lundi 9 mars 2026

Hommage à José Van Dam

 La Cathédrale de Bruxelles était comble ce matin pour un remarquable hommage rendu à José Van Dam, disparu il y a quelques semaines. Beaucoup ont souligné, outre le grand art du chanteur, sa profonde humanité, sa disponibilité, sa foi humble et sincère. La musique était évidemment très présente : Bernard Foccroulle aux orgues, l'orchestre de la Monnaie, les artistes de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, etc., ont fait de cette célébration un grand moment, unique, de recueillement et de beauté, que la Princesse Claire de Belgique rehaussait par sa présence.

La Belgique est décidément une terre de talents, et je suis toujours épaté de voir comment un si petit pays produit de si nombreux artistes...

Un summum de perversion religieuse : la "prière pour la guerre" dans le bureau ovale...

 Le Président américain et quelques proches se sont retrouvés dans le bureau ovale de la Maison Blanche pour "prier pour la guerre", sous la direction de la pasteure Paul White Cain, qui prône comme foi chrétienne un "Evangile de la prospérité" - à ses élus, Dieu donne confort et richesse matérielle. Ce Dieu-là est donc invoqué pour faire triompher les efforts de guerre du Président. On nous permettra de penser qu'il s'agit là d'un summum de perversion religieuse, dans l'utilisation d'un pseudo-christianisme à des fins politiques, ce que ce blog ne cesse de dénoncer.

mercredi 4 mars 2026

"Plus jamais la guerre!"

"Plus jamais la guerre, plus jamais!" Le 4 octobre 1965, à la tribune de l'ONU, retentissait ce cri du Saint Pape Paul VI. Il y a plus de soixante ans, donc! Et c'est pourtant comme si les nations n'avaient rien entendu, comme si la guerre entre les êtres humains sur notre petite planète était une situation inévitable, inextricablement liée à l'humanité même de l'homme, à ses récits fondateurs comme à des nécessités de notre civilisation : l'Iliade en est remplie, comme une évidence, et la Guerre des Gaules aussi, autant de littérature proprement guerrière qui donne l'impression que la guerre est la situation normale et la paix,  une exception.

Le christianisme n'acceptera jamais ce point de vue. Le Christ est "le Prince de la Paix" et, au XXème siècle, il a été dit par plusieurs Papes successifs (Paul VI déjà cité, mais avant lui Jean XXIII et après lui Jean-Paul II) qu'aucune guerre, aucune, ne peut être appelée "sainte" ni conduite au nom de Dieu.

L'humanité est une nouvelle fois submergée par les conflits et la responsabilité morale de ceux qui les provoquent et les conduisent est, faut-il le rappeler, immense. Ils auront à en répondre au Tribunal de Dieu, même et surtout si c'est en Son Nom très saint qu'ils ont déclenché ou poursuivi leurs oeuvres de mort. Les chrétiens seront toujours du côté de la paix - l'actuel pape Léon le rappelle assez, et en témoignent les innombrables efforts diplomatiques du Saint-Siège, conduits par le Cardinal Parolin, pour rétablir la concorde là où la haine veut s'installer entre les Etats.

Le Carême nous invite à nous désarmer - alors que nos pays veulent se réarmer, allouant au commerce honteux des armes, voire à leur trafic, des sommes colossales qui seraient bien mieux employées ailleurs et autrement. Mais nous pouvons au moins désarmer nos coeurs, et, tandis que nous prions pour la paix mondiale dans nos églises, travailler à déraciner en nous les plantes vénéneuses de la haine, de l'envie, de la discorde quotidienne, de la jalousie, de la rivalité - toutes semences de guerre sans lesquelles les conflits mondiaux n'existeraient pas.

Ré-entendons le cri de saint Paul VI : "Plus jamais la guerre, plus jamais!"

dimanche 1 mars 2026

Défigurés, transfigurés

 Le monde va mal. Partout, le cri des guerres, partout on massacre et on tue, au nom de la liberté ou de l'émancipation des peuples. Certes, ces violences ne sont pas toujours sans raison, mais elles sont aussi souvent dictées par des motivations souterraines et inavouables de profit, de mainmise sur des richesses, d'établissement d'un ordre profitable. 

Dieu! Que la douloureuse espèce (l'expression est de Bernanos pour désigner l'humanité) peine à garder un visage de paix! Dieu! Comme elle est souvent dé-figurée! Et il ne faut pas chercher loin en soi pour que chacune et chacun de nous trouve au plus profond les racines de cette défiguration : haine et jalousie, envie de revanche et d'écrasement de l'autre, obsession du profit personnel et j'en passe! Oui, la défiguration est là, tapie au fond de nous.

Aujourd'hui, dans leur itinéraire de Carême, les chrétiens furent conviés à rejoindre les trois apôtres choisis par Jésus, Pierre, Jacques et Jean, sur "la montagne", pour qu'il leur fasse apercevoir sa gloire. On ne dit pas le nom de cette montagne : mais, dans toute la littérature de la Bible juive, elle évoque le lieu sans lieu de la fin du temps, lorsque Dieu y rassemblera pour un fabuleux festin tous les peuples du monde enfin réconciliés dans l'amour et dans la paix. Jésus devant ces trois privilégiés anticipe donc cette fin du temps, et leur dévoile dans son visage transfiguré le dessein de Dieu enfin réalisé, en lui et par lui : en atteste la présence des grands témoins de l'Alliance, Moïse le législateur et Elie le Prophète. Oui, cette humanité salie et défigurée par ses incessantes violences, Dieu lui promet une transfiguration glorieuse, celle que son Fils déjà anticipe pour les trois apôtres brièvement associés à cette vision.

Les trois apôtres : ceux qui seront aussi témoins de l'agonie de ce Jésus glorieux. La transfiguration n'a en effet rien de magique, elle n'est pas un coup de prestidigitateur. Elle passe par la Croix assumée que devront accepter et accompagner Pierre, Jacques et Jean, dès le jardin d'agonie. Et avant, qu'ils se taisent, enjoint Jésus : qu'ils ne disent rien de ce qu'ils ont entrevu, pour qu'on ne confonde jamais la gloire de Dieu - celle dont il veut revêtir l'humanité - et la gloriole humaine, éphémère, passagère et trompeuse, celle qui crie victoire au sein des guerres assassines par exemple.

Chemin du Carême, chemin de conversion de nos visages défigurés, visages de tant d'hommes, de femmes et d'enfants épouvantés face à la barbarie humaine, vers une transfiguration, la seule vraie, la seule possible : celle de l'amour accueilli, offert, mis en oeuvre dans la longue patience de Dieu.

mardi 24 février 2026

Hector

 Hector Bianciotti (1930-2012) a été un remarquable écrivain, critique et éditeur. Né en Argentine d'une famille d'origine italienne (piémontaise) il maîtrisait parfaitement l'espagnol, l'italien et aussi le français, dont il fit la langue magnifique de ses derniers livres dans un style tellement remarqué qu'il fut élu à l'Académie française. J'ai eu la chance de partager une grande amitié avec cet homme que j'admirais et qui voulut faire de moi, et jusqu'à sa mort, son "accompagnateur spirituel". Aujourd'hui, et trop vite, son Oeuvre est, comme on dit, "au purgatoire". Or voici qu'un ami commun, René de Ceccatty, publie chez Séguier une formidable biographie d'Hector, sous le titre "Les trois vies d'Hector Bianciotti". Formidable, oui, par la quantité des documents consultés, des auteurs cités, des index, et surtout parce qu'à travers l'évocation d'une vie, René propose au fond une méditation sur ce qu'est - ou ce que devrait être et rester - la littérature. Un art, un des "beaux-arts" indispensable à l'humanité pour qu'elle se grandisse et échappe, encore et encore, à la barbarie.

. René de CECCATTY, Les trois vies d'Hector Bianciotti, Paris, Séguier, 582pp., 25,90 euros.

dimanche 22 février 2026

Nos catéchumènes

 Ils étaient près de deux cents, les catéchumènes qui affluaient cet après-midi à la Cathédrale de Bruxelles depuis la Ville ou le Brabant Wallon. Des jeunes - entre quinze ou seize et trente ans en moyenne. Des garçons et des filles de toutes origines sociales, seulement désireux de devenir chrétiens aux prochaines fêtes de Pâques, et que l'évêque a solennellement appelés pour inscrire leur nom au Livre des Baptêmes. Leur nom! Quelle beauté d'entendre s'égrener ces prénoms et, à leur énoncé, des voix qui se levaient dans l'assemblée pour répondre "Me Voici"! Quelle fraîcheur, qui nous livre du reste le sens véritable et premier du Carême - non pas un concours d'ascèse, mais une préparation ultime à ces sacrements souhaités par ces jeunes adultes depuis si longtemps.

Notre Eglise en est comme ragaillardie, rajeunie - la Cathédrale cet après-midi était une nouvelle fois un lieu de grande joie dans la Ville!

Parmi tous ces candidats, j'aime beaucoup M. (restons discret) que j'accompagne depuis ses premières rencontres avec la foi chrétienne. M. a grandi dans un milieu non pas athée, mais indifférent à la foi. Dans son enfance et sa jeunesse, il n'a guère été question de Dieu - son papa, un intellectuel, n'a pas de mépris pour la religion, mais la considère en sociologue, comme un objet d'étude, "de façon horizontale", dit M. Et notre ami d'ajouter : "Moi, j'ai besoin de quelque chose de vertical, qui m'engage et où je m'engage..."

Quelque chose se passe. Laissons aux spécialistes le soin de scruter et d'analyser ce "quelque chose". Et, pour notre part, accueillons ces nouveaux venus à bras ouverts, et surtout, laissons-les libres de choisir à chaque pas le compagnonnage qu'ils souhaitent désormais vivre avec le Christ.

Mais Dieu! Que leur présence nous fait du bien!

mercredi 18 février 2026

Mercredi des Cendres

 La Cathédrale était comble ce midi, à Bruxelles. Plusieurs centaines de personnes s'y pressaient pour recevoir les cendres et ainsi commencer à vivre le temps béni du Carême. Temps de conversion, de retour au coeur, au secret du coeur, là où "Dieu nous voit" pour reprendre une expression de l'Evangile proclamé. Oui, retour à l'intériorité pour y trouver la source de ces attitudes qui humanisent et libèrent : le jeûne, la prière, le partage. S'abstenir de combler toujours et tout de suite tous nos désirs, mais au contraire laisser une place au manque, au vide - n'est-ce pas par ce creux que Dieu peut être accueilli en nous? Prier dans le silence de l'oraison, là où se rencontrent les deux grands abîmes d'inconnaissance qui tissent le mystère de nos existences humaines : qui sommes-nous? Qui est Dieu? Et ainsi s'ouvrir à l'autre, pour partager avec lui le peu que nous avons, persuadés que nous sommes faits pour cela!

"Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière" : c'est l'une des deux monitions qui accompagnent l'imposition des cendres. Oui, dans l'infini des galaxies, qu'es-tu d'autre, petit homme, qu'un grain de poussière? Mais plus tu te sais peu de chose, plus t'est révélé le dessein d'amour de celui qui te crée et te veut et aux yeux duquel tu as plus de valeur que tous les univers rassemblés! "Convertis-toi et crois à l'Evangile" : c'est l'autre monition, qui nous invitait aussi, ce midi, à nous retourner vers notre coeur et à y discerner cette Bonne Nouvelle, cet Evangile, comme ce que nous désirons de plus grand.

La très grande foule présente aujourd'hui nous relance dans l'espérance. Bon Carême!