vendredi 24 avril 2015

L'Europe anesthésiée...

Il faut arrêter de parler de flux migratoires, face aux populations de plus en plus nombreuses qui tentent d'accoster en Europe. Ce sont des exils, comme il s'en passe dans toutes les guerres - et ce que nous vivons est une guerre, atroce, entre un Etat prétendument islamique et auto-proclamé, d'une part, et d'autre part des nations marquées depuis longtemps par le christianisme, et par un Islam modéré et civilisateur.
Je suis abasourdi par l'incapacité européenne à se réveiller de sa torpeur, de sa léthargie : les vagues promesses du congrès "extraordinaire" tenu hier à Bruxelles sur le sujet sont plus déshonorantes encore que si rien ne s'était passé. "Oui, on fera ce qu'on peut, mais on peut peu, on tâchera de mieux surveiller les passeurs, mais attention pas question d'accueillir chez nous trop de monde, nous ne pouvons pas déstabiliser notre économie." En attendant, ce sont l'Italie et la Grèce, déjà les handicapées de l'Europe, qui trinquent le plus. Et qui sont les plus généreuses : qu'on ne vienne plus jamais les critiquer! En première ligne, elles, au moins, sont compatissantes.
L'Europe va crever de son confort, des remparts dont elle s'entoure, de son manque de cœur, de son indifférence. Anesthésiée par des années de gavage, c'est une baudruche confite dans sa propre suffisance, dans la revendication de ses privilèges, et qui s'interdit de voir le pauvre gisant - coulant - à côté d'elle. C'est elle qui recrée l'affreux fossé de la parabole évangélique, en saint Luc, entre le riche indifférent et le pauvre Lazare - un affreux fossé sans réparation possible, éternel, qui conduit le riche en enfer, et pour toujours.

samedi 18 avril 2015

La Résurrection, une affirmation raisonnable

Les lectures de ce troisième Dimanche de Pâques (année B) nous invitent à réfléchir de façon systématique à la Résurrection : dans le passage de l'évangile de Luc  (24, 35-48), Jésus ressuscité apparaît en effet avec un vrai corps, et l'insistance est mise sur la réalité de ce corps désireux de montrer ses plaies et de manger en présence des siens.
La Résurrection du Christ - et la nôtre à sa suite - est le cœur de la foi chrétienne, qui n'existe pas sans elle (où l'on voit, du reste, que le christianisme n'est pas une morale ou un code de bonne conduite : la Résurrection est d'abord une affirmation, une "monstration", pas une éthique.)
Chaque être humain, un jour au moins, se pose la question de son avenir, et de l'avenir de son espèce. La philosophie répond, grosso modo, de deux façons à cette question :

- le matérialisme prétend qu'il n'y a rien d'autre que la vie présente, terrestre, et que même les mouvements les plus pointus de nos sentiments (qui viendraient du "cœur" ou de l' "âme" ou de l' "esprit" - les émotions amoureuses, les extases spirituelles, les emportements esthétiques, que sais-je...) viennent en réalité toujours et uniquement de la matière, des neurones par exemple ou des phéromones pour les états amoureux. C'est, dans l'Antiquité, l'opinion probable d'un "pré-socratique", Démocrite d'Abdère, reprise par Epicure, puis par Lucrèce chez les Latins, puis... (passons les siècles) par Marx, Engels, Nietzsche et, aujourd'hui, par quelques bons philosophes dont certains très médiatisés (comme Michel Onfray). Dans cette hypothèse : nous n'avons qu'une vie, celle-ci, présente et terrestre, et  le reste est rêverie et illusion. Cela a comme conséquence positive que, si nous n'améliorons pas l'ici et le maintenant, en nous disant que la "réparation" viendra plus tard, nous ne faisons rien de nos vies. Car il n'y aura pas de réparation "plus tard". Plus tard, il n'y aura rien... L'hypothèse est séduisante, et l'a toujours été, notamment par cette urgence qu'elle confère à l'éthique dans l'ici et le maintenant. En même temps, elle souffre, à mon sens, de quelques lacunes : ok, en effet, pour celles et ceux qui ont le moyen de faire de leur vie une "vie bonne" et "belle". Mais les autres, l'immense majorité des autres êtres humains trop vite nés, trop vite morts, qu'auront signifié leurs "trois petits tours et puis s'en vont"' sur cette terre absurde? Aucun matérialiste jusqu'à présent ne m'a donné à cela de réponse cohérente. On constate, on déplore; c'est tout. C'est court... Une autre objection montre son nez, dont je veux bien qu'elle est moins péremptoire, mais quand même : l'être humain porte en lui une nostalgie d'éternité (Pascal : "L'homme passe infiniment l'homme!") Du plus profond de son être, il désire aller au-delà de la mort qu'il sait pourtant inévitable (et même nécessaire à la survie de son espèce). Quel diable - ou quel dieu - effrayant aurait donc mis en son cœur cette nostalgie, si elle ne correspondait pas à quelque chose de réel?

- d'où les philosophies spiritualistes, qui existent depuis l'Antiquité, et bien en deçà du christianisme : par exemple Platon, sa théorie dualiste d'une âme "tombée" dans un corps et prisonnière de lui, dont tout l'effort (philosophique, spirituel, moral) consiste à se délivrer, pour retomber dans un autre corps (métempsychose, réincarnation) jusqu'à la délivrance finale et le retour dans le monde éthéré d'un ciel débarrassé des corps. Certes magnifique - et quelle littérature! Mais on fait alors peu de cas de notre corporéité, celle qui nous constitue comme êtres humains : je suis un corps, je n'ai pas un corps, et si quelque chose doit survivre, c'est moi tout entier, et mon corps aussi, malgré l'évidence de la disparition matérielle des corps présents, de leur destruction par la mort.

- comme une petite fille impertinente, l'anthropologie biblique (qui n'ignore pas les deux précédentes) pointe son nez : pour certains Juifs (ce n'est pas le cas de tous, loin de là, et surtout au temps de Jésus), si quelque chose survit de l'être humain, ce n'est pas une part de lui (corps, âme, esprit, cœur, ce qu'on veut), c'est lui tout entier. Avec une rupture, certes, celle de la mort, et une continuité de la personne qui concerne aussi le corps. Nous revoici dans nos récits de Résurrection : ils frappent tous par le réalisme de la présence du Ressuscité. Certes, on ne reconnaît pas tout de suite le Ressuscité (c'est lui et un autre, et pourtant c'est le même), mais il n'est pas un fantôme, il n'est pas une idée, il n'est pas un souvenir. Il mange et boit avec les siens, il montre son corps, les plaies de son martyre. Et pourtant, désormais, ce corps, cette vie suppliciés, les voici investis de la Vie qu'attend au fond de lui tout être humain.

     J'ai beau tourner et retourner tout cela dans ma pauvre tête : depuis longtemps, depuis toujours, je crois que l'annonce énigmatique, magnifique, extraordinaire, inattendue, la "Bonne Nouvelle" de la Résurrection du Christ - et de la nôtre à sa suite - est ce qui comble le mieux la quête de l'homme. Et ce qui, des points de vue philosophique et anthropologique, s'annonce, finalement, comme le plus "raisonnable". Mais oui!

vendredi 10 avril 2015

Du rififi chez les Le Pen

Dieu sait (du moins j'espère qu'il le sait!) que je suis très éloigné de l'idéologie véhiculée par le Front National en France, ou ses succursales ailleurs en Europe (comme la NVA, par exemple - voir les derniers discours racistes de cette magnifique formation du Nord, chez nous.)  Mais la brouille entre le vieux lion Jean-Marie et sa tigresse de fille Marine m'amuse, et me donne à penser...
La Marine (ne pensez pas au bar...) veut "dédiaboliser" (c'est fou, cet usage du vocabulaire religieux) son Parti pour le rendre crédible en Parti de gouvernement. Bon. C'est un peu essayer de "dédiaboliser" le Diable lui-même, mais on comprend la stratégie.
Le vieux lion tutélaire, lui, veut évidemment que le Diable reste le Diable! Il est l'héritier de cette droite française irréductible, monarchiste, souverainiste, antisémite, antidreyfusarde, antimaçonnique, prétendument et faussement catholique (voyez Maurras, par exemple, ou Drumont, etc. On pourrait presque dire :  catholique peut-être, mais certainement pas chrétienne), raciste, homophobe, restauratrice - et il a pour cela une clientèle qui est son fond de commerce! Du plus lointain de ses 87 ans, il grogne donc, parce que la normalisation voulue par sa fille (et surtout, sans doute, par l'entourage politique de sa fille) lui déchire l'âme, en quelque sorte, alors il en rajoute une couche, par provocation : oui, les chambres à gaz étaient un "détail de l'histoire" (antisémitisme rappelé vigoureusement) par exemple. Probablement s'ajoute à cela qu'il n'est pas facile, du point de vue psychologique, d'être évincé du devant de la scène à cause de son âge, et qu'un gros coup de pate griffue fait du bien à l'ego de ce vieil animal.
Quel amusement, de contempler tout cela du balcon!
Cela fera-t-il tort au FN? Probablement.
Mais comme, à mes yeux, le contenu habituel du discours FN, même "dédiabolisé", sent encore "diablement" le soufre, hein, pour moi, il n'y a pas grand chose de changé!

samedi 4 avril 2015

Homélie pour le Samedi Saint à Enghien : l'énigme résolue du jeune homme nu

Dimanche dernier, en lisant la Passion de saint Marc, j'avais fait observer cette notation étrange de l'évangéliste : au Jardin des Oliviers, Marc signale la présence d'un jeune homme (neaniscos) seulement vêtu d'un drap - d'un "linceul", pour être précis - et qui, dans sa fuite, lâche le drap et s'enfuit tout nu. Et j'avais signalé qu'il fallait chercher ce jeune homme ailleurs, dans le même évangile de Marc : nous venons de le retrouver, dans le récit du tombeau vide.
Oui, le neaniscos, le "jeune homme" est là, assis dans le tombeau : c'est lui qui accueille les femmes venues de grand matin embaumer le corps de Jésus. Il n'est plus nu, mais vêtu, "d'une étole blanche", dit précisément le grec. Il a troqué le linceul inutile pour ce vêtement de fête.
Qui donc est ce jeune homme? Mais c'est nous, bien sûr, chacun de nous, introduit ainsi par le génie de l'évangéliste au cœur du mystère pascal. Et, plus précisément, c'est chaque baptisé. En vivant de l'intérieur, avec son cœur, le mystère de la résurrection du Christ, chaque baptisé est à la fois dépouillé et revêtu. Dépouillé, avec Jésus, de tout ce qui jusque là pouvait lui sembler le tenir en vie, dépouillé des faux-semblants, dépouillé même du drap  dérisoire - du linceul - dont on recouvre la mort humaine pour la dérober à nos regards. La Passion de Jésus, qui rejoint et englobe toutes les nôtres, nous laisse nus, absolument nus, livrés sans secours, comme Adam, à la honte de la condition humaine : Adam, au premier Jardin, vit qu'il était nu et en conçut de la honte. Mais la traversée, avec le Christ, de la souffrance et de la mort, une traversée consentie par amour, nous fait surgir du tombeau de nos vies. Et nous revêt d'un vêtement de fête : nous voici non plus nus, mais vêtus, revêtus de l'étole de joie.
Ainsi les baptisés de Pâques nous rappellent-ils à tous notre vocation baptismale et notre destinée chrétienne. Ils apprennent, ils apprendront, à regarder comme rien, comme dérisoires, les vêtements de leur vie passée. Les vêtements, c'est-à-dire les oripeaux, ce dont on cherche toujours à revêtir la vanité de la vie, lorsqu'elle n'est pas solidement fixée, jusqu'au cœur, dans sa dimension spirituelle. Ils acceptent jusqu'à ce cœur la nudité, la fragilité de la condition humaine, ils consentent à la plonger, à la "baptiser" dans celle du Christ qui, pour nous, s'est dévêtu de tout, de tout honneur divin ou de toute gloriole humaine, jusqu'à offrir sa vie et sa mort, nu, sur la Croix. Ils accueillent avec joie la Vie nouvelle du Ressuscité, cette Vie inédite, inattendue, qui surgit de nos tombes elles-mêmes,  de nos échecs, de nos erreurs, de nos péchés, pour nous rendre à la joie d'être de vrais Vivants.
Les baptisés de Pâques sont au milieu de nous le signe de la Joie.

jeudi 2 avril 2015

Mercredi Saint : moment de grâce à Enghien

Hier Mercredi Saint, l'église d'Enghien a connu un véritable moment de grâce : l'interprétation de La Passion selon saint Jean de Jean-Sébastien Bach, par le Chœur "Musique Eternelle" et l'Orchestre "Hainaut-Picardie", sous la direction de notre organiste titulaire Michel Van den Bossche. Il ne faut ajouter aucune parole à l'émotion intérieure que chacun à sa façon a pu ressentir. Nous étions sur un sommet...
On peut écouter des extraits du concert en visitant le site de l'Orchestre "Hainaut-Picardie" :
www.orchestre-hainaut-picardie.be

mardi 31 mars 2015

L'énigme du jeune homme tout nu...

Avant-hier dimanche, célébrant les Rameaux et la Passion du Seigneur, nous entendions le récit de l'arrestation, du jugement, de la condamnation et de l'exécution de Jésus d'après l'évangile de Marc. Or, ce dernier - et lui seul - place dans son texte, au jardin des Oliviers, un "jeune homme seulement vêtu d'un drap, qui, attrapé par le drap, le lâche, et s'enfuit tout nu." Etrange anecdote, et en même temps énigme narrative qui nous délivre un sens profond des récits de Passion et de Résurrection. Je n'en dis pas plus ici : on retrouve le jeune homme dans le texte, toujours en saint Marc, de la découverte du tombeau vide, texte que nous lirons dans la nuit de samedi à dimanche, lors de la grande Vigile de Pâques.
L'y verrez-vous?

jeudi 26 mars 2015

Les conférences de carême à Enghien

Joie de pouvoir vous dire, ce soir, que toutes les conférences de carême tenues à Enghien depuis plusieurs années, en ce compris les toutes récentes de 2015, peuvent être facilement visionnées en ligne. Elles sont sur YouTube, et pour s'y connecter rapidement, il suffit de passer par le site du doyenné : www.densi.be
Un grand merci à Samuel Bruyninckx, qui a mis son talent et ses compétences au service de cette réalisation! Cela va permettre à beaucoup de personnes de revoir ou de voir  ces moments de formation et d'approfondissement pour notre vie chrétienne.