Dans l'évangile proclamé hier, la parabole dite des "invités à la noce" (Mt 22, 1-14), la finale a fait le tourment des exégètes. En effet, Jésus rapporte l'histoire d'invités à une noce royale, invités qui finalement ne veulent pas venir, alors que le festin a déjà été préparé pour eux : ils n'écoutent pas les envoyés du Roi qui marie son fils, et même vont jusqu'à assassiner certains d'entre eux. Certes, dans le contexte rédactionnel de Mt - un évangile d'abord destiné à un lectorat d'origine juive dans la diaspora - le message est clair : le Peuple de la Première Alliance n'a pas voulu répondre à l'invitation, a négligé les prophètes qui la leur rappelaient et même a massacré certains d'entre eux. Le Roi alors se fâche et fait lancer l'invitation à tous, "les méchants comme les bons", sur tous les chemins et à tous les carrefours du monde. On comprend ici encore que l'invitation chrétienne se veut généreuse, qu'elle est adressée non seulement au Peuple élu, mais à tous les peuples de la terre.
Relisant en chrétiens cette parabole, on y voit aussi un risque pour notre propre appartenance au Christ et au christianisme : penser cette appartenance comme une exclusivité, vivre cette large invitation comme une ségrégation de plus, en oubliant nous aussi, comme le Peuple d'abord élu, que "tous sont conviés", et comme le disait le cher pape François, que cette bienveillance est pour tous, "tutti, tutti, tutti..."
La finale, donc : entré dans la salle des noces évidemment remplie de convives à la suite de cette large invitation, le Roi remarque quelqu'un qui n'a pas "le vêtement de noce" et qui, incapable de se justifier, est dès lors exclu du banquet. Lui, qui avait été "inclus", se retrouve mis à la porte. Mais quel est donc ce vêtement de noces? Plusieurs interprétations ont couru et courent encore parmi les exégètes : ce sont les oeuvres nécessaires, disent certains, ou la volonté de conversion morale pour correspondre enfin à la grâce reçue, etc. Je formule ici une hypothèse : si ce vêtement était la volonté d'accueillir tout le monde, comme le fait le Roi, sans exclure personne, jamais? Et de partager ainsi, à l'égard des autres, la générosité divine dont nous sommes nous-mêmes les bénéficiaires?
Voilà qui interroge notre foi, et notre appartenance...