dimanche 31 mai 2026

Repos forcé

 Je suis rentré vendredi d'un séjour hospitalier de trois semaines environ, pour la pose d'une prothèse de genou et la revalidation qui s'ensuit. Un repos forcé, avec d'abord l'expérience encore une fois de l'importance du "soin". Importance de se rendre compte que le corps n'est pas une enveloppe extérieure, mais qu'il est mon "moi" autant que mon esprit, mon âme ou mon coeur. Qu'en le laissant soigner, on laisse soigner aussi l'intégralité du "soi" - une intégralité qui nous échappe toujours, certes, mais qui est atteinte tout de même par le biais du soin hospitalier. Admiration, aussi, pour le personnel, médecins, chirurgiens, infirmiers, aides-soignants, etc. : malgré les contraintes, on perçoit leur attachement à ce métier pas comme un autre, si humain en quelque sorte, si divin aussi pour le croyant, le métier de "soigner", de "prendre soin". Et je me redis que nous avons tout de même en Belgique un magnifique réseau hospitalier, largement accessible, très performant : il faut, si j'ose dire, prendre soin des soins de santé, il faut préserver ce trésor si souvent menacé!

C'est l'occasion de lire, aussi : je me suis plongé dans "La Légende Dorée" de Jacques de Voragine, texte para-liturgique de la seconde moitié du XIIIème siècle, que je n'avais jamais pris le temps de lire de façon continue. Un trésor hagiographique et culturel de la foi chrétienne. Et puis, parmi d'autres lectures, j'ai lu avec avidité le récent petit essai de mon ami Benoist de Sinety, le doyen de Lille, essai intitulé "La cause du Christ" (Grasset). Benoist exprime là avec talent, et en quelques pages, une préoccupation que j'ai déjà évoquée sur ce blog : l'idéologisation du christianisme, son utilisation à des fins politiques de "reconquête"  nostalgique d'un passé soi-disant perdu, mais idéalisé. Et bien sûr, l'oubli de ce qu'est la foi chrétienne : le christianisme, c'est le Christ, son ouverture aux petits, aux délaissés, aux migrants, aux prisonniers, à ceux qui ne sont ni dans les normes ni dans les clous, ceux qui vivent dans ce que le pape François appelait "les périphéries". Il n'y a de christianisme que le Christ...

Fierté, enfin, d'entamer sur la fin du séjour la lecture de l'Encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon XIV, fierté de savoir à la tête de l'Eglise un homme d'une telle ampleur de vue, d'une telle sagesse - le plus grand, sans aucun doute, parmi les actuels dirigeants du monde. Son plaidoyer pour la paix, qui marque depuis le début et marquera sans doute son pontificat tout entier, est un appel urgent, remarquable, raisonnable autant que profondément ancré dans la foi et l'espérance chrétiennes. Je ne m'étonne pas de voir ce texte vanté et loué partout, et non seulement à l'intérieur de l'Eglise. Il le mérite et, je le répète, fait la fierté des catholiques.

Enfin, rentré pour une convalescence rythmée par des exercices de kiné, j'attends l'autre séjour, dans trois semaines car, figurez-vous, j'ai comme tout le monde deux genoux, et le second mérite et recevra le même traitement que le premier. C'est un autre trait de cette expérience médicale : l'apprentissage, encore et encore, de la patience...

7 commentaires:

  1. Heureuse de vous lire de nouveau.
    Je ne partage pas entièrement
    votre point de vue sur les soignants. Comme dans tous les milieux, on y rencontre des personnes merveilleuses et des personnes détestables ou indifférentes. Je sais que leur métier est dur mais cela excuse-t-il la méchanceté, le plaisir d'humilier, la maltraitance?
    Prendre soin de son corps n'a pas toujours été bien vu de l'Eglise qui le voyait comme un obstacle à la vie spirituelle. Il est bon qu'aujourd'hui il soit réhabilité.
    Encourageant aussi de voir que les encycliques depuis quelque temps touchent un public plus large que la sphère catholique.
    Moins encourageant , de mon point de vue, l'engouement pour le pèlerinage de Chartres...
    Merci de donner quelques pistes de lecture.
    Portez-vous bien

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  2. Il vous faudra, dorénavant, éviter la posture "à genoux" ! Et chanter le Tantum Ergo debout... :-)
    Bon rétablissement et courage pour la suite alors...

    (Et je suis d'accord avec Marielle: le courant traditionaliste de Chartres est inquiétant...)

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  3. Déplorer l'affluence à un pèlerinage...étonnant, non?

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  4. Ce qui me gêne dans le pèlerinage de Chartres (auquel j'ai participé 3 fois quand j'étais étudiante) ce n' est pas l'affluence mais l'esprit identitaire qui y règne. Je reconnais volontiers ne pas être dans la mouvance tradi mais tout le monde a le droit d'avoir une sensibilité différente et d'être respecté. Mais de là à s'imposer comme les seuls vrais détenteurs de la foi et à recruter...Et le Christ a t il besoin d'une armée avec bannières et oriflammes?

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  6. Leur identité est la même que la vôtre : catholique! Les processions d'antan de nos grand parents étaient elles hérétiques? "Il ya plusieurs demeures dans la maison de Mon Père"

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  7. Dépêchez-vous de faire soigner ce deuxième genou, et revenez-nous... en courant. Déjà, on ne vous a pas lu pendant un mois. Et vos homélies à la cathédrale, comme celles du Père Bernard Pottier, c'est comme la perce-neige au sortir de l'hiver ...

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