samedi 28 mars 2026

Jésus serait-il allé à Monaco?

 Les réseaux sociaux sont aujourd'hui la version informatique du Café du Commerce d'autrefois. Chacun y trouve la possibilité de dire son avis, même si cet avis est peu informé, peu pertinent ou même quelquefois injurieux, sur des thèmes non maîtrisés... Bon. Sujet d'aujourd'hui : la visite du pape Léon XIV à Monaco. Une visite qui surprend et qui irrite certains : que venait-il faire, ce pape prompt à exalter les pauvres, dans cette principauté d'hyper-riches? Et on lit même ceci : Jésus serait-il allé, lui, à Monaco?

Eh bien je réponds? Et je réponds "oui". Jésus n'est-il pas descendu loger chez Zachée, le publicain collecteur d'impôts, frauduleusement enrichi, et pour cela même détesté de ses concitoyens (Lc 19)? On nous dit bien : "Voyant cela, tous murmuraient et disaient : Il est allé loger chez un pécheur!" Mais nous savons que cette visite a converti Zachée et lui a inspiré une toute nouvelle générosité...

Outre le fait que la Principauté Souveraine de Monaco est, constitutionnellement, un Etat catholique, le fait que le pape s'y rende a l'allure d'une visite à l'une de ces "périphéries" que son prédécesseur François affectionnait. Car l'hyper-richesse peut vite devenir une forme de grande pauvreté spirituelle. Et elle doit être, elle aussi, évangélisée.

Ce que j'ai vu et entendu de cette visite du Saint Père, aujourd'hui, à Monaco, les discours en particulier du pape et du Prince, ne disaient pas le contraire. Bien sûr ce sont des discours, mais... qui sait ce qui a été semé là comme promesse?

samedi 21 mars 2026

Memento mori, la douce mémoire de la mort

 Les Anciens disaient : "Memento mori", "Souviens-toi que tu vas mourir". Dans les banquets luxueux de l'antiquité romaine, certains faisaient apporter un squelette pour l'exhiber devant les convives et ainsi leur rappeler le caractère éphémère de ce qu'ils pensaient être le bonheur.

Le christianisme va plus loin - nous en prenons conscience avec le long récit de la résurrection de Lazare en ce cinquième dimanche du Carême, tout le onzième chapitre de l'évangile de Jean. Jésus s'y montre plus fort que la mort corporelle, même quand elle a fait son oeuvre "depuis quatre jours déjà", au point que le cadavre...sent! La décomposition a beau être présente, la puissance de Vie qui est en Jésus est plus forte qu'elle! La mort inévitable n'est plus la fin de tout, mais un passage vers autre chose.

Frère Jean, dans un beau petit livre : "L'ascèse, la mémoire de la mort nous permettent de relativiser nos certitudes, de nous libérer des phénomènes, des causes, d'être orientés vers la Lumière incréée. Pour revenir à la mémoire de la mort : la mort à l'existence précède la naissance. La mort de l'ego permet à la vie de naître. Par la grotte de Bethléem le Rien se fait Tout. Par la grotte du Golgotha le Tout se fait Rien. La mort est un creuset, la mort est un passage obligé dans lequel l'homme est nu, seul, face à lui-même."

(Frère JEAN, La prière du coeur, Actes Sud, 2023, p. 94)

lundi 16 mars 2026

"Dieu ne se laisse pas enrôler par les ténèbres"

 Hier dimanche 15 mars, lors d'une homélie dans une paroisse romaine (Paroisse du Sacré-Coeur à Ponte Mammolo), le pape Léon XIV a une fois encore condamné ceux qui veulent justifier la guerre en recourant à... Dieu. Après avoir dénoncé "l'absurde prétention de résoudre les problèmes par la guerre", il ajoutait : "Certains tentent même d'impliquer Dieu dans ces décisions funestes, mais Dieu ne se laisse pas enrôler par les ténèbres."

Vendredi dernier 13 mars, à la Pénitencerie Apostolique, il avait dénoncé "les chrétiens qui portent de graves responsabilités dans les conflits armés" et souhaité "qu'ils aient l'humilité et le courage de faire un sérieux examen de conscience et de se confesser..."

On ne saurait être plus clair!

"Avant d'être croyants, nous sommes humains"

 Hier à 15h00 à la Cathédrale de Bruxelles, inspirante conférence du cher Michel Cool, sur l'exhortation apostolique du pape Léon XIV Dilexi te : en continuité avec François son prédécesseur, mais avec une rigueur qui lui est propre, le nouveau chef de l'Eglise catholique rappelle à tous que le souci de la pauvreté n'est pas un accessoire de la foi chrétienne, mais son coeur. En Jésus, Dieu lui-même se fait pauvre pour que tous les pauvres soient rejoints par lui. Les pauvres et le souci qu'on en a comme le soin qu'on en prend deviennent ainsi un locus theologicus, un lieu à partir duquel le Dieu chrétien se donne à connaître et raconte, en quelque sorte, son identité. Mais ils disent aussi l'identité véritable de l'être humain et on trouve là également un locus anthropologicus, un lieu où se dévoile l'humanité même de l'homme. C'est ainsi que ce qui appartient au coeur de la foi chrétienne est d'abord une caractéristique proprement humaine, et comme le dit le pape, "avant d'être croyants, nous sommes humains."

Redire, au coeur du Carême, cet enseignement de la foi chrétienne, c'est sans doute aujourd'hui comme hier s'exposer à l'incompréhension dans un monde où ne sont guère exaltées que les valeurs de l'enrichissement, du confort, voire du chacun pour soi, que ce soit au plan individuel ou géo-politique. Devant le cynisme de certains dirigeants du monde, la simplicité du message évangélique s'impose comme un sursaut de dignité humaine : "Heureux les pauvres de coeur, le Royaume des cieux est à eux!" Merci au pape Léon de l'avoir redit avec force au début de son pontificat et merci à Michel de l'avoir rappelé hier avec clarté pour soutenir la conversion à laquelle le Carême nous convie.

lundi 9 mars 2026

Hommage à José Van Dam

 La Cathédrale de Bruxelles était comble ce matin pour un remarquable hommage rendu à José Van Dam, disparu il y a quelques semaines. Beaucoup ont souligné, outre le grand art du chanteur, sa profonde humanité, sa disponibilité, sa foi humble et sincère. La musique était évidemment très présente : Bernard Foccroulle aux orgues, l'orchestre de la Monnaie, les artistes de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, etc., ont fait de cette célébration un grand moment, unique, de recueillement et de beauté, que la Princesse Claire de Belgique rehaussait par sa présence.

La Belgique est décidément une terre de talents, et je suis toujours épaté de voir comment un si petit pays produit de si nombreux artistes...

Un summum de perversion religieuse : la "prière pour la guerre" dans le bureau ovale...

 Le Président américain et quelques proches se sont retrouvés dans le bureau ovale de la Maison Blanche pour "prier pour la guerre", sous la direction de la pasteure Paul White Cain, qui prône comme foi chrétienne un "Evangile de la prospérité" - à ses élus, Dieu donne confort et richesse matérielle. Ce Dieu-là est donc invoqué pour faire triompher les efforts de guerre du Président. On nous permettra de penser qu'il s'agit là d'un summum de perversion religieuse, dans l'utilisation d'un pseudo-christianisme à des fins politiques, ce que ce blog ne cesse de dénoncer.

mercredi 4 mars 2026

"Plus jamais la guerre!"

"Plus jamais la guerre, plus jamais!" Le 4 octobre 1965, à la tribune de l'ONU, retentissait ce cri du Saint Pape Paul VI. Il y a plus de soixante ans, donc! Et c'est pourtant comme si les nations n'avaient rien entendu, comme si la guerre entre les êtres humains sur notre petite planète était une situation inévitable, inextricablement liée à l'humanité même de l'homme, à ses récits fondateurs comme à des nécessités de notre civilisation : l'Iliade en est remplie, comme une évidence, et la Guerre des Gaules aussi, autant de littérature proprement guerrière qui donne l'impression que la guerre est la situation normale et la paix,  une exception.

Le christianisme n'acceptera jamais ce point de vue. Le Christ est "le Prince de la Paix" et, au XXème siècle, il a été dit par plusieurs Papes successifs (Paul VI déjà cité, mais avant lui Jean XXIII et après lui Jean-Paul II) qu'aucune guerre, aucune, ne peut être appelée "sainte" ni conduite au nom de Dieu.

L'humanité est une nouvelle fois submergée par les conflits et la responsabilité morale de ceux qui les provoquent et les conduisent est, faut-il le rappeler, immense. Ils auront à en répondre au Tribunal de Dieu, même et surtout si c'est en Son Nom très saint qu'ils ont déclenché ou poursuivi leurs oeuvres de mort. Les chrétiens seront toujours du côté de la paix - l'actuel pape Léon le rappelle assez, et en témoignent les innombrables efforts diplomatiques du Saint-Siège, conduits par le Cardinal Parolin, pour rétablir la concorde là où la haine veut s'installer entre les Etats.

Le Carême nous invite à nous désarmer - alors que nos pays veulent se réarmer, allouant au commerce honteux des armes, voire à leur trafic, des sommes colossales qui seraient bien mieux employées ailleurs et autrement. Mais nous pouvons au moins désarmer nos coeurs, et, tandis que nous prions pour la paix mondiale dans nos églises, travailler à déraciner en nous les plantes vénéneuses de la haine, de l'envie, de la discorde quotidienne, de la jalousie, de la rivalité - toutes semences de guerre sans lesquelles les conflits mondiaux n'existeraient pas.

Ré-entendons le cri de saint Paul VI : "Plus jamais la guerre, plus jamais!"