Je profite de ces jours de convalescence pour progresser dans la rédaction d'un essai auquel je tiens depuis longtemps, et qui portera sur "la kénose" du Christ. Terme peu répandu et peu usité dans le vocabulaire habituel des chrétiens, mais pourtant terme - et réalité - essentiels, il se calque en français sur le verbe grec ekenosen heauton que l'on trouve dans la Lettre de Paul aux Philippiens, au chapitre 2, lorsque Paul y annonce que le Christ, "subsistant en forme de Dieu", s'est "vidé lui-même"... Que signifie ce "vide de soi" du Christ? Touche-t-il son humanité seulement (disons, alors, son humilité d'homme) ou sa divinité elle-même? Dans ce dernier cas, qu'est-ce donc qu'une divinité ainsi "vidée", et vidée de quoi? Depuis les Pères de l'Eglise, en passant par les théologiens protestants, anglicans, orthodoxes et catholiques de la Tradition occidentale, cette expression a donné lieu à de nombreux commentaires, d'ordre doctrinal aussi bien que spirituel. Mon (petit) projet consiste non seulement à évoquer et à résumer ces divers points de vue, mais à montrer comment et combien cette "kénose" du Christ doit demeurer aujourd'hui un lieu essentiel de la Révélation du Dieu chrétien. Un Dieu qui "renonce", un Dieu pour lequel les attributs classiques de toute-puissance, d'immutabilité, d'immortalité, etc., sont vécus sur le mode paradoxal du retrait de soi, et non de l'affirmation péremptoire de soi. On entrevoit bien, me semble-t-il, les conséquences pastorales de cette méditation théologique : au nom d'un pareil Dieu, on n'annonce pas l'Evangile de n'importe quelle façon, on n'impose rien, on ne se met pas en avant, au nom d'un pareil Dieu, on refuse toute posture en surplomb et toute arrogance.
Oui, il y a à dire, et à... écrire : je progresse, lentement, cherchant la nuance et la tonalité. Bienheureuse convalescence, donc, qui me replonge dans l'exercice théologique.
Une question me taraude, par rapport à l'approche que vous décrivez: le Credo commence par parler du Dieu tout-puissant, que l'on demande au chrétien de proclamer, et par la suite il y est peu question de ce que vous décrivez (et qui rappelle les méditations de S. Germain E. Hillesum).
RépondreSupprimerCher Yves, vous avez raison, et la question est de comprendre de quelle "toute-puissance" il s'agit, et de mesurer cette toute-puissance non aux représentations habituelles qu'on en a, mais à l'aune de la kénose du Christ... C'est un vrai travail théologique.
RépondreSupprimer"lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort" (2 Corinthiens 12:10)
RépondreSupprimer