lundi 16 mars 2026

"Dieu ne se laisse pas enrôler par les ténèbres"

 Hier dimanche 15 mars, lors d'une homélie dans une paroisse romaine (Paroisse du Sacré-Coeur à Ponte Mammolo), le pape Léon XIV a une fois encore condamné ceux qui veulent justifier la guerre en recourant à... Dieu. Après avoir dénoncé "l'absurde prétention de résoudre les problèmes par la guerre", il ajoutait : "Certains tentent même d'impliquer Dieu dans ces décisions funestes, mais Dieu ne se laisse pas enrôler par les ténèbres."

Vendredi dernier 13 mars, à la Pénitencerie Apostolique, il avait dénoncé "les chrétiens qui portent de graves responsabilités dans les conflits armés" et souhaité "qu'ils aient l'humilité et le courage de faire un sérieux examen de conscience et de se confesser..."

On ne saurait être plus clair!

"Avant d'être croyants, nous sommes humains"

 Hier à 15h00 à la Cathédrale de Bruxelles, inspirante conférence du cher Michel Cool, sur l'exhortation apostolique du pape Léon XIV Dilexi te : en continuité avec François son prédécesseur, mais avec une rigueur qui lui est propre, le nouveau chef de l'Eglise catholique rappelle à tous que le souci de la pauvreté n'est pas un accessoire de la foi chrétienne, mais son coeur. En Jésus, Dieu lui-même se fait pauvre pour que tous les pauvres soient rejoints par lui. Les pauvres et le souci qu'on en a comme le soin qu'on en prend deviennent ainsi un locus theologicus, un lieu à partir duquel le Dieu chrétien se donne à connaître et raconte, en quelque sorte, son identité. Mais ils disent aussi l'identité véritable de l'être humain et on trouve là également un locus anthropologicus, un lieu où se dévoile l'humanité même de l'homme. C'est ainsi que ce qui appartient au coeur de la foi chrétienne est d'abord une caractéristique proprement humaine, et comme le dit le pape, "avant d'être croyants, nous sommes humains."

Redire, au coeur du Carême, cet enseignement de la foi chrétienne, c'est sans doute aujourd'hui comme hier s'exposer à l'incompréhension dans un monde où ne sont guère exaltées que les valeurs de l'enrichissement, du confort, voire du chacun pour soi, que ce soit au plan individuel ou géo-politique. Devant le cynisme de certains dirigeants du monde, la simplicité du message évangélique s'impose comme un sursaut de dignité humaine : "Heureux les pauvres de coeur, le Royaume des cieux est à eux!" Merci au pape Léon de l'avoir redit avec force au début de son pontificat et merci à Michel de l'avoir rappelé hier avec clarté pour soutenir la conversion à laquelle le Carême nous convie.

lundi 9 mars 2026

Hommage à José Van Dam

 La Cathédrale de Bruxelles était comble ce matin pour un remarquable hommage rendu à José Van Dam, disparu il y a quelques semaines. Beaucoup ont souligné, outre le grand art du chanteur, sa profonde humanité, sa disponibilité, sa foi humble et sincère. La musique était évidemment très présente : Bernard Foccroulle aux orgues, l'orchestre de la Monnaie, les artistes de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, etc., ont fait de cette célébration un grand moment, unique, de recueillement et de beauté, que la Princesse Claire de Belgique rehaussait par sa présence.

La Belgique est décidément une terre de talents, et je suis toujours épaté de voir comment un si petit pays produit de si nombreux artistes...

Un summum de perversion religieuse : la "prière pour la guerre" dans le bureau ovale...

 Le Président américain et quelques proches se sont retrouvés dans le bureau ovale de la Maison Blanche pour "prier pour la guerre", sous la direction de la pasteure Paul White Cain, qui prône comme foi chrétienne un "Evangile de la prospérité" - à ses élus, Dieu donne confort et richesse matérielle. Ce Dieu-là est donc invoqué pour faire triompher les efforts de guerre du Président. On nous permettra de penser qu'il s'agit là d'un summum de perversion religieuse, dans l'utilisation d'un pseudo-christianisme à des fins politiques, ce que ce blog ne cesse de dénoncer.

mercredi 4 mars 2026

"Plus jamais la guerre!"

"Plus jamais la guerre, plus jamais!" Le 4 octobre 1965, à la tribune de l'ONU, retentissait ce cri du Saint Pape Paul VI. Il y a plus de soixante ans, donc! Et c'est pourtant comme si les nations n'avaient rien entendu, comme si la guerre entre les êtres humains sur notre petite planète était une situation inévitable, inextricablement liée à l'humanité même de l'homme, à ses récits fondateurs comme à des nécessités de notre civilisation : l'Iliade en est remplie, comme une évidence, et la Guerre des Gaules aussi, autant de littérature proprement guerrière qui donne l'impression que la guerre est la situation normale et la paix,  une exception.

Le christianisme n'acceptera jamais ce point de vue. Le Christ est "le Prince de la Paix" et, au XXème siècle, il a été dit par plusieurs Papes successifs (Paul VI déjà cité, mais avant lui Jean XXIII et après lui Jean-Paul II) qu'aucune guerre, aucune, ne peut être appelée "sainte" ni conduite au nom de Dieu.

L'humanité est une nouvelle fois submergée par les conflits et la responsabilité morale de ceux qui les provoquent et les conduisent est, faut-il le rappeler, immense. Ils auront à en répondre au Tribunal de Dieu, même et surtout si c'est en Son Nom très saint qu'ils ont déclenché ou poursuivi leurs oeuvres de mort. Les chrétiens seront toujours du côté de la paix - l'actuel pape Léon le rappelle assez, et en témoignent les innombrables efforts diplomatiques du Saint-Siège, conduits par le Cardinal Parolin, pour rétablir la concorde là où la haine veut s'installer entre les Etats.

Le Carême nous invite à nous désarmer - alors que nos pays veulent se réarmer, allouant au commerce honteux des armes, voire à leur trafic, des sommes colossales qui seraient bien mieux employées ailleurs et autrement. Mais nous pouvons au moins désarmer nos coeurs, et, tandis que nous prions pour la paix mondiale dans nos églises, travailler à déraciner en nous les plantes vénéneuses de la haine, de l'envie, de la discorde quotidienne, de la jalousie, de la rivalité - toutes semences de guerre sans lesquelles les conflits mondiaux n'existeraient pas.

Ré-entendons le cri de saint Paul VI : "Plus jamais la guerre, plus jamais!"

dimanche 1 mars 2026

Défigurés, transfigurés

 Le monde va mal. Partout, le cri des guerres, partout on massacre et on tue, au nom de la liberté ou de l'émancipation des peuples. Certes, ces violences ne sont pas toujours sans raison, mais elles sont aussi souvent dictées par des motivations souterraines et inavouables de profit, de mainmise sur des richesses, d'établissement d'un ordre profitable. 

Dieu! Que la douloureuse espèce (l'expression est de Bernanos pour désigner l'humanité) peine à garder un visage de paix! Dieu! Comme elle est souvent dé-figurée! Et il ne faut pas chercher loin en soi pour que chacune et chacun de nous trouve au plus profond les racines de cette défiguration : haine et jalousie, envie de revanche et d'écrasement de l'autre, obsession du profit personnel et j'en passe! Oui, la défiguration est là, tapie au fond de nous.

Aujourd'hui, dans leur itinéraire de Carême, les chrétiens furent conviés à rejoindre les trois apôtres choisis par Jésus, Pierre, Jacques et Jean, sur "la montagne", pour qu'il leur fasse apercevoir sa gloire. On ne dit pas le nom de cette montagne : mais, dans toute la littérature de la Bible juive, elle évoque le lieu sans lieu de la fin du temps, lorsque Dieu y rassemblera pour un fabuleux festin tous les peuples du monde enfin réconciliés dans l'amour et dans la paix. Jésus devant ces trois privilégiés anticipe donc cette fin du temps, et leur dévoile dans son visage transfiguré le dessein de Dieu enfin réalisé, en lui et par lui : en atteste la présence des grands témoins de l'Alliance, Moïse le législateur et Elie le Prophète. Oui, cette humanité salie et défigurée par ses incessantes violences, Dieu lui promet une transfiguration glorieuse, celle que son Fils déjà anticipe pour les trois apôtres brièvement associés à cette vision.

Les trois apôtres : ceux qui seront aussi témoins de l'agonie de ce Jésus glorieux. La transfiguration n'a en effet rien de magique, elle n'est pas un coup de prestidigitateur. Elle passe par la Croix assumée que devront accepter et accompagner Pierre, Jacques et Jean, dès le jardin d'agonie. Et avant, qu'ils se taisent, enjoint Jésus : qu'ils ne disent rien de ce qu'ils ont entrevu, pour qu'on ne confonde jamais la gloire de Dieu - celle dont il veut revêtir l'humanité - et la gloriole humaine, éphémère, passagère et trompeuse, celle qui crie victoire au sein des guerres assassines par exemple.

Chemin du Carême, chemin de conversion de nos visages défigurés, visages de tant d'hommes, de femmes et d'enfants épouvantés face à la barbarie humaine, vers une transfiguration, la seule vraie, la seule possible : celle de l'amour accueilli, offert, mis en oeuvre dans la longue patience de Dieu.

mardi 24 février 2026

Hector

 Hector Bianciotti (1930-2012) a été un remarquable écrivain, critique et éditeur. Né en Argentine d'une famille d'origine italienne (piémontaise) il maîtrisait parfaitement l'espagnol, l'italien et aussi le français, dont il fit la langue magnifique de ses derniers livres dans un style tellement remarqué qu'il fut élu à l'Académie française. J'ai eu la chance de partager une grande amitié avec cet homme que j'admirais et qui voulut faire de moi, et jusqu'à sa mort, son "accompagnateur spirituel". Aujourd'hui, et trop vite, son Oeuvre est, comme on dit, "au purgatoire". Or voici qu'un ami commun, René de Ceccatty, publie chez Séguier une formidable biographie d'Hector, sous le titre "Les trois vies d'Hector Bianciotti". Formidable, oui, par la quantité des documents consultés, des auteurs cités, des index, et surtout parce qu'à travers l'évocation d'une vie, René propose au fond une méditation sur ce qu'est - ou ce que devrait être et rester - la littérature. Un art, un des "beaux-arts" indispensable à l'humanité pour qu'elle se grandisse et échappe, encore et encore, à la barbarie.

. René de CECCATTY, Les trois vies d'Hector Bianciotti, Paris, Séguier, 582pp., 25,90 euros.