mardi 4 août 2026

Ceuta, la question migratoire et la "destination universelle des biens"

 Ce qui s'est passé dans l'enclave de Ceuta est, disent les observateurs, probablement un coup monté par certaines puissances pour mettre dans l'embarras le Premier Ministre espagnol et dénoncer sa politique. On aurait ainsi - comble de cynisme - utilisé la pression migratoire pour tenter de contrer une vision dont on ne veut pas en Europe. C'est bien probable. N'empêche que cet événement dramatique et meurtrier relance la question migratoire. 

On peut se demander pourquoi l'Eglise catholique est favorable à un accueil raisonné et humanitaire des migrants dans nos pays - ainsi le manifestent les deux derniers papes François et Léon. La réponse est simple : dans son arsenal doctrinal, elle possède une conviction sociale répétée depuis les Pères de l'Eglise, et qu'elle nomme "la destination universelle des biens". Entendons : les biens de la terre sont à l'origine destinés à tous. Certes, la propriété privée de ces biens est légitime, mais seulement dans la mesure où elle ne contrarie pas un accès nécessaire de tous à ce qui permet la vie sur la terre : la nourriture et l'eau, la culture et l'éducation, le travail et la santé... Lorsque des migrants, privés chez eux en si grand nombre de ces biens élémentaires nécessaires à leur (sur)vie, viennent les chercher là où ces biens  se trouvent (chez nous), ils viennent chercher ce qui leur appartient autant qu'à nous, ce qui leur est destiné autant qu'à nous, qui en profitons et abusons de façon souvent égoïste.

Ce principe, énoncé déjà par les Pères, donc (en particulier Basile le Grand : "Ce que tu possèdes et que le pauvre n'a pas alors qu'il en a besoin autant que toi, songe que tu le lui as volé..."), puis avec force au début de l'enseignement social systématique de l'Eglise (en particulier dans l'Encyclique Rerum Novarum de Léon XIII), fait intégralement partie de la foi catholique. Les papes ne sont donc pas d'effrayants gauchistes quand ils le rappellent, ils sont dans leur rôle et dans leur mission. Et si les responsables politiques de tous bords, au lieu de crier à l'invasion et de songer seulement à des mesures de refoulement, les écoutaient en essayant de trouver des solutions de partage des biens, l'humanité s'en trouverait grandie et apaisée.