Week-end riche de toutes sortes d'événements que je récapitule dans la prière et l'action de grâce en ce dimanche finissant.
Hier soir d'abord, à Graty, puis ce matin à Hellebecq, remarquables assemblées de catéchèse et célébrations eucharistiques denses, bien préparées, bien conduites, avec des enfants et des parents attentifs et ouverts à la dimension spirituelle de l'existence humaine. Il y a là des trésors qui ne demandent qu'à s'exprimer… Merci aux catéchistes qui y veillent avec beaucoup d'enthousiasme et de talent!
Hier soir, encore, longue rencontre avec le Professeur Yvon Englert, le Recteur de l'Université Libre de Bruxelles, et son épouse - moments d'échange là encore sur le fond, sur l'état de la société et sur les questions dites sociétales, sur le rôle des universités, sur le rôle des paroisses - nous ne sommes pas, comme on dit, "du même bord", mais justement, l'entretien fut d'autant plus nourrissant.
Hier soir encore, tard, long coup de fil avec l'Académicien Angelo Rinaldi, qui me parle de son travail passé et présent de romancier et de critique et me dit - j'en suis flatté! - tout le bien qu'il pense de mon dernier petit livre "Etre prêtre".
Ce matin, après la rencontre d'Hellebecq, donc, magnifique célébration à Enghien aux rythmes africains et vigoureux de la Chorale Saint-Kizito : il s'agissait de dire au revoir à l'ami Gauthier, membre de cette chorale et membre aussi de notre "EAP" (Equipe d'Animation Pastorale) au sein de laquelle il a beaucoup fait pour les mouvements de jeunesse, Patros et Scouts. Gauthier, après un long cheminement et plusieurs stages, a décidé d'entrer comme moine postulant à l'Abbaye Cistercienne d'Orval. Comme j'ai essayé de le dire dans l'homélie, c'est un signe pour chacun de nous, un signe qui réveille notre vocation baptismale, et bien entendu la source d'une grande joie, lorsqu'on voit un membre de la communauté répondre ainsi avec générosité à l'appel de Dieu. Je suis sûr que Gauthier sera heureux dans la vie cistercienne, qui est une voie épanouissante et équilibrante, et qu'il continuera à prier pour nous.
Et puis, cet après-midi, baptême à son domicile enghiennois de la petite Lucie, quatre ans et demi. Lucie souffre d'un cancer invasif qui risque fort de l'emporter bientôt - moment intense, émouvant, avec toute la famille, ses parents, parrain et marraine, ses grands-parents, sa petite sœur, et l'assistance précieuse de Patricia qui représentait la communauté paroissiale. Difficile de retenir ses larmes… Je demande à tous ceux qui désormais connaissent Lucie et son histoire douloureuse de "mettre Marie Noël dans le coup" : la grande poétesse, dont l'évêque d'Auxerre vient de demander la béatification, a, si j'ose dire, "besoin d'un miracle" pour y arriver : eh bien, voilà une occasion toute trouvée. Nous, on y croit!
dimanche 3 février 2019
dimanche 20 janvier 2019
Des injonctions paradoxales...
Et d'abord, bonne année à tous! Je suis resté muet quelques semaines, accablé par la grippe et/ou une mauvaise bronchite : on redécouvre toujours sa pauvreté, et en début d'année, ce n'est pas plus mal!
Je forme des vœux pour chacun, de paix, de lucidité surtout.
Et pour commencer, je m'étonne des injonctions paradoxales (appelons-les ainsi) que la société nous inflige :
- il ne faut plus rouler en voiture, c'est entendu, cela pollue, que ces voitures roulent au diesel ou à l'essence et même à l'électricité (car celle-ci doit être fabriquée quelque part, et elle l'est surtout par les centrales nucléaires, ce qui ne réjouit personne.) Il faut privilégier les transports en commun (quand ils existent), surtout les trains. Bon, je suis preneur - parce que j'habite dans une petite ville où il y une gare et que tout cela est proche de Bruxelles, mais si j'habitais encore ma campagne natale, me donneriez-vous des solutions immédiates? Et surtout : pendant que l'on me dit cela, et que je l'écoute d'une oreille (mettons, la gauche), on me dit et j'écoute de l'autre (mettons, la droite) que le salon de l'auto vient de s'ouvrir, qu'il est prometteur, qu'il est urgent de renouveler le parc automobile, d'acheter une nouvelle voiture pour faire vivre ce rouage central de l'économie… Oui, oui : dites-moi, si j'achète une nouvelle voiture, sera-ce pour la laisser dans mon garage? Mesdames, Messieurs les politiques, un peu de cohérence, non?
- il faut réguler les flux migratoires, c'est entendu, nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde, faisons des murs et des rondes de nuit, empêchons les migrants de prendre des embarcations de fortune, refoulons les illégaux, etc., etc. Oui, oui, oui… Mais continuons à fabriquer et à vendre des armes qui sont, nous le savons, revendues et utilisées par des puissances belligérantes qui entretiennent des conflits dont le premier résultat consiste à jeter sur les routes, et dans les déserts, et sur la mer, de pauvres gens qui n'ont plus rien? Ne songeons surtout pas à changer le type de production de la FN de Herstal, par exemple? Mesdames, Messieurs les politiques, un peu de cohérence, non?
- il faut réguler les flux migratoires et refuser chez nous les réfugiés "économiques". Sans doute. Mais, aux approches des échéances électorales, fédérales et européennes, qui s'engage dès lors à distraire du PIB un pourcentage convenable pour favoriser le développement économique de ces populations du Sud structurellement pauvres, affamées, soumises à la désertification, aux maladies endémiques, aux manques cruels d'éducation et d'enseignement? Je n'entends rien dire, lorsque les programmes politiques sont proposés à nos votes, là-dessus… Mesdames, Messieurs les politiques, un peu de cohérence, non?
On pourrait allonger la liste.
Retournez-en les constats, faites-en des propositions : ce sont mes vœux pour 2019!
Je forme des vœux pour chacun, de paix, de lucidité surtout.
Et pour commencer, je m'étonne des injonctions paradoxales (appelons-les ainsi) que la société nous inflige :
- il ne faut plus rouler en voiture, c'est entendu, cela pollue, que ces voitures roulent au diesel ou à l'essence et même à l'électricité (car celle-ci doit être fabriquée quelque part, et elle l'est surtout par les centrales nucléaires, ce qui ne réjouit personne.) Il faut privilégier les transports en commun (quand ils existent), surtout les trains. Bon, je suis preneur - parce que j'habite dans une petite ville où il y une gare et que tout cela est proche de Bruxelles, mais si j'habitais encore ma campagne natale, me donneriez-vous des solutions immédiates? Et surtout : pendant que l'on me dit cela, et que je l'écoute d'une oreille (mettons, la gauche), on me dit et j'écoute de l'autre (mettons, la droite) que le salon de l'auto vient de s'ouvrir, qu'il est prometteur, qu'il est urgent de renouveler le parc automobile, d'acheter une nouvelle voiture pour faire vivre ce rouage central de l'économie… Oui, oui : dites-moi, si j'achète une nouvelle voiture, sera-ce pour la laisser dans mon garage? Mesdames, Messieurs les politiques, un peu de cohérence, non?
- il faut réguler les flux migratoires, c'est entendu, nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde, faisons des murs et des rondes de nuit, empêchons les migrants de prendre des embarcations de fortune, refoulons les illégaux, etc., etc. Oui, oui, oui… Mais continuons à fabriquer et à vendre des armes qui sont, nous le savons, revendues et utilisées par des puissances belligérantes qui entretiennent des conflits dont le premier résultat consiste à jeter sur les routes, et dans les déserts, et sur la mer, de pauvres gens qui n'ont plus rien? Ne songeons surtout pas à changer le type de production de la FN de Herstal, par exemple? Mesdames, Messieurs les politiques, un peu de cohérence, non?
- il faut réguler les flux migratoires et refuser chez nous les réfugiés "économiques". Sans doute. Mais, aux approches des échéances électorales, fédérales et européennes, qui s'engage dès lors à distraire du PIB un pourcentage convenable pour favoriser le développement économique de ces populations du Sud structurellement pauvres, affamées, soumises à la désertification, aux maladies endémiques, aux manques cruels d'éducation et d'enseignement? Je n'entends rien dire, lorsque les programmes politiques sont proposés à nos votes, là-dessus… Mesdames, Messieurs les politiques, un peu de cohérence, non?
On pourrait allonger la liste.
Retournez-en les constats, faites-en des propositions : ce sont mes vœux pour 2019!
vendredi 21 décembre 2018
Pour conclure, pour ouvrir...
Les échéances récurrentes, comme ce que la société civile appelle les "fêtes de fin d'année", Noël et le Nouvel An, nous invitent à des bilans et des prospectives.
Le monde ne va pas bien : regains de tensions un peu partout, famines endémiques, crise prolongée en RDC, conflit toujours irrésolu au Proche-Orient, Europe déchirée - et déchirée sur une question qui devrait l'unir : celle des migrants et des migrations. Récriminations, chez nous et en France, contre des gouvernements qui ne parviennent pas à honorer leurs engagements salariaux, qui ne se décident pas non plus à franchir le pas d'une vraie transition écologique dont tout le monde, pourtant, souligne l'urgence. Populismes plus ou moins rampants - ils envahissent les réseaux sociaux, qui ressemblent de plus en plus souvent à un ramassis de propos de comptoirs. Pas brillant, tout ça, pas brillant…
L'Eglise ne se porte pas mieux :l'institution catholique, je l'ai dit dans un précédent post, se dépêtre mal de la crise pédophile, les silences complices des plus hauts dignitaires sont mis au jour, aux USA, en Australie, en France, un peu partout, révélant les préférences morbides de ceux qui ont choisi et couvert la faute dans l'espoir d'éviter le scandale. Comme disait Churchill pour d'autres histoires, ils auront donc les deux : la faute et le scandale. Avec comme espoir celui d'une réforme en profondeur de ce "machin catholique" que le brave pape François tente avec persévérance de dépoussiérer et de rendre à l'Evangile.
Avons-nous d'autres espoirs? Oui. Les communautés chrétiennes, chez nous, ne se portent pas mal : je relève, pêle-mêle, le regain d'intérêt suscité par les Mouvements de Jeunesse (Scouts, Patros) et les liens accrus entre eux et la vie paroissiale (voir le succès, à Enghien comme à Silly, des célébrations du 11 novembre dernier); la vitalité de nos écoles (fondamentales et secondaire : saluons au passage les Directrices et le Principal qui s'en vont, et tout le travail qu'ils ont accompli au service de la jeunesse et de l'enseignement : ils sont notre fierté. Accueillons leurs successeurs et soutenons-les pour que la tâche soit poursuivie!) J'observe la mise en place du nouveau Conseil de Pastorale, qui à la fois colle au terrain (et même aux terrains) et à la fois est un lieu d'écoute où c'est le bien commun qui est recherché, et non la défense crispée d'intérêts particuliers. Je félicite la persévérance de l'Equipe d'Animation Pastorale, qui s'attache à mettre en œuvre, sans précipitation mais de façon déterminée, les orientations pastorales choisies, en liturgie, en catéchèse, dans le service aux personnes plus fragiles. J'admire les Conseils de Fabrique, qui s'attachent à la restauration et à la promotion du patrimoine ecclésial - églises, presbytères - dans un esprit de collaboration avec les Communes et les Autorités publiques. Les Concerts de Noël, qui ont récemment rassemblé plus de quinze cents personnes, ont été des modèles de qualité musicale. Beaucoup de bonnes choses se font, des personnes découvrent ou redécouvrent la fraîcheur de la foi chrétienne et des partages qu'elle peut susciter, des communautés chaleureuses qu'elle est capable de former. J'en rends grâce.
Je l'ai dit ailleurs et dans d'autres messages : "nous ne perdons pas courage", comme dit Paul dans la Deuxième Lettre aux Corinthiens, nous portons en nous ce que Bernanos appelait, pour sa part, "l'invincible espérance".
La lumière de Noël, que nous accueillons ces jours-ci, même si elle semble bien fragile, est capable de faire reculer la ténèbre du monde. C'est cela, notre espérance et, en effet, elle est invincible : rien ne viendra la renverser.
Heureux Noël à toutes et tous, et bonne année nouvelle. Lumière et paix dans les cœurs, dans les familles, et, sur la terre, "aux hommes de bonne volonté".
Le monde ne va pas bien : regains de tensions un peu partout, famines endémiques, crise prolongée en RDC, conflit toujours irrésolu au Proche-Orient, Europe déchirée - et déchirée sur une question qui devrait l'unir : celle des migrants et des migrations. Récriminations, chez nous et en France, contre des gouvernements qui ne parviennent pas à honorer leurs engagements salariaux, qui ne se décident pas non plus à franchir le pas d'une vraie transition écologique dont tout le monde, pourtant, souligne l'urgence. Populismes plus ou moins rampants - ils envahissent les réseaux sociaux, qui ressemblent de plus en plus souvent à un ramassis de propos de comptoirs. Pas brillant, tout ça, pas brillant…
L'Eglise ne se porte pas mieux :l'institution catholique, je l'ai dit dans un précédent post, se dépêtre mal de la crise pédophile, les silences complices des plus hauts dignitaires sont mis au jour, aux USA, en Australie, en France, un peu partout, révélant les préférences morbides de ceux qui ont choisi et couvert la faute dans l'espoir d'éviter le scandale. Comme disait Churchill pour d'autres histoires, ils auront donc les deux : la faute et le scandale. Avec comme espoir celui d'une réforme en profondeur de ce "machin catholique" que le brave pape François tente avec persévérance de dépoussiérer et de rendre à l'Evangile.
Avons-nous d'autres espoirs? Oui. Les communautés chrétiennes, chez nous, ne se portent pas mal : je relève, pêle-mêle, le regain d'intérêt suscité par les Mouvements de Jeunesse (Scouts, Patros) et les liens accrus entre eux et la vie paroissiale (voir le succès, à Enghien comme à Silly, des célébrations du 11 novembre dernier); la vitalité de nos écoles (fondamentales et secondaire : saluons au passage les Directrices et le Principal qui s'en vont, et tout le travail qu'ils ont accompli au service de la jeunesse et de l'enseignement : ils sont notre fierté. Accueillons leurs successeurs et soutenons-les pour que la tâche soit poursuivie!) J'observe la mise en place du nouveau Conseil de Pastorale, qui à la fois colle au terrain (et même aux terrains) et à la fois est un lieu d'écoute où c'est le bien commun qui est recherché, et non la défense crispée d'intérêts particuliers. Je félicite la persévérance de l'Equipe d'Animation Pastorale, qui s'attache à mettre en œuvre, sans précipitation mais de façon déterminée, les orientations pastorales choisies, en liturgie, en catéchèse, dans le service aux personnes plus fragiles. J'admire les Conseils de Fabrique, qui s'attachent à la restauration et à la promotion du patrimoine ecclésial - églises, presbytères - dans un esprit de collaboration avec les Communes et les Autorités publiques. Les Concerts de Noël, qui ont récemment rassemblé plus de quinze cents personnes, ont été des modèles de qualité musicale. Beaucoup de bonnes choses se font, des personnes découvrent ou redécouvrent la fraîcheur de la foi chrétienne et des partages qu'elle peut susciter, des communautés chaleureuses qu'elle est capable de former. J'en rends grâce.
Je l'ai dit ailleurs et dans d'autres messages : "nous ne perdons pas courage", comme dit Paul dans la Deuxième Lettre aux Corinthiens, nous portons en nous ce que Bernanos appelait, pour sa part, "l'invincible espérance".
La lumière de Noël, que nous accueillons ces jours-ci, même si elle semble bien fragile, est capable de faire reculer la ténèbre du monde. C'est cela, notre espérance et, en effet, elle est invincible : rien ne viendra la renverser.
Heureux Noël à toutes et tous, et bonne année nouvelle. Lumière et paix dans les cœurs, dans les familles, et, sur la terre, "aux hommes de bonne volonté".
mercredi 14 novembre 2018
L'Eglise et l'Institution
Quelque chose de l'Eglise Catholique est en train de s'écrouler devant nos yeux. Pas l'Eglise elle-même, qui est un mystère de foi, un mystère théologique - l'effectuation progressive du Royaume de l'Amour trinitaire, prêché par Jésus, initié en sa personne vivante et situé bien au-delà de ses réalisations humaines dans l'histoire du christianisme. Mais ce qui s'écroule, c'est précisément une manière de cette réalisation humaine : la conception d'une Institution hiérarchique, centralisée, préoccupée de sa survie au moins autant, et souvent plus, que de ce qu'elle doit annoncer. La dénonciation partout dans le monde des hypocrisies épiscopales, de ces évêques qui ont sciemment couvert des faits honteux de pédophilie, est probablement le coup de pied final porté à cette Institution. Qui s'en plaindra?
Sous couvert d'évangélisation, on a moralisé et voulu normaliser, canoniser, des formes certes louables mais pas exclusives de vie familiale ou sexuelle : lire là-dessus l'excellente interview donnée ces jours-ci dans "Panorama" par la non moins excellente Danièle Hervieu-Léger, probablement l'une des plus grandes sociologues contemporaines de la religion catholique, Directrice d'Etudes émérite à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes en Sciences Sociales (Paris). En quelques mots clairs, elle montre comment cette Institution, dépouillée de son pouvoir temporel à la suite de la Révolution Française, a voulu régenter les âmes et les corps - et en particulier, les sexes. Certains évêques (surtout nord-américains, du reste), qui n'ont rien compris à rien ou ne veulent rien comprendre à rien, face à cette crise de la pédophilie de prêtres, en rajoutent une couche : tant qu'on aura pas éradiqué l'homosexualité en la stigmatisant comme le péché abominable qu'elle doit rester, disent-ils, on n'aura rien fait. Et ils en profitent, évidemment, pour critiquer de plus en plus ouvertement le pape François qui, lui, veut ouvrir largement ses bras et les portes de l'Eglise aux personnes homosexuelles, et mettre fin au tabou, au dénigrement et au rejet dont elles furent si longtemps les victimes. Lui qui veut, aussi, faire cesser le cléricalisme, cette forme sournoise de pouvoir et de manipulation des cœurs, qui n'est pas le seul fait des prêtres, mais de tous ceux qui, dans l'Eglise, laïcs, prêtres et évêques, prétendent régenter les consciences. Ces dangereux crétins - je parle des évêques nord-américains susmentionnés - sont soutenus dans leurs propos par l'ancien Nonce (ambassadeur du Saint-Siège) aux USA Vigano, qui ne cesse d'attaquer ouvertement le pape sur ces questions, lui-même sans doute "aidé" en cela par des lobbys républicains américains et.. leur argent.
Les évêques français, qui viennent de se réunir à Lourdes en Assemblée plénière, sont eux aussi fort divisés sur la manière d'assainir franchement l'Institution dont ils sont les gardiens : le Cardinal Barbarin, archevêque de Lyon et Primat des Gaules, mis en cause pour ses protections dans des histoires de pédophilie, a cru bon de ne pas reconduire dans ses fonctions le Juge ecclésiastique qui, précisément, le met en cause. Repentance dans les propos, arrogance dans les actes… Je ne prétends pas dire ici, car je n'en sais rien, qui a raison et qui a tort, mais je constate la confusion des réactions, et leur précipitation, qui probablement indiquent un mouvement de panique!
Ce sont les évêques belges, tiens, qui se sont le mieux tenus, grâce à Mgr Bonny, d'Anvers, et à Mgr Harpigny, de Tournai, qui furent sans concession devant les mesures à prendre, qui les prirent et les firent prendre à leurs collègues - on imagine les résistances qu'ils durent affronter.
Oui, une Institution dissimulatrice, une hiérarchie pourrie par ses secrets lamentables et son idéologie conquérante, sont en train de s'écrouler. C'est un peu comme l'URSS sous Gorbatchev : le machin va s'effondrer, d'un coup. Deux papes, aux tempéraments bien différents voire opposés, mais tous deux profondément honnêtes, s'y cassèrent et s'y cassent les dents : le brave Benoît, le magnifique François. Le premier a eu le courage de partir, quand il a compris qu'il ne viendrait pas à bout des coups fourrés dont certains sont capables, au plus haut niveau, pour préserver l'Institution contre l'Evangile lui-même. Le second tient bon, demande qu'on prie pour lui, résiste aux mêmes coups fourrés : continuera-t-il ou dira-t-il un jour, lassé de ce panier de crabes, qu'il rentre finir tranquillement sa vie en Argentine? Ce serait la victoire des crapules…
Oui, l'hypocrite machin s'écroule ou va s'écrouler, et c'est tant mieux, c'est un assainissement nécessaire. Ce n'était jamais qu'une manière d'incarner l'Eglise, une manière qui a fait son temps et causé bien des tourments à beaucoup de personnes.
Laissons-le s'écrouler. L'Eglise en son mystère, de foi et de communion, a tout à y gagner!
Sous couvert d'évangélisation, on a moralisé et voulu normaliser, canoniser, des formes certes louables mais pas exclusives de vie familiale ou sexuelle : lire là-dessus l'excellente interview donnée ces jours-ci dans "Panorama" par la non moins excellente Danièle Hervieu-Léger, probablement l'une des plus grandes sociologues contemporaines de la religion catholique, Directrice d'Etudes émérite à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes en Sciences Sociales (Paris). En quelques mots clairs, elle montre comment cette Institution, dépouillée de son pouvoir temporel à la suite de la Révolution Française, a voulu régenter les âmes et les corps - et en particulier, les sexes. Certains évêques (surtout nord-américains, du reste), qui n'ont rien compris à rien ou ne veulent rien comprendre à rien, face à cette crise de la pédophilie de prêtres, en rajoutent une couche : tant qu'on aura pas éradiqué l'homosexualité en la stigmatisant comme le péché abominable qu'elle doit rester, disent-ils, on n'aura rien fait. Et ils en profitent, évidemment, pour critiquer de plus en plus ouvertement le pape François qui, lui, veut ouvrir largement ses bras et les portes de l'Eglise aux personnes homosexuelles, et mettre fin au tabou, au dénigrement et au rejet dont elles furent si longtemps les victimes. Lui qui veut, aussi, faire cesser le cléricalisme, cette forme sournoise de pouvoir et de manipulation des cœurs, qui n'est pas le seul fait des prêtres, mais de tous ceux qui, dans l'Eglise, laïcs, prêtres et évêques, prétendent régenter les consciences. Ces dangereux crétins - je parle des évêques nord-américains susmentionnés - sont soutenus dans leurs propos par l'ancien Nonce (ambassadeur du Saint-Siège) aux USA Vigano, qui ne cesse d'attaquer ouvertement le pape sur ces questions, lui-même sans doute "aidé" en cela par des lobbys républicains américains et.. leur argent.
Les évêques français, qui viennent de se réunir à Lourdes en Assemblée plénière, sont eux aussi fort divisés sur la manière d'assainir franchement l'Institution dont ils sont les gardiens : le Cardinal Barbarin, archevêque de Lyon et Primat des Gaules, mis en cause pour ses protections dans des histoires de pédophilie, a cru bon de ne pas reconduire dans ses fonctions le Juge ecclésiastique qui, précisément, le met en cause. Repentance dans les propos, arrogance dans les actes… Je ne prétends pas dire ici, car je n'en sais rien, qui a raison et qui a tort, mais je constate la confusion des réactions, et leur précipitation, qui probablement indiquent un mouvement de panique!
Ce sont les évêques belges, tiens, qui se sont le mieux tenus, grâce à Mgr Bonny, d'Anvers, et à Mgr Harpigny, de Tournai, qui furent sans concession devant les mesures à prendre, qui les prirent et les firent prendre à leurs collègues - on imagine les résistances qu'ils durent affronter.
Oui, une Institution dissimulatrice, une hiérarchie pourrie par ses secrets lamentables et son idéologie conquérante, sont en train de s'écrouler. C'est un peu comme l'URSS sous Gorbatchev : le machin va s'effondrer, d'un coup. Deux papes, aux tempéraments bien différents voire opposés, mais tous deux profondément honnêtes, s'y cassèrent et s'y cassent les dents : le brave Benoît, le magnifique François. Le premier a eu le courage de partir, quand il a compris qu'il ne viendrait pas à bout des coups fourrés dont certains sont capables, au plus haut niveau, pour préserver l'Institution contre l'Evangile lui-même. Le second tient bon, demande qu'on prie pour lui, résiste aux mêmes coups fourrés : continuera-t-il ou dira-t-il un jour, lassé de ce panier de crabes, qu'il rentre finir tranquillement sa vie en Argentine? Ce serait la victoire des crapules…
Oui, l'hypocrite machin s'écroule ou va s'écrouler, et c'est tant mieux, c'est un assainissement nécessaire. Ce n'était jamais qu'une manière d'incarner l'Eglise, une manière qui a fait son temps et causé bien des tourments à beaucoup de personnes.
Laissons-le s'écrouler. L'Eglise en son mystère, de foi et de communion, a tout à y gagner!
samedi 3 novembre 2018
Aimer Dieu, aimer son frère, s'aimer soi-même
L'évangile proclamé ce dimanche relate la réponse faite par Jésus à un scribe qui lui demande quel est "le premier de tous les commandements" (Mc 12, 28b-29). A quoi Jésus répond, évidemment, par le "Shema Israël", la grande injonction du judaïsme que rapporte le Deutéronome et que les Juifs pieux portent sur leur front : "Ecoute, Israël, tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ton intelligence…" Mais il ajoute : "Et voici le second : Tu aimeras ton prochain, comme toi-même."
L'injonction d'aimer Dieu "de tout son cœur" - et, notons-le aussi, en passant, "de toute son intelligence", c'est-à-dire, en y mettant toutes les ressources de son esprit, de sa recherche intellectuelle -, cette injonction est vraiment au cœur de la foi juive et, à sa suite, de la foi chrétienne comme de la foi musulmane. C'est une invitation, sans doute moins facilement audible dans notre Occident contemporain, à honorer la transcendance de Dieu : rien n'est Dieu que Dieu seul. Et à ceux - personnes, systèmes, idéologies, partis, tout ce qu'on veut - qui voudraient se prendre ou être pris pour Dieu, on dira : "Il n'y a que Dieu qui soit Dieu!" Tout ce qui se prétendra transcendant sera, en quelque sorte, désamorcé par la capacité subversive du monothéisme. Car tout est relatif et tout est contestable, sauf Dieu… Cette affirmation, pour libératrice qu'elle soit, peut aussi devenir dangereuse : c'est que beaucoup de personnes, de systèmes, de politiques, de religieux, ont le toupet de parler au nom de Dieu, et de prendre sa place pour éliminer ceux qui ne pensent pas, ne croient pas, ne prient pas comme eux, ou tout simplement, ne veulent pas entendre parler de Dieu.
Alors Jésus - et telle est sans doute une marque distinctive du christianisme - dit qu'un autre commandement est semblable à ce premier : il faut aimer son prochain, comme soi-même. Cette seconde injonction est la vérification de la première.
Dans ce qui est annoncé par Jésus, Dieu sera disqualifié, et toute action menée en son nom, si l'autre, le prochain, tout être humain dans sa différence, n'est pas entièrement respecté, honoré. Si tu prétends éliminer ton prochain au nom de Dieu, ce n'est pas Dieu que tu sers, c'est une idole grossière et qu'il faut très vite démolir. Déblaie, dégage…
Mais il y a plus : ton prochain, tu l'aimeras "comme toi-même" : s'il y a deux commandements, il y a donc trois amours. Et qui se vérifient l'un par l'autre, pour marcher en équilibre. Impossible de se mépriser soi-même si l'on prétend aimer les autres ou aimer Dieu : on ne ferait que se fuir. Impossible d'aimer Dieu sans aimer l'autre et sans s'aimer soi-même, ce ne serait que mensonge. Impossible de s'aimer soi-même sans aimer Dieu et les autres, ce ne serait que narcissisme.
Cette page d'Evangile parle d'elle-même : elle invite certes chacun à faire le point sur sa vie, mais aussi à évaluer les événements du monde à l'aune de ces deux commandements et de ces trois amours. Pensons au Pakistan : le Dieu invoqué par certains islamistes radicaux pour condamner à mort, malgré la relaxe promulguée par la justice de leur pays, la pauvre Asia Bibi, n'est pas Dieu, il n'est qu'une idole fabriquée à la ressemblance de leur grossière inhumanité, de leur malveillance et de leur bêtise. Il faut vomir ce Dieu-là…
Le Dieu quelquefois invoqué dans l'Eglise catholique pour couvrir les mensonges et les hypocrisies de l'Institution prompte à se protéger en protégeant des prédateurs, ce Dieu-là est une insulte à la morale. Il faut le vomir…
Le Dieu évoqué souvent pour "sauvegarder les valeurs de la civilisation occidentale" en refoulant les réfugiés, chez nous ou aux Etats-Unis, ce Dieu-là n'a rien à voir avec le Dieu chrétien. Il est une idole, à vomir…
Le Dieu brandi à bout de Bible ou de Coran pour agrandir des territoires et refouler des populations, en Palestine ou au Yemen, et cela avec des armes fabriquées chez nous pour alimenter nos caisses (autre et vaste débat!), ce Dieu qui justifierait des massacres et des famines, des guerres et des exterminations : à vomir, lui encore, cassons-le comme il faut casser toutes les idoles.
Mais aussi le Dieu évoqué dans le secret des confessionnaux pour raboter les aspirations humaines, pour castrer les désirs, pour humilier sous prétexte d'entretenir l'humilité, ce Dieu-là n'est qu'un polichinelle : aux oubliettes, vidons-le!
Car, depuis Jésus, l'homme et son respect, sa dignité et ses droits, oui, l'homme, l'être humain : voilà la mesure de Dieu.
L'injonction d'aimer Dieu "de tout son cœur" - et, notons-le aussi, en passant, "de toute son intelligence", c'est-à-dire, en y mettant toutes les ressources de son esprit, de sa recherche intellectuelle -, cette injonction est vraiment au cœur de la foi juive et, à sa suite, de la foi chrétienne comme de la foi musulmane. C'est une invitation, sans doute moins facilement audible dans notre Occident contemporain, à honorer la transcendance de Dieu : rien n'est Dieu que Dieu seul. Et à ceux - personnes, systèmes, idéologies, partis, tout ce qu'on veut - qui voudraient se prendre ou être pris pour Dieu, on dira : "Il n'y a que Dieu qui soit Dieu!" Tout ce qui se prétendra transcendant sera, en quelque sorte, désamorcé par la capacité subversive du monothéisme. Car tout est relatif et tout est contestable, sauf Dieu… Cette affirmation, pour libératrice qu'elle soit, peut aussi devenir dangereuse : c'est que beaucoup de personnes, de systèmes, de politiques, de religieux, ont le toupet de parler au nom de Dieu, et de prendre sa place pour éliminer ceux qui ne pensent pas, ne croient pas, ne prient pas comme eux, ou tout simplement, ne veulent pas entendre parler de Dieu.
Alors Jésus - et telle est sans doute une marque distinctive du christianisme - dit qu'un autre commandement est semblable à ce premier : il faut aimer son prochain, comme soi-même. Cette seconde injonction est la vérification de la première.
Dans ce qui est annoncé par Jésus, Dieu sera disqualifié, et toute action menée en son nom, si l'autre, le prochain, tout être humain dans sa différence, n'est pas entièrement respecté, honoré. Si tu prétends éliminer ton prochain au nom de Dieu, ce n'est pas Dieu que tu sers, c'est une idole grossière et qu'il faut très vite démolir. Déblaie, dégage…
Mais il y a plus : ton prochain, tu l'aimeras "comme toi-même" : s'il y a deux commandements, il y a donc trois amours. Et qui se vérifient l'un par l'autre, pour marcher en équilibre. Impossible de se mépriser soi-même si l'on prétend aimer les autres ou aimer Dieu : on ne ferait que se fuir. Impossible d'aimer Dieu sans aimer l'autre et sans s'aimer soi-même, ce ne serait que mensonge. Impossible de s'aimer soi-même sans aimer Dieu et les autres, ce ne serait que narcissisme.
Cette page d'Evangile parle d'elle-même : elle invite certes chacun à faire le point sur sa vie, mais aussi à évaluer les événements du monde à l'aune de ces deux commandements et de ces trois amours. Pensons au Pakistan : le Dieu invoqué par certains islamistes radicaux pour condamner à mort, malgré la relaxe promulguée par la justice de leur pays, la pauvre Asia Bibi, n'est pas Dieu, il n'est qu'une idole fabriquée à la ressemblance de leur grossière inhumanité, de leur malveillance et de leur bêtise. Il faut vomir ce Dieu-là…
Le Dieu quelquefois invoqué dans l'Eglise catholique pour couvrir les mensonges et les hypocrisies de l'Institution prompte à se protéger en protégeant des prédateurs, ce Dieu-là est une insulte à la morale. Il faut le vomir…
Le Dieu évoqué souvent pour "sauvegarder les valeurs de la civilisation occidentale" en refoulant les réfugiés, chez nous ou aux Etats-Unis, ce Dieu-là n'a rien à voir avec le Dieu chrétien. Il est une idole, à vomir…
Le Dieu brandi à bout de Bible ou de Coran pour agrandir des territoires et refouler des populations, en Palestine ou au Yemen, et cela avec des armes fabriquées chez nous pour alimenter nos caisses (autre et vaste débat!), ce Dieu qui justifierait des massacres et des famines, des guerres et des exterminations : à vomir, lui encore, cassons-le comme il faut casser toutes les idoles.
Mais aussi le Dieu évoqué dans le secret des confessionnaux pour raboter les aspirations humaines, pour castrer les désirs, pour humilier sous prétexte d'entretenir l'humilité, ce Dieu-là n'est qu'un polichinelle : aux oubliettes, vidons-le!
Car, depuis Jésus, l'homme et son respect, sa dignité et ses droits, oui, l'homme, l'être humain : voilà la mesure de Dieu.
mardi 23 octobre 2018
Désolation, consolation
Est-ce parce que je suis grippé? J'aurais tendance, ces jours-ci, à tout noircir. Alors, il faut apprendre à laisser en nous l'Esprit faire œuvre de discernement.
Certes, il y a de quoi s'inquiéter : un bon nombre des idéaux de ma jeunesse (de notre jeunesse, dirais-je, pour les personnes qui sont comme moi dans la soixantaine) sont malmenés. Par exemple l'Eglise Catholique (du moins, aux yeux des chrétiens) était dans les années septante un idéal de vie fraternelle, on croyait à sa mission non seulement évangélisatrice mais profondément humaniste, pacificatrice. Or, que voyons-nous? Une hiérarchie pyramidale au bord du schisme (et peut-être davantage de schismes multiples), incapable de se réformer sans se déchirer, avec des attaques d'une bassesse inouïe contre le pape de la part de certains, évêques, cardinaux, prélats, qui devraient être ses premiers soutiens, et pour la sauvegarde de quoi? D'une institution? D'une morale? En tous les cas, pas de l'Evangile…
Et, autre exemple, l'Europe : je me souviens d'un long passage, dans l'année de mes dix-huit ans et de ma rhétorique, au Collège de l'Europe, à Bruges, où le Directeur de l'époque nous assurait que nous nous sentirions tous "européens" avant de nous sentir "belges" d'ici peu d'années. Tu parles! Partout, les nationalismes s'exacerbent, quelquefois s'y mêlent fascisme et racisme, mépris de l'autre, enfermement sur soi, peur du migrant et de l'étranger. Bientôt, on se refera la guerre sur le Vieux Continent. Beau progrès!
Et, puisque nous en parlons, la paix, autre idéal de ma jeunesse : partout bafouée, souvent au nom des religions qui ont mission de la promouvoir, pour satisfaire les appétits financiers des Etats ou des Régions (dont la Belgique et la Wallonie) qui l'alimentent en fabriquant et vendant des armes au mépris de massacres honteux, avilissants pour l'être humain - seul argument : préserver l'emploi! Oh, on le paiera, ça, on le paiera cher, mes beaux messieurs : non seulement vous perdrez ces emplois, mais votre mémoire passera par les égouts de l'Histoire. C'est à vomir!
Quelle désolation! Alors, comme chantait l'autre, "faut-il désespérer?"
Jamais. Car il y a des ferments magnifiques.
Et ici, j'en vois : des jeunes soucieux les uns des autres, dans les Mouvements par exemple.
Des gens épris de solidarité, qui tentent de remédier à la précarité d'une façon certes modeste mais décidée.
Des hommes et des femmes qui s'engagent en politique avec, du moins est-ce l'impression qu'ils donnent, un vrai souci du bien commun, et non pas de leur promotion personnelle.
Des hommes et des femmes soucieux de promouvoir un enseignement de qualité, à la fois exigeant et intransigeant quant aux Droits Humains fondamentaux.
J'ai l'impression d'un monde qui, par certains côtés, craque de partout, certes, mais comme pour faire naître quelque chose d'autre, qui porte en soi, par delà des institutions ou des combats dépassés, la consolation indispensable à la Vie.
Lucide, oui, du moins je l'espère. Découragé, non.
Certes, il y a de quoi s'inquiéter : un bon nombre des idéaux de ma jeunesse (de notre jeunesse, dirais-je, pour les personnes qui sont comme moi dans la soixantaine) sont malmenés. Par exemple l'Eglise Catholique (du moins, aux yeux des chrétiens) était dans les années septante un idéal de vie fraternelle, on croyait à sa mission non seulement évangélisatrice mais profondément humaniste, pacificatrice. Or, que voyons-nous? Une hiérarchie pyramidale au bord du schisme (et peut-être davantage de schismes multiples), incapable de se réformer sans se déchirer, avec des attaques d'une bassesse inouïe contre le pape de la part de certains, évêques, cardinaux, prélats, qui devraient être ses premiers soutiens, et pour la sauvegarde de quoi? D'une institution? D'une morale? En tous les cas, pas de l'Evangile…
Et, autre exemple, l'Europe : je me souviens d'un long passage, dans l'année de mes dix-huit ans et de ma rhétorique, au Collège de l'Europe, à Bruges, où le Directeur de l'époque nous assurait que nous nous sentirions tous "européens" avant de nous sentir "belges" d'ici peu d'années. Tu parles! Partout, les nationalismes s'exacerbent, quelquefois s'y mêlent fascisme et racisme, mépris de l'autre, enfermement sur soi, peur du migrant et de l'étranger. Bientôt, on se refera la guerre sur le Vieux Continent. Beau progrès!
Et, puisque nous en parlons, la paix, autre idéal de ma jeunesse : partout bafouée, souvent au nom des religions qui ont mission de la promouvoir, pour satisfaire les appétits financiers des Etats ou des Régions (dont la Belgique et la Wallonie) qui l'alimentent en fabriquant et vendant des armes au mépris de massacres honteux, avilissants pour l'être humain - seul argument : préserver l'emploi! Oh, on le paiera, ça, on le paiera cher, mes beaux messieurs : non seulement vous perdrez ces emplois, mais votre mémoire passera par les égouts de l'Histoire. C'est à vomir!
Quelle désolation! Alors, comme chantait l'autre, "faut-il désespérer?"
Jamais. Car il y a des ferments magnifiques.
Et ici, j'en vois : des jeunes soucieux les uns des autres, dans les Mouvements par exemple.
Des gens épris de solidarité, qui tentent de remédier à la précarité d'une façon certes modeste mais décidée.
Des hommes et des femmes qui s'engagent en politique avec, du moins est-ce l'impression qu'ils donnent, un vrai souci du bien commun, et non pas de leur promotion personnelle.
Des hommes et des femmes soucieux de promouvoir un enseignement de qualité, à la fois exigeant et intransigeant quant aux Droits Humains fondamentaux.
J'ai l'impression d'un monde qui, par certains côtés, craque de partout, certes, mais comme pour faire naître quelque chose d'autre, qui porte en soi, par delà des institutions ou des combats dépassés, la consolation indispensable à la Vie.
Lucide, oui, du moins je l'espère. Découragé, non.
dimanche 14 octobre 2018
Les urnes ont parlé...
Soir d'élections… les urnes ont parlé. A Enghien et à Silly, les Bourgmestres sortants ont été très largement reconduits dans leurs fonctions. Je souhaite ici leur dire mes félicitations, et celles de toute la communauté catholique de notre doyenné. Avec eux, avec les coalitions et les échevins qu'ils mettront en place, nous continuerons à chercher à honorer le bien commun, à être attentifs aux situations de précarité, au respect de l'environnement, à la préservation du patrimoine, à la promotion de l'enseignement et de la culture, bref à tout ce qui permet une vie communale aussi harmonieuse que possible.
Le rôle des mandataires publics, qu'ils se trouvent dans la majorité ou dans l'opposition, est bien difficile. J'admire ceux et celles qui s'engagent en politique et qui, quelles que soient leurs sensibilités respectives, donnent de leur temps ét leur énergie à la gouvernance de leur cité.
Le rôle des mandataires publics, qu'ils se trouvent dans la majorité ou dans l'opposition, est bien difficile. J'admire ceux et celles qui s'engagent en politique et qui, quelles que soient leurs sensibilités respectives, donnent de leur temps ét leur énergie à la gouvernance de leur cité.
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