hector Bianciotti (1930-2012) a été un remarquable écrivain, critique et éditeur. Né en Argentine d'une famille d'origine italienne (piémontaise) il maîtrisait parfaitement l'espagnol, l'italien et aussi le français, dont il fit la langue magnifique de ses derniers livres dans un style tellement remarqué qu'il fut élu à l'Académie française. J'ai eu la chance de partager une grande amitié avec cet homme que j'admirais et qui voulut faire de moi, et jusqu'à sa mort, son "accompagnateur spirituel". Aujourd'hui, et trop vite, son Oeuvre est, comme on dit, "au purgatoire". Or voici qu'un ami commun, René de Ceccatty, publie chez Séguier une formidable biographie d'Hector, sous le titre "Les trois vies d'Hector Bianciotti". Formidable, oui, par la quantité des documents consultés, des auteurs cités, des index, et surtout parce qu'à travers l'évocation d'une vie, René propose au fond une méditation sur ce qu'est - ou ce que devrait être et rester - la littérature. Un art, un des "beaux-arts" indispensable à l'humanité pour qu'elle se grandisse et échappe, encore et encore, à la barbarie.

. René de CECCATTY, Les trois vies d'Hector Bianciotti, Paris, Séguier, 582pp., 25,90 euros.

dimanche 22 février 2026

Nos catéchumènes

 Ils étaient près de deux cents, les catéchumènes qui affluaient cet après-midi à la Cathédrale de Bruxelles depuis la Ville ou le Brabant Wallon. Des jeunes - entre quinze ou seize et trente ans en moyenne. Des garçons et des filles de toutes origines sociales, seulement désireux de devenir chrétiens aux prochaines fêtes de Pâques, et que l'évêque a solennellement appelés pour inscrire leur nom au Livre des Baptêmes. Leur nom! Quelle beauté d'entendre s'égrener ces prénoms et, à leur énoncé, des voix qui se levaient dans l'assemblée pour répondre "Me Voici"! Quelle fraîcheur, qui nous livre du reste le sens véritable et premier du Carême - non pas un concours d'ascèse, mais une préparation ultime à ces sacrements souhaités par ces jeunes adultes depuis si longtemps.

Notre Eglise en est comme ragaillardie, rajeunie - la Cathédrale cet après-midi était une nouvelle fois un lieu de grande joie dans la Ville!

Parmi tous ces candidats, j'aime beaucoup M. (restons discret) que j'accompagne depuis ses premières rencontres avec la foi chrétienne. M. a grandi dans un milieu non pas athée, mais indifférent à la foi. Dans son enfance et sa jeunesse, il n'a guère été question de Dieu - son papa, un intellectuel, n'a pas de mépris pour la religion, mais la considère en sociologue, comme un objet d'étude, "de façon horizontale", dit M. Et notre ami d'ajouter : "Moi, j'ai besoin de quelque chose de vertical, qui m'engage et où je m'engage..."

Quelque chose se passe. Laissons aux spécialistes le soin de scruter et d'analyser ce "quelque chose". Et, pour notre part, accueillons ces nouveaux venus à bras ouverts, et surtout, laissons-les libres de choisir à chaque pas le compagnonnage qu'ils souhaitent désormais vivre avec le Christ.

Mais Dieu! Que leur présence nous fait du bien!

mercredi 18 février 2026

Mercredi des Cendres

 La Cathédrale était comble ce midi, à Bruxelles. Plusieurs centaines de personnes s'y pressaient pour recevoir les cendres et ainsi commencer à vivre le temps béni du Carême. Temps de conversion, de retour au coeur, au secret du coeur, là où "Dieu nous voit" pour reprendre une expression de l'Evangile proclamé. Oui, retour à l'intériorité pour y trouver la source de ces attitudes qui humanisent et libèrent : le jeûne, la prière, le partage. S'abstenir de combler toujours et tout de suite tous nos désirs, mais au contraire laisser une place au manque, au vide - n'est-ce pas par ce creux que Dieu peut être accueilli en nous? Prier dans le silence de l'oraison, là où se rencontrent les deux grands abîmes d'inconnaissance qui tissent le mystère de nos existences humaines : qui sommes-nous? Qui est Dieu? Et ainsi s'ouvrir à l'autre, pour partager avec lui le peu que nous avons, persuadés que nous sommes faits pour cela!

"Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière" : c'est l'une des deux monitions qui accompagnent l'imposition des cendres. Oui, dans l'infini des galaxies, qu'es-tu d'autre, petit homme, qu'un grain de poussière? Mais plus tu te sais peu de chose, plus t'est révélé le dessein d'amour de celui qui te crée et te veut et aux yeux duquel tu as plus de valeur que tous les univers rassemblés! "Convertis-toi et crois à l'Evangile" : c'est l'autre monition, qui nous invitait aussi, ce midi, à nous retourner vers notre coeur et à y discerner cette Bonne Nouvelle, cet Evangile, comme ce que nous désirons de plus grand.

La très grande foule présente aujourd'hui nous relance dans l'espérance. Bon Carême!

dimanche 15 février 2026

Merci, Martin

 Grande joie, hier soir, d'entourer notre ami Martin qui, en l'église du Sablon, était ordonné diacre en vue du ministère presbytéral, par notre archevêque Mgr Terlinden. Une assemblée nombreuse, fervente, issue de toutes les communautés de notre Unité Pastorale du Centre-Ville, une liturgie impeccable grâce au dévouement de Nicolas, notre cérémoniaire et des nombreux servants de messe; beaucoup de prêtres et de diacres pour concélébrer l'office, mais surtout, à travers tout cela, une grande atmosphère de joie.

D'où vient-elle, cette joie? Du don que Martin accepte de faire de sa vie, au service du Christ par lequel il se sent appelé, et auquel il répond par un "Me voici" qui n'a  rien de contraint - juste une visible offrande de tout lui-même. Oui, une pareille offrande de soi suscite la joie spirituelle chez celui qui y consent, mais aussi chez celles et ceux qui l'entourent. Et qui se sentent comme ravivés dans leurs engagements sociaux ou ecclésiaux.

Visiblement, nous sommes faits pour pareille joie. Pour nous retourner vers pareille joie. Hier, à travers les rites toujours anciens et toujours nouveaux de l'ordination, ce miracle de la joie spirituelle fut comme tangible, oui, on aurait pu le toucher et en tout cas, on était touché par lui.

Merci Martin, pour le don de l'amour qui illumine ta vie et la nôtre, qui éclaire l'Eglise.

dimanche 25 janvier 2026

Capharnaüm

 Le passage de l'évangile de Matthieu proclamé aujourd'hui nous montre Jésus en train de... déménager, pour inaugurer son ministère public, qui sera fait de l'appel des premiers apôtres (des pêcheurs tout simples), de guérisons et d'exorcismes. Il vient habiter en Galilée, "carrefour des nations païennes,  dont la capitale est... Capharnaüm! Le nom de cette ville est passé dans notre vocabulaire, pour dire une situation chaotique, faite de mélanges de toutes sortes, en bruxellois on dirait un "bazar". Notons d'emblée que, dans le même évangile de Matthieu, à la fin, au moment de la découverte du tombeau vide, c'est aussi en Galilée que Jésus dira donner rendez-vous aux apôtres pour qu'ils proclament, eux aussi à partir de là, la Bonne Nouvelle.

La foi chrétienne commence donc en Galilée, région méprisée par les Juifs pieux de Jérusalem car évidemment trop mêlée de toutes sortes de convictions, pays que l'on dirait aujourd'hui "multiculturel", "multiconvictionnel", teinté de paganisme ou de pratiques religieuses déviantes par rapport à la prétendue pureté du judaïsme de Jérusalem,  du Temple et des Prêtres légitimes.

Jésus commence là sa prédication, là et pas ailleurs. Certes il est lui-même un Juif pieux, excellent connaisseur de la Torah, un rabbi sans faute! Mais ce qu'il proclame, c'est une Bonne Nouvelle, celle du Royaume qu'il incarne en sa personne et à laquelle il demande de se convertir : le salut est pour tout le monde, le salut n'attend pas la constitution d'une religion parfaite ou d'une société simplement vertueuse, le salut c'est autre chose. C'est le bonheur, le bonheur pour tous, à condition que tous veuillent simplement se tourner vers la pauvreté du coeur, la paix, la pureté,  la justice - nous l'entendrons dimanche prochain, lorsque nous rencontrerons ce même Jésus, cette fois gravissant la montagne pour , nouveau Moïse, y reprendre la Torah en sa racine et dire à quelles conditions elle conduit à ce bonheur qu'il annonce.

Je vieillis oh combien! Mais quand il m'arrive de jeter un regard en arrière, par-dessus mon épaule en quelque sorte, je me rends compte que ma vie de prêtre catholique, de théologien, de curé, de pasteur, tout ce qu'on veut, aura sans cesse été marquée par cette obsession : dégager le salut d'une simple morale. Le christianisme n'est pas une morale ou une perfection de vertu. Le christianisme est un salut, une guérison, la promesse d'un bonheur adressé à tous - ainsi allait le répétant notre cher pape François, dans sa langue espagnole : "Todos, totos, todos!"

Les chrétiens ne se sentiront jamais mieux qu'à Capharnaüm!